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Que faire contre l’antisémitisme et le négationnisme ?

 

Ne dites plus "Holocauste" , SVP !


Vous entendez parfois à la radio ou dans des documents télévisés, vous lisez dans des ouvrages historiques,… le terme "Holocauste" pour désigner le génocide juif commis par la dictature nazie durant la Deuxième guerre mondiale. Cette terminologie est mauvaise. Elle est fausse. Elle est dangereuse. Elle favorise le négationnisme et l’antisémitisme.

Dans son ouvrage, "Extrême droite et antisémitisme en Belgique – De 1945 à nos jours", publié, en 1993, le coordinateur de notre rédaction, Manuel Abramowicz, expliquait pourquoi ce mot est inadéquat. En cette période confusionnelle, nous avons décidé de republier, ci-dessous, son texte.

Si le terme "révisionniste" doit être une fois pour toutes prohibé, celui de "Holocauste" doit l'être aussi. Pourquoi ?

"Holocauste" signifie dans l'Histoire du Judaïsme le sacrifice religieux. La victime de l’"Holocauste" devait être, dans cet esprit, entièrement consumée par le feu. Le terme sera utilisé par certains, voire la majorité, pour définir le génocide juif perpétré par les nazis. Il sera médiatisé lors de la diffusion de la série américaine "Holocauste", en 1979 (1).

Pour Pierre Nora, le directeur de recherches à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (Paris) et auteur d'une vaste enquête sur les "lieux de mémoire", "un film comme Holocauste, diffusé en feuilleton, a entretenu un mythe" (2), celui de la concentration d'une réalité totalisante à un seul lieu, une seule image et de manière cinématographique. Auschwitz par exemple est devenu le synonyme de l'horreur concentrationnaire et de la mort industrielle. Ce qui est vrai. Mais ce camp nazi ne fut pas le seul. Le ciblage sur Auschwitz donna lieu à des inexactitudes sur la réalité. Un exemple parmi tant d'autres est celui du "petit Robert" (édition 1991). Auschwitz y est défini comme "un des plus grands camps de concentration de Pologne aménagé par les nazis entre 1940 et 1945 où furent tués, dans des chambres à gaz et des fours crématoires conçus à l'échelle industrielle, qui en font la plus horrible entreprise d'extermination de l'histoire, env. 4 millions de juifs de tous les pays occupés". Malheureusement "le petit Robert" se trompe et donne donc des arguments complémentaires aux négateurs. A Auschwitz, camp de concentration et d'extermination (avec Birkenau), furent assassinés plus d'un million de Juifs dans les chambres à gaz (non pas dans les fours crématoires !) et par "mort concentrationnaire" (travail, maladie, exécution sommaire, etc.). Cette erreur involontaire donne aux négateurs des possibilités d'avoir raison. Ils vont s'attaquer à ce "mythe" (sic).

Pour Annie Perlberger, une habitante d'Anvers lectrice du quotidien "Le Soir" : "Holocauste est le titre d'une série américaine qui prétendit retracer les horreurs des camps nazis, et qui en fait donna une vision bien pâle de ce que fut cette épouvantable réalité". Elle écrira dans sa lettre au "Soir", publiée suite au dossier consacré par ce journal à la commémoration du cinquantième anniversaire du génocide, et où le terme "holocauste" fut à maintes reprises utilisé : "Je me bats autant que je peux contre le terme d'holocauste (...). Il est vrai que cette formule est si bien acceptée, que peu de gens songeraient à s'insurger contre elle" (3). Son intervention porta ses fruits. Quelques semaines après, le terme fut remplacé par celui de génocide ou de Shoah.

Le Grand rabbin de Bruxelles, Albert Guigui, interviewé sur la symbolisation du Judéocide, déclara en novembre 1992 au "Soir" : "Aucun lien n'est à établir entre les malheurs que décrit la Bible et qui furent la punition des péchés d'Israël et, d'autre part, l'entreprise nazie d'extermination. Les malheurs bibliques étaient naturels. La Shoah ne le fut pas (...). La Shoah ne fut pas un châtiment" et rappelle la célèbre formule : "Dieu était absent à Auschwitz" (4). Sémantiquement, religieusement et idéologiquement, le terme "holocauste" est donc inapproprié.

Le génocide ne fut pas un sacrifice ("offrande rituelle à la divinité, caractérisée par la destruction [immolation réelle ou symbolique, holocauste], selon "Le petit Robert" ), mais la réalisation d'une politique raciste. Un passage à l'acte. Les Juifs, les Tsiganes,... furent destinés à l'extermination totale par gratuité, idéologie pathologique. Les exterminateurs ne furent pas le bras d'un quelconque dieu, voulant sacrifier le Peuple hébreu.

Les négateurs ont parfaitement compris, d'ailleurs, l'importance du terme. Ils ne disent donc pas génocide ou Shoah, mais... "Holocauste". Ce qui rend les Juifs, dans la propagande négationniste, même en niant le génocide, responsables d'un péché. D'une faute sanctionnée par un Etre suprême. Les Juifs seront donc responsables de leur propre mort "inventée", selon les thèses falsificatrices.

Il faut donc parfois déclarer la "guerre des mots" contre les maux de l'Histoire.

Manuel ABRAMOWICZ
In "Extrême droite et antisémitisme en Belgique – De 1945 à nos jours", éditions EVO, Bruxelles, 1993, pages 89-91

Notes :

(1) La série américaine "Holocauste" a été rediffusée sur la chaîne française M6 en novembre 1992.
(2) NORA, Pierre : "Sur la mémoire du génocide juif", interview publiée dans le quotidien "Le Soir", Bruxelles, 24 novembre 1992, page 2.
(3) PERLBERGER, Annie, in lettre publiée dans le courrier des lecteurs, rubrique du journal "Le Soir", 7-8 novembre 1992, page 2.
(4) GUIGUI, Albert, Grand rabbin de Bruxelles, interviewé par Michel BAILLY, "La résignation des rabbins", in "Le Soir" du 1er octobre 1992, page 10.

A lire encore sur RésistanceS
Un autre article de Manuel Abramowicz a également été publié sur l’utilisation abusive de termes liés à l’histoire de la Deuxième guerre mondiale dans le conflit israélo-palestinien actuel. Pour consulter cet article : cliquez-ici

© RésistanceS – Bruxelles - Belgique – 7 avril 2004