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RésistanceS 21 décembre 2004

Dans les coulisses de l’extrême droite francophone

Vers de nouvelles structures pour l’extrême droite francophone

 


Militants du Front national, dans les années nonante. Les « purs et durs » du fascisme belge vont-ils (re)prendre le contrôle du FN ? © photo : Manuel Abramowicz – les Rats noirs – Editions Luc Pire 1996.


La mouvance nationaliste fascisante du sud du pays et de Bruxelles est-elle en train de se réorganiser ? Et ce sur de nouvelles bases, sans que Daniel Féret, le président-fondateur du Front national, figure au programme de cette « refondation » possible du fascisme francophone belge ? Les dernières informations en notre possession vont dans ce sens. Explications.

Tandis que le procès du Front national reprendra le 18 mai 2005, et que s’ouvrira dans quelques semaines le procès intenté contre le groupuscule Nation, l’extrême droite francophone se réorganise.
D’un côté, au Front national, afin de parer à la possible condamnation de son « chef », la direction est désormais assurée par quatre mandataires, alors que ce parti était dirigé par Daniel Féret depuis sa création, en 1985.

De l’autre côté, au « mouvement pour la Nation », créé en 1999 et emmené jusqu’alors par Hervé Van Laethem (ancien leader du mouvement néonazi l’Assaut), c’est au tour de Frédéric Kisters (ancien du parti wallingant Agir et de la direction du PCN, un parti national-bolchévique) de prendre les rênes du mouvement.

Des modifications provisoires liées aux procès.
Les deux appareils de l’extrême droite francophone sont actuellement poursuivis pour incitation à la haine raciale. L’asbl Front national a déjà eu l’occasion d’entendre un premier réquisitoire à son encontre, qui vise, ni plus ni moins, à dissoudre l’asbl (un « instrument criminogène » selon le procureur du Roi) et à condamner le récidiviste Daniel Féret à deux ans de prison ferme. Le groupe Nation, pour sa part, se victimise déjà en prétendant que la justice demande la dissolution de l’asbl « Mouvement pour la Nation ».

Dans les deux cas, la réorganisation effectuée à la tête de ces bastions d’extrême droite annonce les après-procès.

Le FN adopte une nouvelle structure
En ce qui concerne le Front national, on pourrait même parler d’un après-Féret, tant ce dernier se laisse débarquer. Une ébauche d’organigramme est actuellement en place. Outre le sénateur coopté FN, Michel Delacroix (en contact fraternel avec Léon Degrelle depuis 1989 et jusqu'à son décès en 1994), on retrouve l’ancien parlementaire FN bruxellois et actuel conseiller communal molenbeekois, Guy Hance, à la gestion administrative du personnel, tandis que l’aspect organisationnel et « disciplinaire» (sic) est géré par Patrick Sessler (ancien cadre du PFN, un groupuscule néonazi, revenu au FN en avril 2004, après avoir animé une dissidence et avoir ensuite rejoint Johan Demol au Vlaams Blok).

Il faudra probablement compter à l’avenir sur le sénateur élu direct du Front national, Francis Detraux. En bisbrouille avec son parti, celui-ci a envisagé de siéger comme indépendant au Sénat. S’il passe à l’acte, c’est le sénateur coopté qui risque d’en faire les frais et plus encore la dotation publique qui est accordée au FN. Pour éviter cela, Detraux devrait conserver l’étiquette FN, ce qu’il pourrait monnayer très chèrement en exigeant, pour le moins, l’éviction de Daniel Féret et une fonction importante au sein de l’appareil.

Alain Escada (en cravate), meneur de Belgique & Chrétienté et vieux routier de l’extrême droite (porte-parole du Front nouveau de Belgique en 1997, leader de la liste poujado-nationaliste « Zut » aux élections régionales de 1999…), lors d’un rassemblement des « identitaires » du fascisme belge francophone, en novembre 2004.

Les « Identitaires » belges
En ce qui concerne Nation, son leader (Hervé Van Laethem), s’il cède temporairement la direction, n’en est pas moins à la tête d’une nouvelle structure.

En étroite association avec le groupement des « Identitaires » de France, et principalement de Lille, le groupe Nation a participé ces derniers temps à une série de rencontres intitulées « Jeudi Identitaire », lors desquelles il n’hésite pas à témoigner une nouvelle fois sa sympathie et son soutien aux « identitaires » français (issus de l’organisation illégale Unité radicale). Pas plus tard que le 20 novembre dernier, Hervé Van Laethem est parvenu à rassembler différentes orientations de l’extrême droite à l’occasion d’une « journée de l’Identité ». Parmi les participants annoncés, on retrouvait Xavier Eman, Robert Steuckers (ancien « gourou » de la Nouvelle Droite belge, lié aux néonazis flamands de Voorpost, au Vlaams Blok et « patron » de Synergies européennes), Pierre Vial (ex-dirigeant du GRECE français, du FN lepéniste, du MNR du dissident frontiste Bruno Mégret et fondateur du mouvement racialiste Terre & Peuple), Jean Charles Van Zee (de la revue fascisante « Devenir », fondée par Hervé Van laethem), Willy Freson (ex-dirigeant du Front de la jeunesse, du PFN, du parti Agir et du FN féretiste), Jean-Gilles Maliarakis (ancien leader du MNR, le Mouvement nationaliste-révolutionnaire français), David Jansegers, et last but not least, Alain Escada.

Si ce dernier, président de Belgique & Chrétienté, venait à s’arrimer à la nouvelle structure de l’extrême droite francophone, « les nationalistes-révolutionnaires et nouvellement identitaires » disposeraient d’un attrape-mouches vers lequel pourrait converger une bonne partie de l’extrême droite chrétienne.

Au vu de cette série d’hypothèses, on peut craindre que l’après-Féret n’amène à terme, non de classiques transfuges tels que ceux dont les différents groupements d’extrême droite ont nourri leur histoire, mais des partenariats entre le nouveau mouvement des identitaires et le nouveau FN. En effet, si l’orientation nationaliste-révolutionnaire (qui, soit dit en passant, n’a de « révolutionnaire » que le nom) des premiers affirme aujourd’hui son refus de fonder ses actions sur le « populisme », le groupe Nation a déjà témoigné de la facilité avec laquelle il oublie sa doctrine en période électorale (il a appelé à voter pour les séparatiste ultralibéraux du Vlaams Blok aux dernières élections). Enfin, le retrait de Féret ôterait une grosse épine du pied de ceux qui oeuvrent à fédérer l’extrême droite.

David LEFEBURE

© RésistanceS – 21 décembre 2004
Article de RésistanceS.be corrigé le 10 décembre 2008.