RésistanceS 19-01-2009

Réflexion pour l'action...


Pouvoir mettre
les points sur les «i»


Le 28 août 1992, il y a plus de 16 ans, le quotidien Le Soir publiait la première carte blanche de Manuel Abramowicz, l'actuel coordinateur de la rédaction de RésistanceS.be. En parallèle avec l'histoire et les réalités de l'immigration, il y abordait la montée des inégalités, des injustices, de l'intégrisme religieux, du racisme et de l'extrême droite. Et en expliquait leurs causes. Son texte reste d'actualité.

 


CLIQUEZ SUR sur l'image pour l'agrandir – Document Archives Manuel Abramowicz


L'immigration sera-t-elle la question essentielle des rapports entre les humains avec leur environnement, pour cette fin de siècle ? Démographie, exodes (Sud-Nord, Est-Ouest), nouvelles organisations, perspectives neuves, métamorphoses géostratégiques, mutations des valeurs et variations des données, le globe a la bougeotte. Et rapidement (question d'urgence !), il faut gérer l'héritage politique du passé. Rectifier le tir ! Corriger ceci sans hésitations, sans dérapages par les mesures élaborées par le Commissariat royal à l'immigartion, par exemple.

Alors, il faut savoir...
«I» comme «immigration», «i» comme «illusion». Illusion pour des milliers d'étrangers venus chez nous, immigrer, jadis. «I» comme «invité». Ils furent tous les invités de l'Etat belge. Organisées, troquées, planifiées, développées, les vagues d'immigration seront préméditées. Le patronat à la recherche d'une main-d'œuvre docile, facile et au salaire au «ras des pâquerettes». Les «étrangers-invités» d'abord Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais, Grecs, ensuite Marocains et Turcs, sont tous venus consolider l'économie belge; au prix de nombreuses déchirures, de difficilles adaptations, de nostalgie mal cicatrisée (entretnue par le «mythe du retour»), et parfois même au prix du sang... La Belgique oubliera cela, ainsi que les remerciements.



Le racisme s'exprime au quotidien, aussi sur nos murs © Photo: Manuel Abramowicz

Les premiers immigrés, catholiques, apolitiques ou militants révolutionnaires, les seconds, musulmans ou en rupture de religion, sont les derniers ! Mais après-demain, demain, déjà aujourd'hui, ils céderont leur place à d'autres, certainement Polonais, Russes ou Roumains. L'immigration est continuelle. Sa présence traduit son importance, pour nous, plus que pour eux.

Les «premiers Belges», déjà, eurent pour origines des peuplades immigrées. L'évidence est là, n'en déplaise aux partisans «belgicanistes», d'un ancêtre commun aux Belges de la cuvée 1992. Les premiers «occupant» le territoire national : de pâles étrangers originaires des bords du lac Balaton (Hongrie actuelle), arrivés ici, certainement par le hasard d'une survie si nécessaire, en 5000 avant J.-C. (1).

La Belgique est un agglomérat de populations différentes venues de tous les coins du continent. De là-bas, puis d'encore plus bas. Nous sommes, évidemment, tous des enfants d'immigrés. Et devant nous, par fatalité, le Roi et la Reine les premiers.

Ce sont des «lois historiques» qui nous l'apprennent. Face à l'Histoire, les idéologies de rejet et de replis sur soi doivent être considérées comme irrationnelles. Les slogans pulso-hystériques et décadents, indignes d'une civilisation humaniste, du style «Notre Peuple d'abord», «Les Belges d'abord», sont illogiques, injustes, antidémocratiques et traduisent une pauvreté d'esprit de leur public. La Belgique est plurielle, multiple et donc belle. Notre pays est une arche, tel peut-être celle de Noé. Nous sommes tous sur le même bateau. Tous frères à la surface de l'eau. Mais pourtant...

Sur le pont, des problèmes se font jour. Par l'apparition d'une crise économique, donnant naissance à diverses ruptures éthiques (morale, politique, idéologique...), et son maintien sur l'échiquier de l'évolution de la société, une recherche de pseudo-responsables désignés, dont les rôles seront ceux des boucs émissaires, est réalisée. Phénomène connu, nous le savons bien, et, néanmoins, partout, chaque fois en présence des crises, les rôles sont à nouveau distribués. Éternellement, des scénarios se ressemblent. «Remake» de mauvais goût. Feuilletons de très mauvaise qualité ou la fin peu mal se terminer. Mais le cours de l'histoire peu aussi s'organiser, avec de la bonne volonté. Voulons-nous une suite sympathique ? La démocratie radicale ou l'«apartheid planétaire», dont certains rêvent. Faisons vite notre choix, car...

«I», c'est aussi comme «intégrisme», fruit de la misère et de l'indifférence des différences par une société déjà trop égoïste. Son réel développement (tant dans des pays arabo-musulmans qu'au sein d'une mouvance extrémiste présente en Europe) se fait jour. La «drogue spirituelle» (de la «poudre aux yeux») proposée par les intégristes est efficace sur des populations déracinées, sans références ni assurances. Le levier de l'intégrisme est exactement le même que celui du fascisme-racisme, du populisme xénophobe. Mêmes sources, mêmes adeptes et identique logique, dans un décor pathétique : celle de la forteresse assiégée. Ici, pour les racistes d'un bloc et d'un front, par les «pourris» (les politiciens) et leurs «amis» (les étrangers). Là, pour les néo-intégristes, l'«Occident-argent et décadent». Une entité occidentale, dont le rapport avec les pays du tiers monde est catastrophique, souvent par une décolonlisation mal gérée, mal gobée. Les fruits sont désormais à récolter. On s'en mord les doigts, aujourd'hui ! Mais les fruits sont-ils déjà pourris ? C'est à voir...

Le racisme et l'intégrisme, voilà les ennemis de la démocratie et de l'intégration des populations appelées à demeurer chez nous. Ces dangers, telles des maladies infectieuses. croissent chez des milliers d'Européens, comme chez des milliers d'enfants d'immigrés. Telles des maladies, leurs causes doivent être soignées, au plus vite. Avant qu'il ne soit trop tard. Barrons la route à l'intolérance, aux néofascismes, aux néoracismes, aux intégrismes, aux exclusions et à tous leurs agents publicitaires : les scandales politico-financiers, le système crypto-bureaucratique, la langue de bois, la paupérisation des centres urbains, la mutation incomprise de ces derniers, la délinquance juvénile des bandes terrorisant certains quartiers immigrés - donnant une image ultranégative et tronquée des Maghrébins de Belgique -, et tant d'autres problèmes.

Nous devons répondre «mots pour maux» aux préjugés et aux insultes. Réagir, faire réagir. Revendiquer une société plus juste. Avant que...

Manuel Abramowicz

(1) Lire à ce sujet l'ouvrage pluriel sous la direction d'Anne Morelli : «Histoire des étrangers et de l'immigration en Belgique de la préhistoire à nos jours» , Ed. EVO Histoire, 1992.


Les militants d'extrême droite comme d'autres activistes d'idéologies fanatiques sont manipulés, comme le montre très bien cette publicité du journal (français) METRO. Elle date d'avril 2008.

 

 

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – La première publication de ce texte a été faite sous forme de «carte blanche» (opinions) dans le quotidien Le Soir, le 28 août 1992. Republié sur RésistanceS.be le 19 janvier 2008.

 

 



Le racisme s'exploite – Photo extraite d'une publicité du journal METRO (avril 2008).


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Avec en communication : « 19-01-2009 »

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