RésistanceS 20-04-2006

Le meurtre de Joe récupéré par l'extrême droite


En dépit de la demande formulée par les parents et amis de Joe Van Holsbeeck, pour que le meurtre de ce dernier ne soit pas utilisé à des fins politiques, l’extrême droite appelle à manifester ce samedi contre le « racisme anti-blanc ».

Par Nadia Geerts
Chroniqueuse à RésistanceS


Le mercredi 12 avril dernier, Joe Van Holsbeeck, un jeune homme de 17 ans, était poignardé dans le hall de la gare centrale de Bruxelles par deux malfrats qui voulaient lui voler son MP3. Un meurtre odieux, nul n’en disconviendra, et qui soulève une multitude de questions, pour l’heure sans réponse. Pour certains mouvements extrémistes de droite, en revanche, les réponses, ou plutôt la réponse à toutes les questions, tient en trois mots : « racisme anti-blanc ».

Ainsi, le mouvement Nation (rassemblant des ex-activistes du Front national et du Front nouveau de Belgique) affirme sur son site internet qu’ « aujourd’hui une partie de la population Belge est discriminée, agressée par des jeunes criminels d’origine turque ou marocaine, sur base du simple fait qu’ils sont blancs et non musulmans ». Quant à l’association intégriste Belgique & Chrétienté (de plus en plus soutenue par le mouvement Nation), dont les objectifs sont « la lutte contre le racisme anti-chrétien et/ou anti-belge et la promotion de l’identité chrétienne de notre pays et de notre continent »(1), elle accuse une société sans dieu d’être responsable de ce tragique fait divers. Elle poursuit en encourageant « nos concitoyens à participer à toutes les possibilités qui leur seront offertes de manifester leur désir urgent de plus de rigueur, de plus d’ordre, de plus de sécurité ». Enfin, un courageux anonyme, s'adressant par courrier électronique à RésistanceS, m’interpelle pour que je donne enfin mon « commentaire sur un meurtre crapuleux commis contre un jeune belge innocent et qui avait la vie devant lui ».

En fait de commentaires, ces vautours se ruant sur le cadavre à peine froid de Joe pour exploiter leur fond de commerce raciste m’inspirent infiniment plus que le meurtre lui-même, dont il me semble qu’on sait bien trop peu de choses à l’heure actuelle pour qu’on puisse s’engouffrer, sans une bonne dose de malhonnêteté intellectuelle, dans la thèse du crime raciste.

Est-ce à dire que l’antifascisme dont RésistanceS se veut un porte-parole n’a que faire du racisme, dès lors qu’il est anti-blanc ? Est-ce à dire, plus généralement, que l’antiracisme se voile la face dès lors que la victime est un « Belge de souche » et le coupable une personne d'origine étrangère, préférant se construire un monde naïf dans lequel tous les méchants sont blancs et tous les étrangers gentils ?

Le racisme anti-Blanc existe, bien sûr ; l’intolérance n’a pas de patrie, l’imbécillité, la haine et le fanatisme non plus. Au « fascisme brun » répond un « fascisme vert », qui n’est pas écologiste mais islamiste. Et après ?

A l’heure actuelle, il est prématuré et indécent de coller une grille de lecture idéologique sur le meurtre de Joe. Parce que ce n’est pas parce qu’un jeune de type nord-africain a tué un jeune blanc qu’il s’agit d’un crime raciste. Pas plus que le crime d’un Derochette assassinant la petite Loubna Benaïssa n’était un crime raciste.

Une fois de plus, l’extrême droite montre son vrai visage. Un visage qui appelle à la haine. Qui traite les humains en tant que membres d’une catégorie ethnique et non en tant qu’individus au parcours chaque fois particulier. Qui recourt à des explications sommaires, à des jugements expéditifs, à des « solutions » simplistes. Qui prétend avoir tout compris avant même que l’enquête judiciaire ait commencé.

Oui, le meurtre de Joe est un acte odieux. Non, les antifascistes ne cherchent pas d’excuse aux deux agresseurs. Comment éprouver la moindre empathie pour des voyous prêts à tuer pour un lecteur de MP3 ? Mais ils refusent de s’engouffrer dans la brèche du « racisme anti-blanc » voire « anti-chrétien », comme ils refusent de considérer que c’est parce qu’ils sont de type maghrébin que les deux agresseurs ont commis cet acte barbare. Parce que, comme je l’écrivais dans ces colonnes en 2004, « être antiraciste, (…) c’est persister à voir avant tout des hommes et des femmes derrière les catégories ethniques dans lesquelles l’extrême droite les enferme. C’est prendre la ferme résolution de juger chacun sur ses actes, et non en fonction de son appartenance réelle ou supposée à une communauté. ».

Nadia GEERTS
Chroniqueuse à RésistanceS

(1) Extrait de l'interview d’Alain Escada, président de Belgique & Chrétienté, publiée sur Novopress, un site Internet d’extrême droite, le 23 mars 2006.

© RésistanceS – Bruxelles – Belgique – 20 avril 2006

 

Meurtre de Joe :
Appel de ses parents contre l'extrême droite !


Dans le quotidien populaire ''La Dernière Heure'' de ce 20 avril, la maman du jeune Joe dénonce la récupération raciste du meurtre de son fils.

Comme jadis les parents de Julie et Mélissa, les parents de Joe s'opposent vigoureusement à la récupération politique du meurtre de leur fils. Dans une interview exclusive accordée au quotidien ''La Dernière Heure'' de ce 20 avril, Françoise Van Holsbeeck, la maman de Joe, dénonce également les dérives racistes qui découleraient de ce drame. L'extrême droite tente en effet de récupérer ce dernier à des fins politiciennes, comme nous le dénonçons dans les deux articles ci-dessus et ci-contre.
Extraits de l'interview de Françoise Van Holsbeeck :

« Françoise tient (...) à préciser que le combat mené pour son fils ne doit surtout pas servir aux hommes politiques à l'approche des élections d'octobre prochain.
''Les témoignages des inconnus me touchent profondément. Tous ces jeunes qui se mobilisent, c'est extraordinaire. Je suis fier d'eux. Mais qu'on ne vienne pas me dire que les réactions politiques sont sincères. Si ces gens voulaient réellement nous témoigner leur tristesse, ils le feraient dans l'anonymat. Nul besoin de s'afficher devant les médias pour cela. C'est pour cette raison que nous avons tenu à ce que les funérailles aient lieu dans l'intimité. Tout le monde est le bienvenu, mais pas question de faire entrer les politiques. Ils ne doivent pas se servir de la mort de Joe pour s'afficher davantage».
La maman refuse également que la mort de son fils profite aux partis extrémistes. Elle ne veut surtout pas que tous les jeunes d'origine maghrébine soient victimes de ce drame. ''Qu'on ne vienne pas me demander de haïr tous les Arabes. Les jeunes qui ont tué mon fils sont des racailles. C'est envers ce genre d'individus que j'éprouve de la haine. Mais qu'on ne vienne pas faire de généralité. Des racailles, on en trouve partout'' ».

(extrait de l'interview de Françoise Van Holsbeeck accordée au quotidien La Dernière Heure, le 20 avril 2006).

 

 



 

Meurtre de Joe
Extrême droite : ni pudeur ni respect !

Il fallait s’y attendre : les propagandistes professionnels de l'extrême droite ont pris immédiatement la balle au bond pour récupérer à des fins politiciennes le meurtre du jeune Joe Van Holsbeeck, survenu le 12 avril dernier au coeur de la gare Centrale de Bruxelles. Et ce malgré la demande formulée par ses parents et amis en direction du « monde politique » pour qu'il s'abstienne de toutes réactions publiques. Mais l'extrême droite n'a ni respect ni pudeur. L'exploitation de la souffrance des autres est sa grande spécialité, depuis la nuit des temps.

C'est en s’appuyant sur cette logique macabre que les organisations et formations d'extrême droite les plus ultras tentent maintenant de transformer le meurtre de ce jeune belge en campagne de propagande contre le « racisme anti-blanc ». Sur des sites Internet tels que Novopress, Altermédia, Tonnelier.be ou Nation, les appels dans ce sens se multiplient.

Pour le samedi 22 avril, une « Journée d’action unitaire » est même désormais planifiée. Au programme de celle-ci est prévu un « meeting identitaire » (qui aura lieu dans un haut lieu historique de rendez-vous du néonazisme belge) suivi d'un hommage à Joe Van Holsbeeck (sans accord de ses parents, pour rappel) à la gare centrale à Bruxelles. Au cours du meeting prendront la parole des responsables du mouvement Nation, de Belgique & Chrétienté (une association intégriste de la « droite nationale »), du Front nouveau de Belgique (dissidence du Front national) et de Terre & Peuple-Wallonie (un groupuscule néopaïen racialiste). Soit le « gratin » des ennemis de la liberté.

Mobilisés aujourd'hui contre le « racisme anti-blanc », plusieurs membres de certains de ces dignes représentants de l'extrême droite ont été ou sont toujours poursuivis devant les tribunaux pour... racisme. L'extrême droite : ni pudeur ni respect, beaucoup de culot, de langue de bois et des tonnes de litres d'huile en réserve à jeter sur le feu des faits divers. Quant aux solutions de l'extrême droite pour y remédier... leurs recettes sont bien connues.

Les parents et les amis de Joe, eux, n'en veulent pas.

Manuel ABRAMOWICZ

© RésistanceS – Bruxelles – Belgique – 20 avril 2006