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A Anvers, une ligne téléphonique permet désormais de dénoncer les présumés illégaux. Dans la plus pure tradition fasciste.

Sur les traces Abou Jahjah,
le Vlaams Blok appelle à la délation !

Le parti d’extrême droite flamand a mis à la disposition des Anversois une ligne téléphonique destinée à recueillir les dénonciations concernant la présence d’étrangers en situation illégale dans les quartiers proches de la gare. L’initiative, qui pourrait être élargie à toute la ville, suscite comme on s’en doute la contestation.

À l’approche des élections, Le Vlaams Blok se muscle, soucieux de donner des gages à son électorat. Le voilà donc qui appelle les habitants d’Anvers à dénoncer, par le biais d’une ligne téléphonique qu’il met à leur disposition – un simple gsm… dont les frais seront comptabilisés comme dépenses électorales ? –, la présence d’illégaux qui travailleraient ou vivraient dans certains quartiers de la ville. Selon le Vlaams Blok, ils seraient environ dix mille à vivre à Anvers, sans être aucunement inquiétés par les autorités. Et ces étrangers – car de Belges se livrant au travail au noir, il n’est point question : la consigne, ouvertement raciste, est clairement de débusquer les étrangers illégaux, et eux seuls…– compromettent, par leur mode de vie non orthodoxe et la criminalité dont ils se rendent coupables, l’harmonie de la ville.

Le Vlaams Blok se propose donc de recueillir les témoignages et de les transmettre ensuite aux autorités communales et à la police, afin d’éviter que des éléments connus ne puissent être étouffés par les autorités communales.

L’initiative a de toute évidence des relents de milice privée. De la même manière qu’Abou Jahjah avait en son temps souhaité contrôler le travail de la police, le Vlaams Blok entend aujourd’hui contraindre les forces de l’ordre à faire leur travail, un travail qu’à l’en croire, elles ne feraient pas avec suffisamment d’ardeur. Il s’inscrit là dans la droite ligne historique de ses prédécesseurs du Vlaams Militante Orde (VMO), une organisation dont sont issu plusieurs dirigeants du Vlaams Blok. Le VMO fut dissout en 1981 pour infraction à la loi sur les milices privées… Faut-il également rappeler que la délation fut un des piliers de la politique nazie, qui put compter, dans son entreprise de persécution puis d’extermination des Juifs, homosexuels et autres tziganes, sur le zèle sans faille de bon nombre de leurs concitoyens ? Faut-il rappeler enfin que nombre de résistants furent ainsi déportés vers les camps de concentration, dont certains ne revinrent jamais ?

On peut enfin s’interroger sur le sort qui sera réservé aux renseignements ainsi récoltés. Quid en effet de la protection de la vie privée ? Et peut-on concevoir sans frayeur qu’un parti ouvertement raciste et fascisant détienne, par la grâce d’un simple coup de fil sur un téléphone mobile, des données relatives aux étrangers en séjour illégal ? Poser la question, c’est hélas y répondre.

Nadia GEERTS


© RésistanceS – www.resistances.be - Bruxelles – Belgique - 12 mai 2004

Epilogue
La ligne brune enterrée

Quelques jours après le lancement de cette ligne téléphonique, le Vlaams Blok en annonçait déjà le retrait. Les fascistes du Blok ont-ils battu en retraite devant la tempête de protestations recueillie ? Ou s’agissait-il dès le départ de montrer les dents et de rouler un peu des mécaniques, à quelques encablures des prochaines élections ? C’est en d’autres mots la version que soutient le Blok, selon qui la manœuvre visait tout simplement à forcer les autorités politiques à remettre la question des clandestins sur le tapis.
L’opération aura du moins eu le mérite de remettre en évidence la proximité qui subsiste entre le parti d’extrême droite et ses prédécesseurs nazis, tant dans l’idéologie que dans les procédés.