RésistanceS.be 27-09-2009

Assassinat de Julien Lahaut

Le gouvernement fédéral dit stop ! Le Palais royal impliqué ?


• En 1950, Julien Lahaut, le président du Parti communiste en Belgique, fut assassiné. Ses meurtriers et leurs commanditaires n'ont jamais été retrouvés.
• Le gouvernement fédéral vient de stopper l'ouverture d'une enquête d'historiens pour tenter de découvrir la vérité.
• Cet assassinat politique reste l'une des plus grandes énigmes politico-judiciaires de notre pays, avec entre autres les «tueries du Brabant wallon».
• «Le Palais» fut-il impliqué dans l'assassinat de Julien Lahaut, selon l’hypothèse que rappelle le quotidien La Libre Belgique ?
• Le journaliste Jean-Marie Chauvier fait le point, pour RésistanceS.be, sur cette affaire.
• Et le Parti socialiste propose une alternative pour rouvrir le «dossier Lahaut».


Anvers, 2006 : autocollant en l'honneur de Julien Lahaut © Photo Manuel Abramowicz / RésistanceS.be


Le 18 août 1950 fut assassiné à Seraing, dans la région liégeoise, le président du Parti Communiste de Belgique (PCB), Julien Lahaut. Ce dernier était également une figure importante du mouvement ouvrier et de la Résistance. Ayant joué un rôle de premier ordre dans la lutte antinazie, le PCB devint après la Deuxième Guerre mondiale la troisième force politique en Belgique, après les partis catholique et socialiste, et avant le parti libéral de l'époque (voir notre deuxième encadré ci-dessous).

L'assassinat de Julien Lahaut survient quelques temps après l’abdication du roi Léopold III, dans un climat insurrectionnel, et la prestation de serment comme Prince Royal de son fils, le futur roi Beaudouin. On avait attribué à Julien Lahaut le cri poussé au cours de cette cérémonie: «Vive la République». Slogan qui devait initialement être entonné par l'ensemble du groupe parlementaire communiste, mais qui ne le fut que par un seul de ses députés, Glineur, de Charleroi. Lahaut ne l'avait donc pas scandé, mais murmuré avec les autres parlementaires du PCB. Néanmoins, c'est lui qui sera longtemps considéré comme son auteur.

Du même coup, le président et député communiste devenait l'homme à abattre pour les nationalistes-monarchistes purs et durs, l'extrême droite et les autres anticommunistes de l'époque. Pour éviter une hypothétique insurrection révolutionnaire, ces derniers étaient prêts à tout. Y compris à l'élaboration d'une stratégie de la tension visant à susciter une première révolte communiste, provoquée par l'assassinat de Lahaut par exemple, dont la répression aurait ensuite été justifiée. Le Parti communiste aurait dès lors pu être interdit, comme des députés libéraux et catholiques de l'avant-Guerre l'avaient déjà tenté de faire.

 


Prestation de serment du Prince Baudouin devant les parlementaires. Au cours de celle-ci, un député communiste va crier «Vive la république». Quelques jours après, Julien Lahaut sera assassiné.


Gouvernement d'Ordre nouveau...
Julien Lahaut, en tant que leader des communistes belges, fut un des acteurs de ladite «Question royale». Dans l'Après-Guerre, cette «question» divisera la Belgique entre la gauche et la droite politique, les Wallons et les Flamands. Elle avait pour fond historique le rôle controversé du roi Léopold III sous l’occupation allemande.

Avant la Deuxième Guerre mondiale, le souverain était déjà connu pour ses opinions antiparlementaristes et sa séduction pour une forme de pouvoir autoritariste. Au début de l'occupation allemande, plusieurs personnalités belges, dont Henri De Man, l'ancien président du Parti ouvrier belge singularisé par son antimarxisme et connu comme leader du courant socialiste national (contre le courant socialiste internationaliste), se rapprochèrent du Palais royal. Dans l'objectif de mettre en place un gouvernement d'Ordre nouveau, sous l'autorisation des nazis. Une bonne partie du staff du roi Léopold III, issu des rangs de l'ultradroite monarchiste, antisocialistes, anticommunistes et antidémocratiques, favorisait cette solution.

Léon Degrelle, le chef du Mouvement rexiste, souhaitait lui aussi jouer un rôle clé dans ce plan, qui finalement n'aboutira pas. Néanmoins, De Man, Degrelle et d'autres personnalités proches du Palais royal se mirent au service des nazis dans la perspective de reconstruire une nouvelle Belgique sous leur conduite.

La lutte contre le bolchévisme se conjuguait alors au pluriel et était partagée par différents courants politiques, des royalistes nationalistes aux socialistes nationaux antimarxistes, en passant par l'extrême droite francophone (Rex, la Légion nationale...) et flamande (Verdinaso, VNV...).


Le Palais royal impliqué ?
Récemment, le Sénat a approuvé à l’unanimité la mise en route d’une enquête scientifique sur l'assassinat de Julien Lahaut. Or, le gouvernement belge vient de bloquer cette enquête, sous prétexte de problèmes budgétaires.

Personne n’est dupe de cette énième tentative d’étouffer la recherche de la vérité. Des historiens qui ont déjà travaillé sur le sujet affirment connaître les noms des assassins et leurs commanditaires.

On pouvait lire dans le quotidien catholique «La Libre Belgique», de ce 24 septembre, cette phrase surprenante :

«Près de 60 ans après les événements, le dossier Lahaut reste sensible, d’aucuns se demandant si les milieux ultra-conservateurs, voire le Palais [royal] n’ont pas été mêlés à ce dossier».

Pour rappel, «La Libre Belgique» était en 1950 l’un des journaux de l'époque les plus engagés en faveur de Léopold III. L'évocation d'une implication possible des milieux monarchistes dans l'assassinat de Julien Lahaut par ce journal n'a encore suscité aucune vague. A une autre époque, les réactions outragées auraient été nombreuses. Etrange pays....

Jean-Marie Chauvier
(avev M.AZ)

Pour ne pas tuer Julien Lahaut une deuxième fois


Le chef du groupe du Parti socialiste au Sénat de Belgique, Philippe Mahoux, a appris que la ministre fédérale de la Politique scientifique ne débloquerait pas les fonds nécessaires à la réalisation de l’enquête sur l’assassinat de Julien Lahaut.

Le 18 août 1950, Julien Lahaut, député et président du Parti communiste belge, était assassiné devant chez lui. Cet assassinat politique n’a jamais fait l’objet d’une recherche approfondie et n’a jamais été complètement élucidé. Les questions restent très nombreuses.

En 2008, le Sénat réclamait à l’unanimité de ses membres la réalisation d’une étude scientifique à ce sujet.

Prenant acte de la décision du gouvernement fédéral, Philippe Mahoux proposera au Bureau du Sénat la prise en charge - sur le budget du Sénat lui-même - de tout ou de partie des coûts de cette recherche.

Pour le président du groupe PS au Sénat, il est du devoir d’un pays démocratique comme la Belgique de faire toute la lumière sur l’assassinat d’un représentant du peuple belge. La question budgétaire ne peut pas être un frein.

[communiqué de presse du Groupe PS du Sénat, 24 septembre 2009].

 

Quand le parti de Julien Lahaut faisait peur...


Liège, juillet 1950, scène d'insurrection durant la «Question royale» © Photo Coll. ILHS


Fondé en 1921, le Parti communiste de Belgique (PCB) a été jadis une force politique importante. Populaire dans le mouvement ouvrier, il concurrence le Parti ouvrier belge (POB, l'ancêtre du parti socialiste d'aujourd'hui) et dans une moindre mesure le parti catholique de l'époque, auprès des ouvriers chrétiens. Le PCB est à l’époque à 100 % marxiste, fidèle à Moscou et prône la «Révolution prolétarienne» contre la bourgeoisie et ses forces de répression. Durant l'occupation nazie, il entre en clandestinité et organise la résistance armée communiste dans le Front de l'Indépendance. Les communistes joueront un rôle de premier plan dans la lutte contre les Allemands. Plusieurs de leurs dirigeants sont arrêtés, emprisonnés, déportés (c'est le cas de Julien Lahaut) et assassinés.

Après la guerre, le Parti communiste accède (sous les ordres de Joseph Staline !) au gouvernement de salut national en vue de reconstruire le pays. Aux premières élections après la Libération, en 1946, ce parti révolutionnaire marxiste arrive en troisième position dans le classement des partis les plus importants du pays. Le premier est celui des catholiques monarchistes, le deuxième celui des socialistes, le troisième celui des communistes et le quatrième celui des libéraux.

Pour l'ultradroite, les monarchistes nationalistes et l'extrême droite, la présence au pouvoir des «rouges» représente un danger immédiat pour la Belgique. L'anticommunisme reprend son allure de combat, celle qu’il avait déjà dans l'entre-deux-Guerres. L'Union soviétique est le nouvel ennemi de l'Occident. Les partisans de l'URSS en Europe de l'Ouest le sont également. La mobilisation contre les communistes est généralisée : des nationaux-monarchistes aux socialistes démocrates (qui les considèrent plus comme des concurrents que comme de véritables ennemis), en passant par les autorités religieuses catholiques et l'extrême droite contre-révolutionnaire.

Deux mois avant l'assassinat de Julien Lahaut, aux élections législatives du 4 juin 1950 pour la Chambre des députés, le PCB rassemble 234.541 électeurs, soit près de 5 % de l'électorat belge. Il fait élire sept députés. A regarder de plus près, les communistes sont encore plus populaires dans des régions et communes ouvrières : dans la Province du Hainaut, ils arrivent à près de 10 %, dans celle de Liège à 8,46 %. Dans le canton électoral de Seraing, la commune de Julien Lahaut, le PCB gagne 21,32 % des voix. Le communisme démocratique (électoral) ou/et révolutionnaire est une réalité politique qui reste une phobie pour beaucoup. L'assassinat de Julien Lahaut devait sans doute faire office de signal pour enrayer le «spectre communiste».

M.AZ


© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 27 septembre 2009.

 

 

© Photo Maz/RésistanceS.be


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