RésistanceS 25-03-2007

Objectif : un ''nouveau FN'' belge


Création en Belgique d’un comité pro-Le Pen


Pour participer en Belgique à l'actuelle campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen, un ''Comité belge de soutien'' vient d'être créé officiellement, comme l'avait déjà annoncé récemment RésistanceS, grâce à un ''vent favorable''. Ses initiateurs sont des membres et des dissidents du Front national de Daniel Féret. Au programme : un meeting à la mi-avril près de Charleroi du chef de l'extrême droite française. Objectif réel : se positionner en première place parmi les prétendants au ''trône'' du ''nouveau FN'' belge.



Jean-Marie Le Pen, président-fondateur du Front national français, est aussi un modèle pour l'extrême droite de Belgique. Ici posant, en octobre 2006, avec Kris Roman (à gauche), un ex-responsable du Vlaams Blok, conseiller communal Front national en 1994 puis chef de la section flamande du Front nouveau de Belgique en 1996. Aujourd'hui, toujours ''lepéniste'', Kris Roman dirige Eurorus, un réseau européen de liaison avec l'extrême droite russe (cette photo a été diffusée sur Altermedia, un site d'extrême droite internationale).


Le 18 mars dernier, RésistanceS publiait un article sur la présence d'un Belge, l'avocat Henri Laquay, dans le ''Comité national de soutien à Jean-Marie Le Pen'', une structure créée pour appuyer la candidature du président-fondateur du Front national français à l'élection présidentielle de cette année. RésistanceS annonçait aussi l’imminence de la création dans notre pays d’un ''Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen'' (CBSJMLP) . Un comité qui vient officiellement de voir le jour. Installé à Gilly, dans la région de Charleroi, il rassemble une fraction des ''lepénistes belges'' engagés dans une course poursuite pour accaparer les rênes du ''nouveau FN'' en gestation.

Une fois de plus, Daniel Féret en est le grand absent. Il faut en effet se rappeler que le ''président à vie'' et actuel ''propriétaire'' légal du FN belge est depuis bien longtemps persona non grata chez le ''grand frère'' français. Force est aussi de constater, la non présence dans ce ''comité'' des autres ''familles'' de la droite nationale-populiste, xénophobe et conservatrice : celle des ''Identitaires'' (Nation, Terre & Peuple-Wallonie), des ''nationalistes-libéraux'' (Force nationale) et des ''nationaux-catholiques'' (Belgique & Chrétienté...). Ces derniers pourtant tentent - depuis plusieurs années – de se rapprocher du Front national français, via certains de ses dirigeants (par exemple son numéro 2, Bruno Gollnisch) ou en étant présents à ses diverses manifestations publiques (défilé Jeanne d'Arc, Fête des BBR...). Exclus du CBSJMLP (pour l'instant ?), avec sa création, ces autres lepénistes belges vont encore plus se marginaliser dans le paysage extrémiste de droite et risquent de se retrouver, demain, en dehors du ''nouveau FN''. Un Front national sans Daniel Féret souhaité désormais aussi par Jean-Marie Le Pen.


Au programme : un meeting de Le Pen à Charleroi
Comme première action, le CBSJMLP vient de lancer une mini campagne électorale en direction des résidents français vivant en Belgique. But : les appeler à voter pour Jean-Marie Le Pen, le 22 avril prochain, lors du premier tour de l'élection présidentielle. Des distributions de tracts sont programmées, notamment dans les gares belges, à l'arrivée des trains en provenance de France. Des ''parrains'' sont également recherchés pour apporter un appui et une caution morale au comité. Une liste de ceux-ci sera prochainement diffusée.

Le comité belge prévoit surtout l'organisation, comme déjà annoncé le 18 mars dernier par RésistanceS, d'un meeting, à Gilly, de Jean-Marie Le Pen en personne. Ce meeting devrait se tenir à la mi-avril et suscitera une importante mobilisation de l'extrême droite, mais aussi sans doute de contre-manifestants.

A sa base, le cercle Droite et Modernité
L'actuel comité belge de soutien à Le Pen est constitué de plusieurs élus du Front national de Daniel Féret, membre d'une tendance interne opposée à ce dernier, et d’anciens dirigeants frontistes, aujourd’hui en dissidence :

Charles Pire : député régional du FN depuis les élections de 2004, il fut auparavant l'un des responsables du Parti social chrétien (PSC, l'ancêtre de l'actuel Centre démocrate humaniste) de l'arrondissement de Huy. Juriste de formation, ce courtier en assurance est l'auteur de plusieurs ouvrages politico-religieux : ''La politique selon Jean-Paul II'', ''Jean-Paul II et les femmes'', ''Le Front national en Belgique''... Il a par ailleurs rédigé un ''Manifeste populiste pour la Wallonie''. Adepte d'un catholicisme traditionaliste, Charles Pire est un partisan fidèle du Père Samuel, le meneur d'un groupe scissionniste du catholicisme, caractérisé par son orthodoxie et son profil sectaire. Il y a plusieurs années, ce député frontiste lui a consacré un livre de propagande, ''Le Père Samuel – L'église du peuple''.

Jean-Pierre Borbouse : député régional depuis 2004 et conseiller communal du Front national à Charleroi depuis 2006, il est l'un de ses imprimeurs. Auparavant, il milita au Parti communautaire national-européen (PCN), une formation d’essence national-bolchévique ! Jean-Pierre Borbouse vient d'ouvrir une salle, à Gilly, destinée aux futurs meetings des ''réformateurs'' du FN, dont celui de Jean-Marie Le Pen, prévu pour la mi-avril.

Georges-Pierre Tonnelier : au milieu des années 1990, il avait tenté de fonder une structure universitaire pour le Front national à l'Université libre de Bruxelles, avec le soutien d'un activiste néopaïen, Bernard Mengal, depuis lors poursuivi devant les tribunaux pour racisme. Tonnelier devint ensuite, tour à tour, le collaborateur de divers ''dirigeants nationalistes'' : Daniel Féret, Marguerite Bastien, Michel Delacroix, Francis Detraux… En avril dernier, il a été condamné pour racisme, avec Daniel Féret.

Emmanuel Licari di Castel Mola : jusqu’il y a peu, ce baron d'extrême droite s'occupait des ''jeunesses frontistes''. Aujourd'hui, il a quitté le Front national pour devenir l’un des responsables de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), une dissidence du parti nationaliste Force nationale, lui-même scission du Front national… (1).

Ghislain Dubois : avocat liégeois, il fonda, en 1988, l’asbl Belgique & Chrétienté, une association intégriste catholique depuis lors récupérée par une autre fraction de l’extrême droite francophone, elle aussi cherchant l'appui des frontistes d'outre-Quiévrain pour reprendre un jour ou l'autre en main la direction du FN belge. Ghislain Dubois est l’actuel avocat belge du Front national français, notamment dans une récente action entamée contre Daniel Féret. Il est le président du CBSJMLP.

Patrick Sessler : ''artisan'' principal du Comité belge de soutien à Le Pen, il militait dans les années 1980 au très néonazi Parti des forces nouvelles (PFN). En 1989, il rejoignit le Front national pour en devenir son numéro 2, après Daniel Féret. Patrick Sessler passa ensuite au Vlaams Blok où il épaula intellectuellement Johan Demol, le président bruxellois de ce parti nationaliste flamand d’extrême droite. En 2004, il revint au FN, fut désigné au poste de secrétaire-général, mais entra à nouveau en conflit avec Féret et ses derniers partisans (le député fédéral Patrick Cocriamont, Daniel Leskens, le député régional Charles Petitjean…).

La majorité des membres du CBSJMLP appartiennent à la tendance des ''réformateurs'' du Front national et sont membres du cercle Droite et Modernité, un mouvement politique dont le directeur est le déjà cité Patrick Sessler. Ce cercle est apparu en 2005. A l'époque, il avait été mis sur pied pour soutenir l'avocat Michel Delacroix, sénateur et vice-président du FN, avec pour objectif de prendre la direction du parti et de remplacer son président Daniel Féret par Michel Delacroix. Le cercle Droite et Modernité préconise, entre autres, l'établissement à Bruxelles de listes communes FN-Vlaams Belang, afin d'unifier les voix de la ''droite nationale''. Il représente toujours pour Daniel Féret un adversaire de taille.

Le premier tract recto-verso du Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen (document : RésistanceS).



Avec Le Pen pour un ''nouveau FN''
Auparavant, d'autres Belges se sont déjà profilés en Belgique parmi les supporters de Jean-Marie Le Pen : le Parti des forces nouvelles (un groupuscule néonazi actif jusqu'en 1991), Roger Nols (l'ex-bourgmestre xénophobe de la commune bruxelloise de Schaerbeek de 1970 à 1989), Henri Laquay (l'avocat de l'association intégriste Belgique & Chrétienté, ''ami'' de son président, Alain Escada, et seul Belge membre du Comité national de soutien à Jean-Marie Le Pen pour l'élection présidentielle de cette année), Hervé Van Laethem (dirigeant du groupe néonazi L'Assaut et cofondateur du mouvement Nation) et Hubert Defourny (ex-dirigeant du parti wallon d'extrême droite Agir et déjà fondateur en 1997 d'un premier comité de soutien à Jean-Marie Le Pen, lorsque que celui-ci était une énième fois poursuivi par la justice).

L'objectif des actuels dirigeants du Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen est, une fois de plus, de préparer le terrain à la création d'un ''nouveau FN'' en Belgique, sans Daniel Féret, et sur la forme d'un véritable parti nationaliste. Une telle formation politique aurait notamment pour vocation de capitaliser et d'exploiter au maximum les actuels bons scores électoraux du FN, gagnés aujourd'hui de façon artificielle. Mais il faut savoir que la liste des prétendants ''au trône'' est extrêmement longue. Les rivalités et les animosités entre les candidats à la direction d’un ''nouveau FN'' sont légion. Symptôme éternel de la situation chaotique de l'extrême droite belge francophone.

Manuel Abramowicz

(1) Sur cette Union pour un mouvement populaire (UMP-Belgique), lire notre article : ''Sarkozy et l'UMP récupérés par l'extrême droite belge ?'' CLIQUEZ ICI

© RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 27 mars 2007.


 

 

Jean-Marie Le Pen, en 2005, au défilé parisien Jeanne d'Arc avec deux de ses adeptes espagnols. Le chef du FN français soutient désormais les opposants de Daniel Féret, président-fondateur du Front national belge.

 


Sur RésistanceS.be
Pour plus d'information sur le même sujet, lire nos articles suivants :

Les lepénistes belges de 1974 à nos jours (18/03/2007)

Le cercle « Droite et Modernité » : le Front national de demain ? (16/02/2006)

 

Et aussi:

Le retour des fous de Dieu… (03/07/2005)

Belgique & Chrétienté, le rendez-vous de la ''vraie droite belge'' (26/04/2006)

Des listes unitaires FNB pour la ''mouvance identitaire'' (26/04/2006)

Plainte contre Belgique & Chrétienté et Nation (21/10/2006)

Belgique & Chrétienté perd contre RésistanceS (30/01/2007)

REMARQUE REACTUALISATION du 31 novembre 2008 : Georges-Pierre Tonnelier n'est plus d'extrême droite CLIQUEZ