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Révisionnisme et néonazisme d’Etat dans un Pays de l’Union européenne

Pourquoi les nazis sont considérés comme des héros en Lettonie

Affiche de propagande d’époque de la Waffen SS, véritable légion étrangère du régime nazi. En Lettonie, comme ailleurs, des collabos autochtones ont servi la dictature hitlérienne. Aujourd’hui, ils sont réhabilités et honorés dans ce nouvel Etat de l’Union européenne !

Depuis plusieurs mois, des informations inquiétantes arrivent de Lettonie, ex-République de l’ancienne URSS, aujourd’hui totalement indépendante de Moscou et membre de l’Europe des 25. Au programme politique de cette « nouvelle Nation » : révisionnisme de son passé nazi, réhabilitation honorifique des nazis lettons régnant en maître durant l’occupation allemande du pays et répression à l’égard de ceux qui dénoncent ce retournement de l’histoire. Pour mieux comprendre cette situation paradoxale et les dérives d’un nouvel Etat membre de l’Union européenne, RésistanceS reproduit ci-dessous, avec l’aimable autorisation de son diffuseur, un article de Vladimir Simonov, commentateur politique du média RIA Novosti (A. Vick).


Les autorités de Riga, capitale de la Lettonie, autorisent régulièrement le défilé d'anciens légionnaires de la Waffen SS. Des dizaines de nazis lettons d'un certain âge, mais bien valides, défilent solennellement en grand uniforme sous les drapeaux à croix gammée du centre de la ville vers le monument de la Liberté.

C'est ainsi qu'ils célèbrent le 16 mars 1943, date de la création de la légion des SS lettons. L'idée du défilé appartient aux chefs de l'organisation d'extrême droite "Club 415" et ils la mettent en oeuvre depuis cinq ans avec la bénédiction officielle des autorités municipales de Riga.

On connaît les actions de la Waffen SS pendant les années de guerre. Ces hommes exterminaient tous les non-Allemands et les non-Lettons, ils ont construit des camps de concentration où ils ont brûlé dans les fours crématoires les Russes, les Polonais, les Juifs : tous les représentants des "races inférieures".

Aujourd'hui, ces anciens bourreaux touchent une pension militaire confortable, alors que les anciens détenus des camps fascistes ne peuvent pas obtenir de compensation.

Une brève excursion à Riga avec un bon guide ne fera qu'accroître le désarroi éprouvé par un observateur étranger en voyant le déchaînement de l’ état d'esprit nazi dans ce pays balte.

Des inscriptions antisémites apparaissent parfois sur les monuments des cimetières juifs. Des tapis avec des croix gammées sont présentés dans les vitrines des magasins. On voit des passants portant des croix métalliques hitlériennes à la poitrine.

Faisant preuve d'une étonnante amnésie historique, Riga s'indigne contre le prétendu "génocide" commis après la guerre en Lettonie par la faute d'un "empire totalitaire étranger", mais passe sous silence la catastrophe ethnique de 1941. Au cours de la brève période entre le départ des autorités soviétiques et l'arrivée des unités hitlériennes, les nationalistes lettons ont eu le temps d'exterminer et de dépouiller des dizaines de milliers de Juifs lettons. Génocide monstrueux commis par des citoyens de la Lettonie contre d'autres citoyens de la Lettonie.

Une extermination des Juifs aussi féroce qu'en Lettonie n'a probablement eu lieu dans aucun autre pays d'Europe. Sur les 85.000 Juifs qui vivaient dans ce pays, seulement 500 ont survécu après la guerre. La localité de Rumbola est devenue pour toujours le symbole de l'histoire tragique de la Lettonie : en deux semaines, 30.000 Juifs y ont été transférés du ghetto de Riga, placés devant les tranchées et fauchés par les mitrailleuses. Certains de ceux qui sont considérés aujourd'hui en Lettonie comme des héros se trouvaient peut-être parmi les bourreaux.

Il n'est pas étonnant que la protection accordée par l'Etat au nazisme s'accompagne aujourd'hui de manifestations de plus en plus ostensibles d'antisémitisme. Ainsi, les membres du parti "Aïzsargui", qui avaient aidé les hitlériens à lancer les pogroms contre les Juifs à Riga pendant la guerre, commencent à jouer un rôle important dans la société. Qu'est-ce donc qui pousse les autorités lettones à soutenir aujourd'hui une idéologie nazie pourtant incompatible avec l'époque et le lieu : le troisième millénaire et l'Europe unie ?

Ce n'est pas un mystère. De nombreux hommes politiques lettons de tendance nationaliste radicale vivent toujours dans un monde mythique d'humiliations historiques, rassemblées sous le terme "d'occupation soviétique", qui les pousse à exiger des excuses, ainsi qu’une compensation matérielle pour ce mystérieux "préjudice" subi à l’époque de leur appartenance.

Cela rappelle les douleurs fantômes que ressentent parfois les amputés à l'endroit du membre disparu. L'Union soviétique n'existe plus depuis longtemps, et la Russie constitue, pour la Lettonie indépendante, ce membre détaché. Mais les douleurs fantômes et les offenses qui subsistent depuis l'époque soviétique tourmentent toujours les hommes politiques lettons qui se vengent de leurs complexes en pratiquant une politique d'apartheid à l'égard des russophones et en érigeant les nazis au rang de héros.

Vladimir SIMONOV
Commentateur politique du média RIA Novosti

© Diffusé en mai 2005 par le site Combat http://perso.wanadoo.fr/echanges, cet article peut être reproduit à volonté, ou être redirigé vers vos relations. Mis en ligne sur le site belge RésistanceS (www.resistances.be) le 19 mai 2005.