RésistanceS 08-02-2008

Dans les coulisses de la politique belge

Le parti LiDé d'Aernoudt est-il lié à l'extrême droite ?

A Bruxelles, le coordinateur du parti Libéral démocrate (LiDé) de Rudy Aernoudt est-il un ancien leader d'une formation d'ultradroite radicale ? Oui, selon Olivier Maingain, président du FDF et membre de la direction du Mouvement réformateur. Son objectif : éviter une alliance du MR avec LiDé. RésistanceS.be fait le point sur cette «affaire» en replongeant dans ses archives.


Selon le président du FDF, le coordinateur bruxellois de LiDé provient des rangs de l'extrême droite. C'est ce qu'il a affirmé dans le quotidien La Libre Belgique.


Il y a quelques jours, le Front démocratique des francophones (FDF, l'un des partis constituant le Mouvement réformateur de Didier Reynders), s'est formellement opposé, entre autres par la voix de son président, Olivier Maingain, à une alliance avec le parti Libéral démocrate (LiDé).

Le parti LiDé a été récemment fondé par Rudy Aernoudt. Cet ex-haut fonctionnaire flamand - qui fut aussi chef de cabinet de l'ancien ministre libéral wallon Serge Kubla – s'est lancé en politique, avec sa propre structure, notamment pour mettre fin à «l'hégémonie du PS sur la Wallonie». Le programme de LiDé est un programme d'essence ultralibérale, proche de celui de Jean-Marie Dedecker en Flandre, le big-boss de la liste politique homonyme, la LDD. Dedecker et Aernoudt sont d'ailleurs des amis de longue date et partagent pas mal de points communs. Leur seule divergence : l'option institutionnelle qu'ils favorisent pour l'avenir de l'Etat belge. L'un, Rudy Aernoudt, est unitariste belgicain, l'autre ouvertement séparatiste et favorable à l'indépendance de la Flandre et de la Wallonie.


Opposés à l'alliance MR-LiDé
Toutes les supputations peuvent être évoquées quant à l’avenir, notamment électoral, de LiDé Rudy Aernoudt ambitionne l'aventure des élections régionales, le 7 juin prochain, en espérant pouvoir avoir plusieurs députés régionaux à Bruxelles et dans la Région wallonne. Mais la présence de LiDé serait défavorable au Mouvement Réformateur (MR). Et donc profitable au PS. Un scénario post-élection pourrait cependant donner lieu à une alliance entre le MR et LiDé, ce qui signifierait dès lors un risque pour le PS, qui ambitionne de garder la main en Wallonie. L'hypothèse la plus favorable au MR - et au désavantage des socialistes - serait la conclusion d'une alliance MR-LiDé avant les élections. Cette alliance signifierait l'intégration de Rudy Aernoudt et des siens sur des listes électorales réformatrices.

Pour l'instant, afin aussi de faire monter les enchères, le jeune parti de Rudy Aernoudt poursuit sa structuration avec l'adhésion de ses premiers membres, la création de sections locales et la nomination de ses responsables, en Wallonie comme à Bruxelles. Dans la capitale, le coordinateur de LiDé se nomme Pascal De Roubaix. C'est justement cette personnalité – mais aussi une partie du discours et du programme anti-égalitariste et relatif à la périphérie bruxelloise de LiDé - qui nourrit l'opposition du FDF à un rapprochement avec la formation d'Aernoudt.

Pour Olivier Maingain, Pascal De Roubaix «a été membre du groupuscule Alliance, une liste proche de l'extrême droite, une liste pas très honorable». Dans une interview accordée le 4 février dernier au quotidien «La Libre Belgique», le président du FDF et membre de la direction du Mouvement réformateur (MR) précisait : «Pour l'instant, il (Rudy Aernoudt) ne semble pas avoir un personnel politique exceptionnel et incontournable. Quant à son porte-parole bruxellois, Pascal De Roubaix, il a soutenu une liste ''Alliance'' que le site RésistanceS désigne comme très proche de l'extrême droite. Je n'imagine pas un seul instant M. De Roubaix présent sur nos listes».

Qu’en est-il réellement de cette liste Alliance, aujourd'hui disparue ? Fut-elle réellement une liste d'extrême droite ?

 


L'Alliance de Pascal De Roubaix était un rassemblement issu du courant d'ultradroite poujadiste. Ici quelques documents de ce parti nationaliste belge – Documents : RésistanceS.be



Ultradroite poujadiste
L'Alliance-Alliantie est apparue en 1998 autour de Pascal De Roubaix, un ancien député de l'Union démocrate pour le respect du Travail (UDRT), une formation d'ultradroite, très poujadiste, qui eut un certain succès électoral à la fin des années 1970. L'Alliance-Alliantie affirmait en 1999 être «un rassemblement politique qui n'a aucune attache avec les partis politiques actuels». Le but de ce rassemblement était alors de «sauver la Belgique du séparatisme». Plusieurs structures belgicaines rejoindront l'Alliance de De Roubaix, comme le parti Entente des Belges-Eendracht der Belgen-Eintracht der Belgier (EDE), successeur politique direct de la formation belgicaine Belgique-Europe-België (BEB), dont l'un ou l'autre dirigeant avaient entre temps adhéré au Front national de Daniel Féret. On retrouvera également à l'Alliance-Alliantie des transfuges de WOW, un parti de seniors, et du Parti pour une Nouvelle Politique belge (PNPb) de Paul Marchal, le papa de l'une des victimes de Marc Dutroux. Mais aussi, Pierre Lenfant, un ancien sénateur du Parti social-chrétien (PSC).

Le ton de l'Alliance se situait clairement à l'ultradroite de l'échiquier politique. Le 13 juin 1999, elle déposa une liste, sous le nom de «A», aux élections régionales, dans la Région de Bruxelles-Capitale. Ce fut un flop mémorable. L'Alliance-Alliantie ne récolta que 0,16 % (701 voix) et son chef Pascal De Roubaix, en tête de liste, 402 voix de préférence. Après ce «Waterloo électoral», ce parti disparut.

Pour en revenir aux accusations actuelles d'une collusion avec l'extrême droite, le programme de l'Alliance, certes teinté d'un vernis populiste et poujadiste, ne pouvait se confondre avec celui du Front national. Le rassemblement politique de Pascal De Roubaix s'inscrivait clairement dans une conception démocratique. Néanmoins, au-delà de ce programme soft et sans doute fruit d'un double langage, il faut signaler des connexions directes avec une droite extrême se situant dans la mouvance du Front national ou de cette «droite nationale» impulsée en France, au milieu des années 1980, par Jean-Marie Le Pen en personne.

En effet, l'un des bras-droits de Pascal De Roubaix était un dénommé Christophe Buffin. Ce dernier figurait en deuxième position sur la liste de l'Alliance aux élections régionales de 1999. Il y obtint 109 voix de préférence. Christophe Buffin est alors déjà connu comme un militant de la droite national-catholique radicale. Il fréquentait – et fréquente toujours - l'association politico-religieuse Belgique & Chrétienté, dont le président, Alain Escada fut le porte-parole du Front nouveau de Belgique, une dissidence radicale du FN de Féret, puis fut proche de ce dernier et aujourd'hui de la «mouvance identitaire» dans laquelle se retrouvent des nostalgiques de l'Ordre nouveau. Auparavant, Christophe Buffin collaborait au journal «L'Accent», issu des milieux «Dinaso», revendiquant la création d'un «Etat thiois» devant regrouper les «Grands Pays-Bas», les trois Flandres (française, belge et hollandaise) et la Wallonie.

Front national et Cri du Citoyen
A la fin des années 1980, Christophe Buffin se retrouve dans la mouvance du Front national de Daniel Féret. Sa présence renforce le «courant national-catholique» qui se structure aussi dans ce parti d'extrême droite. Buffin fait notamment partie de la «rédaction générale» du mensuel «Le National», le journal officiel du FN belge. Mais sa collaboration rédactionnelle la plus importante est réservée au «Cri du Citoyen». Ce mensuel confidentiel, née dans la région montoise, diffuse des articles axés essentiellement sur la dénonciation des «magouilles politiques». «Le Cri du Citoyen» se réfère aussi au corpus idéologique de Charles Maurras, le théoricien du «nationalisme intégral» et de la conception de l'«antisémitisme d'Etat». Ce périodique sera d'abord proche du Parti pour la Liberté du citoyen (PLC, ex-Parti libéral chrétien), de Belgique-Europe-België (BEB), puis du FN de Daniel Féret. Dans un article publié en avril 1989, Christophe Buffin écrira à propos du BEB : «Cette tentative patriotique a été écrasée dans l'œuf par la particratie bétonnée qui y a vu un concurrent ou au moins un témoin gênant». A l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, il écrira : «Qui peut encore nier que c'est bien la Révolution française qui a ouvert la vanne du totalitarisme quand Lénine, Trotsky, Hitler, Staline et Mao s'en sont réclamés ? Fêter la Révolution française équivaudrait à applaudir aux millions de victimes du stalinisme et du nazisme».

Christophe Buffin ne fut pas le seul, à l'ultradroite, à collaborer au «Cri du Citoyen». Pascal De Roubaix lui-même y animera une «tribune libre» dans laquelle il abordera différents thèmes : la crise du système scolaire en Belgique, le droit de vote des étrangers (auquel il s’opposait virulemment), l'infiltration de l'extrême gauche dans le monde politique, les syndicats, les médias et l'enseignement, la «gauche affairiste», l'avenir institutionnel de la Belgique, etc.

En avril 1998, Pascal De Roubaix affirmera dans sa «tribune libre» publiée dans «Le Cri du Citoyen» : «Malheureusement pour la Belgique, l'extrême droite francophone est désorganisée et plus occupée à se déchirer en petites factions rivales plus au moins hystériques, qu'à constituer une force politique un tant soit peu crédible ». Le mois précédent, il avait écrit que «nous ne vivons plus en démocratie» à cause d'une «particratie» dont les «métastases» sont profondément infiltrées dans les «instances policières et judiciaires» du pays.


Pascal De Roubaix comme Christophe Buffin, numéros un et deux de l'Alliance aux élections régionales de 1999, ont collaboré au mensuel «Le Cri du Citoyen», un journal ouvertement d'extrême droite – Documents : RésistanceS.be


Qu'en pense le MR de Reynders
Les convictions politiques d'ultradroite de De Roubaix sont bien antérieures à sa collaboration au «Cri du Citoyen». A l'époque où il était l'un des dirigeants les plus en vue de l'UDRT, l'hebdomadaire le «Pourquoi pas ?» l'avait décrit, en novembre 1984, comme un «catholique d'obédience intégriste, nationaliste, unitariste, patriote».

Comme on peut le constater, le parcours, les convictions et les partenaires politiques du leader bruxellois de Libéral démocrate, le parti de Rudy Aernoudt, étaient clairs et précis jusqu'en 1999. Pascal De Roubaix n'est-il plus aujourd'hui le même homme que celui qui se désolait de ne pas avoir une extrême droite crédible en Belgique ? A-t-il véritablement changé d'orientation idéologique depuis lors ? C'est Rudy Aernoudt qui devrait lui poser en personne ces questions. Ainsi que le Mouvement réformateur de Didier Reynders, qui pourrait intégrer, à des fins électorales, Aernoudt et les siens...

Manuel Abramowicz




© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 8 février 2009.

 

 


Le coordinateur bruxellois du parti Libéral démocrate (LiDé) de Rudy Aernoudt animait une «tribune libre» dans «Le Cri du Citoyen», un journal d'extrême droite.


NOUVEAU «Le Cri du Citoyen», un journal de et pour l'extrême droite (17/02/2009)

NOUVEAU : LiDé implose à l'extrême droite ! (10/03/2009)


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