RésistanceS 22-10-2007

Extrême droite & violence


Les loups gris responsables d'actions terroristes à Bruxelles


Ce dimanche 21 octobre, lors d'une manifestation illégale de l'extrême droite turque dans les rues de Bruxelles, le journaliste belge Mehmet Koksal (collaborateur du ''Courrier international'', de ''La Libre Belgique'', du ''Journal du Mardi'', de ''Points Critiques''... et de RésistanceS) a été lâchement attaqué par des membres des loups gris. Cette organisation national-fasciste active en Turquie et dans l'immigration turque est protégée chez nous grâce à ses liens avec des partis... démocratiques.

Sur cette page, RésistanceS publie le témoignage de Mehmet Koksal, ainsi que l'appel commun lancé aux partis démocratiques belges par l'Association des Arméniens démocrates de Belgique, l'Associations des Assyriens de Belgique, l'Institut Kurde de Bruxelles et la Fondation Info-Türk. Dans cet appel, ces organisations rappellent les dernières actions terroristes commises en Belgique par les loups gris. Et s'inquiètent de leur protection politique...

 


Mehmet Koksal interviewé, le 22 octobre, par RTL-Tvi après son agression par les loups gris © Image: RTL-TVi.


Dimanche (21/10/07) - Je reçois un appel vers 22 h 41 m'informant qu'une "manifestation des loups gris (militants d'extrême droite turque) vient de commencer dans les quartiers turcs de Saint-Josse et Schaerbeek. Le cortège des voitures se dirige vers l'ambassade des Etats-Unis". Le long de mon trajet vers le Boulevard du Régent, je remarque qu'il s'agit effectivement d'une grosse manifestation. Les voitures avec des jeunes turcs défilent, drapeau et symbole de l'extrême droite turque en main, en direction de l'ambassade des Etats-Unis en criant des slogans à la mémoire des "soldats martyrs" (''sehitler'' en turc) tombés récemment dans la lutte armée turco-kurde à l'est de la Turquie.

Arrivé sur le place, environ 200 personnes manifestent violemment devant la grille de la représentation américaine à Bruxelles. Des slogans hostiles, des insultes, beaucoup de drapeaux turcs et du MHP (Parti d'action nationaliste), je note rapidement dans mon carnet que la plupart des meneurs ont le visage couvert à l'aide des drapeaux un peu comme des hooligans lors d'un match de foot. Grimpant l'un sur l'autre, l'un des jeunes arrive finalement à décrocher le drapeau américain qui flottait derrière la grille de l'ambassade et c'est l'extase pour la foule qui quitte rapidement les abords immédiats du grillage. A 5 mètres, sur la route des tunnels bloqués, chacun tente d'arracher un morceau du symbole américain.

Perdu dans la foule, le conseiller communal schaerbeekois Halis Kökten (cdH) tente d'apaiser les choses mais sans succès. Déployés en grand nombre, les services de police essayent surtout d'encercler les manifestants en évitant soigneusement d'intervenir.

23 h 04, je suis paisiblement les jeunes loups gris qui s'excitent mutuellement pour mettre le feu au drapeau américain. Je filme un court extrait qui reflète assez bien l'engrenage nationaliste turc : "Yak!Yak!Yak!Yak!Yak!" (Brûle!Brûle!Brûle!Brûle!Brûle!) mais un jeune loup gris me reconnaît et commence à me crier dessus sur un ton menaçant : "Sendemi burdasin ?!" (Toi aussi es-tu là ?!).

Je range rapidement mon appareil et commence à m'éloigner mais le jeune veut absolument de faire lyncher par ses camarades. Il crie : "Hé ! Les gars ! C'est Mehmet Koksal, ce fils de pute de journaliste, ce traître à la patrie, notre ennemi ! Arrêtez ce connard, on va lui faire la peau !" Il répète plusieurs fois les mêmes phrases et je sens la tension monter. Puis, d'un coup, je vois 1, 10, 20, 30 personnes se diriger contre moi pour clairement me casser la gueule. D'autres jeunes tentent de les arrêter en expliquant que cela ne servira à rien mais ils sont rapidement dépassés. Je répète sans cesse que je n'ai rien fait et que je me contente de suivre calmement la manifestation mais impossible de placer un moment dans l'avalanche d'insultes qui pleut contre moi.

On dirait que brûler le drapeau américain est devenu soudainement secondaire par rapport à la proie facile que je représente dans cette foule. Quelques jeunes me conseillent de partir en courant. Volontiers mais, d'après moi, je risque d'exciter encore plus la foule et à peine essayé, ma crainte devient réalité : un gars me bloque le passage et une vingtaine de personnes plonge sur moi en me rouant de coups de poings et de coups de pieds, essentiellement sur le visage. Je tombe par terre mais les coups continuent de pleuvoir jusqu'à ce qu'un autre jeune m'arrache et me pousse vers un véhicule de police. "Embarquez-le! Embarquez-le!", demande le jeune en criant à la policière qui refuse d'ouvrir la porte de son véhicule.

On continue la course vers la rue de la Loi, j'encaisse encore quelques coups à gauche et à droite puis c'est la délivrance. Un agent m'embarque et m'éloigne de la manifestation après avoir pris note de mon identité. Au final, je m'en sors bien avec quelques coups sur le visage, le dos et des griffes autour du cou. Heureusement qu'aucun de ces militants d'extrême droite n'avait sorti un couteau ou une arme à feu car... je n'aurai pas pu vous relater mon cassage de gueule devant l'ambassade des Etats-Unis.

Mehmet KOKSAL
Consultez le site de Mehmet Koksal

 


Supporters de football turcs, en 2002, dans les rues de Bruxelles. Parmi eux : des loups gris, une organisation violente d'extrême droite prônant un nationalisme raciste © Photo : Manuel Abramowicz



Solidarité avec le journaliste Mehmet Koksal


Appel urgent aux dirigeants politiques belges (*)

Malgré nos multiples avertissements, des ultranationalistes turcs en Belgique poursuivent leurs actions terroristes et criminelles en jouissant d'une totale impunité. Dimanche 21 octobre en fin de soirée, après une manifestation non-autorisée devant l'ambassade des Etats-Unis à Bruxelles, les loups gris ont tabassé le journaliste indépendant belge d'origine turque Mehmet Koksal alors qu’il filmait l'évènement.

Le cortège a poursuivi sa route en hurlant des slogans nationalistes et en portant le drapeau turc et celui des loups gris (trois croissants) à travers les quartiers turcs. A leur arrivée dans les quartiers multi-culturels de Saint-Josse, ils ont d'abord attaqué un disquaire kurde situé rue de Liedekerke, puis ils ont complètement saccagé un café de la chaussée de Louvain, tenu par un Arménien.

Depuis la reconnaissance du génocide arménien par la Commission des Affaires étrangères du Congrès américain et l'intensification des combats entre l'armée turque et la guérilla kurde dans le sud-est de la Turquie, les jeunes Turcs de Bruxelles sont systématiquement provoqués par les sites turcophones soutenus par l'ambassadeur de Turquie. Dimanche, des messages agitateurs ont été diffusés par SMS dans la communauté turque.

Ce qui est scandaleux de la part des autorités belges, c’est que malgré ces provocations évidentes, elles n'ont pris aucune mesure sérieuse pour empêcher des agressions éventuelles. Or, dans le passé, les forces de sécurité étaient fort mobilisées en cas d'une manifestation devant l'ambassade des Etats-Unis. Pour cette manifestation sauvage, on n'a chargé que quelques policiers, bien trop peu nombreux pour empêcher ces débordements et cette agressivité.

Le fait que ces provocations s'effectuent en langue turque ne constitue pas une excuse de ne pas pouvoir estimer l'ampleur de cette mobilisation car il y a beaucoup de personnes d'origine turque se trouvant dans la police, dans les collèges et conseils communaux voire même dans les assemblées régionales et fédérales. Ces personnes ont des relations privilégiées avec l'ambassade de Turquie ainsi qu’avec les médias turcs. Donc, elles sont parfaitement au courant de ces provocations.

Qui plus est, il ne s'agit pas de la première agression ultranationaliste turque commise à Bruxelles. Dans le passé, les communautés non-turques en provenance de Turquie ont été plusieurs fois la cible des loups gris. Au début 1994, cent cinquante Kurdes participant à une marche pacifique ont été agressés par plusieurs centaines de loups gris quand ils sont arrivé à Saint-Josse.

Cinq ans plus tard, le 17 novembre 1998, l'Institut Kurde de Bruxelles, le Centre Culturel Kurde et un local assyrien ont été attaqués et incendiés par les loups gris devant la police. Le 10 décembre 2005, un engin incendiaire a été lancé dans les locaux du bureau du parti pro-kurde DEP, détruisant la porte d’entrée.

Le 2 décembre 2006, des centaines de loups gris s'étaient rassemblés place Saint-Josse pour attaquer les locaux kurdes après la distribution d'un appel contre la présence d'une association kurde située à Saint-Josse-ten-Noode, mais grâce aux mesures préventives prises par la police, cette tentative a échoué. Toutefois, dans la nuit du dimanche 1er avril 2007, les locaux de la même association ont été ravagés par un incendie criminel. A l'étage, les habitants ont été exposés au risque de brûler vifs.

Alors que les associations démocratiques, oeuvrant pour une cohabitation harmonieuse parmi les communautés en provenance de Turquie, l'ambassadeur turc à Bruxelles, en réagissant comme un gouverneur colonial, continue de menacer la paix communautaire dans les communes de Saint-Josse et Schaerbeek.

Dans une interview qu'il a accordée au quotidien turc Hürriyet du 21 avril 2007, l'ambassadeur prend même comme cible le bourgmestre de Saint-Josse, Jean Demannez, en ces termes: "Hé toi! Qui es-tu? Qui t'a donné cette mission? Comment se fait-il que tu puisses qualifier mes compatriotes comme Turcs, Kurdes, Arméniens, Assyriens? Personne ne peut soumettre mes compatriotes à une telle division ethnique. Nous ne permettons jamais de diviser ainsi nos compatriotes !".

Les communautés kurde, arménienne et assyrienne vivent actuellement dans un trou noir créé en Belgique par le régime répressif d'Ankara en raison du laxisme de certains hommes politiques belges; un trou noir qui peut générer, à n'importe quel moment, une nuit de crystal, et même une purification ethnique dans la Commune de Saint-Josse.

Ayant réagi dans le passé contre toutes les agressions précitées, nos organisations issues de l'émigration politique en provenance de Turquie :

  • appellent tous les responsables politiques à assurer la protection des communautés non-turques et des opposants du régime d'Ankara contre les agressions criminelles des loups gris, protégés par l'ambassade de Turquie, par les élus belges d'origine turque et malheureusement par certains leaders de partis politiques en quête des votes des électeurs nationalistes turcs.
  • demandent l’ouverture immédiate d’une enquête afin d’identifier et punir les agresseurs et surtout les instigateurs de cette terreur politique.

(*) Appel des Association des Arméniens démocrates de Belgique, Associations des Assyriens de Belgique, de l'Institut Kurde de Bruxelles et de la Fondation Info-Türk


A la une du quotidien ''Le Soir'', du 12 octobre 2006 : dénonciation de la présence sur la liste électorale du PS schaerbeekois d'un dirigeant d'une association culturelle turque directement liée aux nationaux-fascistes et racistes loups gris.

 

© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 22 octobre 2007.

 




 

Militant et drapeau officiel des loup gris, en 2002, dans les rues de Bruxelles, après un match de football © Photo : Manuel Abramowicz


Les loups gris

Cette organisation nationaliste turque, apparue dans les années 1960, prône un corpus idéologique de type fasciste et raciste. Elle est directement liée au Milliyetçi hareket partisi (MHP, en français : Parti d'action nationaliste), une formation politique d'extrême droite relativement importante en Turquie.

Dans ce pays, le MHP et ses groupes d'actions paramilitaires, dont les loups gris, sont responsables de manifestations ultraviolentes visant à terroriser leurs adversaires : partis politiques de gauche, syndicalistes, minorités culturelles (arménienne, azéri, chaldéenne...) ... Ils préconisent une véritable idéologie raciste considérant les Turcs comme étant des êtres supérieurs.

A l'étranger, les loups gris, le MHP et leurs associations culturelles (dont plusieurs asbl en Belgique, association loi 1901 en France) sont très actifs au sein de la diaspora turque. Dans le cadre d'une stratégie bien huilée, ils infiltrent également des partis démocratiques (chez nous : le PS, le cdH, le CD&V et le MR). Ce qui leur permet de poursuivre aisément leurs activités de propagande qui pourtant sont totalement à l'opposées des principes démocratiques.

(M.AZ).


Plus d'infos ?
Sur l'organisation national-fasciste turque des Loups gris, vous pouvez toujours consulter les articles de RésistanceS suivants :

Interview de Mehmet Koksal : Une réalité tabouisée - Extrême droite chez les ''immigrés''

Les Loups gris au service du national-islamisme

Les liens de partis démocratiques belges avec l'extrême droite turque

Des ''immigrés'' nationalistes sur des listes démocratiques

De Tel Aviv à Schaerbeek, banalisation de l'extrême droite


Vous trouverez également de nombreuses informations sur les sites suivants :

– Celui animé par le journaliste Mehmet Koksal
–Celui de l'agence de presse indépendante Info turk

 


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Pour mieux comprendre et mieux réagir aux partis et idées d'extrême droite, il faut lire notre :

Guide des résistances
à l'extrême droite

'Un guide sous forme de questions-réponses claires et précises permettant à chacun d’agir sur le terrain, sans nécessairement s’engager dans la militance pure et dure.
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Le Vif / L’Express

'Un vade-mecum très fouillé. A coup sûr, il s'agit d'un outil de travail indispensable.'
La Libre Match

'Sans blabla, il décortique au scalpel les partis de la haine. Pose les questions dérangeantes. Trace des pistes. Pour mettre en échec l’extrême droite. Sans recette magique. Sans vaine indignation morale. Rien que des propositions concrètes. Et quelques trouvailles pour faire des crocs en jambes à ‘’ceux qui veulent supprimer nos libertés’’.
Un livre à la fois utile et pédagogique – puisse le corps enseignant en faire le meilleur usage – mais aussi plaisant – ce n’est pas une tare, même pour un sujet aussi grave – et impertinent. Il ne passe pas sous silence les responsabilités des partis démocratiques.
C’est clair, vivant… et sans angélisme.'
Le Journal du Mardi

Un ouvrage fouillé, très accessible, où il est passé à la moulinette l'idéologie haineuse et destructrice des ennemis de la démocratie.
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