RésistanceS 22-06-2008

Cordon sanitaire brisé par le MR...


Les libéraux schaerbeekois liés à l'extrême droite turque ?


Selon l'hebdomdaire La Tribune de Bruxelles, un échevin du Mouvement réformateur (MR) de Schaerbeek a participé à un meeting de l’extrême droite turque. Qu'en pense la majorité MR-FDF-Ecolo ? Eclairage de RésistanceS sur cette rupture manifeste du cordon sanitaire.


Bruxelles, après un match victorieux de l'équipe nationale turque de football. Parmi ses supporters, des militants des Loups gris s'y trouvaient en bonne place. C'est aussi au sein des mouvements nationalistes immigrés que les partis politiques belges vont chercher leurs «nouveaux électeurs» © Photo : Manuel Abramowicz / RésistanceS-Obed.


L’échevin schaerbeekois Saït Köse (MR-FDF), en charge de la Jeunesse, des Sports et de la Population s’est rendu le 2 juin dernier à Genk (capitale de la province flamande du Limbourg) pour célébrer les dix ans de la Fédération des associations turques de Belgique. Cette dernière est connue comme étant liée à l’extrême droite, notamment au Milliyetçi Hareket Partisi (MHP, Parti d'action nationaliste) et aux Loups gris, son pseudopode d'action de rue dans la jeunesse. Il est à signaler que d'autres élus d'origine turque, membres des partis socialistes, libéraux, chrétiens-humanistes flamands et francophones étaient également présents à ce grand rassemblement nationaliste.

Après avoir été révélée dans La Tribune de Bruxelles (un hebdo conjointement publié par les quotidiens La Libre Belgique et La Dernière heure), par Mehmet Koksal, l'un de ses journalistes, cette information a provoqué, une fois de plus, un débat polémique au sein de la commune bruxelloise de Schaerbeek.

Symboles d'extrême droite
Sur le site nationaliste www.gundem.be - qui couvrait l’évènement -, des photos mettent en évidence la nature de la réunion de cette Fédération des associations turques de Belgique. On y reconnait en effet clairement deux symboles de l’extrême droite turque :

- «L’appel du loup», salut qui se fait bras tendu, l’index et l’auriculaire dressés vers le haut, le pouce, le majeur et l’annulaire pointant en avant, symbolisant la tête d’un loup. D’après les photos, ce salut a été fait tant par des organisateurs que par des participants. Il ne s’agit donc pas d’un acte isolé au sein d’une activité culturelle.

- La présence du drapeau à trois lunes, symbole que le parti extrémiste raciste MHP a récupéré de l’ancien empire ottoman. Il s’agit donc d’une organisation qui relève de ce que l’on peut appeler un meeting politique.

Du débat intra schaerbeekois, deux déclarations reprises dans un article paru dans le quotidien La Dernière Heure ce 10 juin méritent une rapide analyse : celle d’Isabelle Durant (coprésidente d'Ecolo et élue à Schaerbeek), suivie de celle du principal intéressé, Saït Kose (MR-FDF).

La dirigeante d’Ecolo estime que «ce n'est pas la place d'élus locaux d'être aux premières loges d'organisations relais de mouvements nationalistes» et demande à son partenaire du MR de vérifier si son échevin est membre ou non de cette association d'extrême droite et raciste turque. Cependant, pas question pour Isabelle Durant de remettre en cause la majorité MR-FDF-Ecolo (voir ci-dessous son texte).

Selon les informations recueillies par RésistanceS, la Fédération des associations turques de Belgique n’est pas que le «relais» du MHP. Cette fédération fait partie intégrante de ce parti qui n’est pas que «nationaliste», mais qui est également connu pour ses discours et slogans racistes (contre les Kurdes par exemple) et son négationnisme du génocide des Arméniens commis par les autorités politiques et militaires turques en 1915. Ensuite, «vérifier si» Saït Kose fait ou non partie de cette «fédération» n’est absolument pas pertinent. Il s’agit d’un échevin de la jeunesse qui s’exprime en connaissance de cause à la tribune d’une association extrémiste, qui la légitime par sa présence auprès de la jeunesse turque et qui se rallie de ce fait les idées diffusées par celle-ci.

Deux poids et deux mesures ?
Pour rappel, le député régional wallon Marcel Cheron (Ecolo) au Parlement de la Communauté française tenait, il y a quelques temps, des propos durs à l’encontre des parlementaires flamands qui avaient rompu le cordon sanitaire pour faire passer le projet de loi de scission de BHV. Pour lui, il était inconcevable qu’une loi soit votée «grâce à un soutien incontournable des partis extrémistes». Est-il plus tolérable de rester dans une majorité pour gérer une commune avec un extrémiste comme échevin incontournable puisqu’on ne parvient pas à obtenir sa démission ?

Par ailleurs, les propos de Saït Kose relayés par La Dernière heure sont sans ambigüité : il nie le caractère politique du meeting du 2 juin en prétendant que l’évènement était uniquement « festif et culturel ». De plus l'élu MR-FDF affirme que s’il y était à nouveau invité, il y retournerait. Voilà au moins une déclaration qui a le mérite d’être claire pour son parti et pour son partenaire écologiste communal…

Extrême droite immigrée et realpolitik
On n’attend plus grand-chose du bourgmestre Bernard Clerfayt (en congé politique) : ce dernier avait déjà couvert Saït Kose, lors des émeutes racistes d’octobre 2007. Quant à Ecolo, qui a relégué le PS dans l’opposition suite aux révélations de la présence d’un militant des Loups gris sur la liste conduite par la ministre fédérale Laurette Onkelinx lors des dernières élections communales, on attend de sa part un minimum de cohérence.

Ce dernier épisode politique liant encore une fois des «partis démocratiques» à l'extrême droite immigrée turque atteste à nouveau des dangers que représente pour la démocratie le «communautarisme électoral», phénomène désormais exploité par toutes les formations politiques. Serait-on plus combatif lorsqu'il s'agit des antidémocrates du Front national et du Vlaams Belang que quand il s'agit de l'extrême droite raciste issue de l'immigration ? Une fois de plus, le deux poids et deux mesures est bel et bien de la realpolitik.

Julien Maquestieau


Lors de la campagne électorale pour les communales d'octobre 2006, les liens entre l'extrême droite turque immigrée et les partis politiques démocratiques avaient encore fait la Une de l'actualité. Ici couverture du quotidien Le Soir du 12 octobre 2006 – Document : RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite.

L'avis d'Isabelle Durant sur cette « affaire »

Sur son blog, Isabelle Durant, la coprésidente du parti Ecolo et conseillère communale à Schaerbeek, s'est exprimée le 10 juin dernier dans un « édito » sur les liens entre l'un de ses collègues de la majorité communale (MR-FDF-Ecolo) et l'extrême droite raciste turque. Son texte publié et toujours en ligne actuellement (www.isabelledurant.be) porte le titre « Quand on mélange nationalisme, extrême droite et action locale : marre du communautarisme ! ». Extraits :

« N’en déplaise à certains, nous n’avons pas changé d’avis sur ces questions. Que l’on soit MR, PS ou CDH, dans la majorité ou dans l’opposition, c’est une question de principe : LE CORDON SANITAIRE VAUT AUSSI AVEC LES MOUVEMENTS OU PARTIS DES PAYS D’ORIGINE DES ELUS (NDLR : en majuscule dans son texte).

La participation d’un échevin schaerbeekois, mais aussi de députés et élus locaux de différents partis libéraux, socialistes ou chrétiens, francophones ou flamands, au congrès de la Fédération des organisations turques de Belgique la semaine dernière à Genk, défraie la chronique.
Et pour cause.
(...)
Le problème c’est que dans ce congrès s’ajoute au caractère culturel et nationaliste de ces associations une proximité plus que désagréable avec des mouvements et partis aux histoires pas spécialement démocratiques. De quel parti s’agit-il ? Principalement du MHP (Milliyetçi Hareket Partisi) dont quelques éminents représentants participaient en bonne place à la manifestation de dimanche dernier. Certes, il est vrai que le MHP est un parti représenté au Parlement turc.
Et alors ? Le Vlaams Belang l’est aussi au Parlement fédéral et flamand, depuis longtemps et en trop grand nombre.
Limitons-nous donc à voir ce que dit du MHP le site de l’Institut européen de recherche sur la coopération Méditerranéenne et Euro-Arabe (Medea), soutenu par la Commission européenne et présidé par... François-Xavier De Donnéa (pas vraiment une officine de la gauche radicale...).
''Le MHP (Parti de l’Action Nationale) : parti ultra-nationaliste (également connu sous le nom de "Loups Gris") fondé en 1969 par feu Arpaslan Türkes. Structuré comme une organisation para-militaire, le MHP était largement responsable de l’escalade de la violence à la fin des années 70 (environ 5.000 victimes. Le MHP était dissout après le coup d’Etat de 1980 pendant que Türkes et d’autres étaient emprisonnés au début des années 80 pour le meurtre de plusieurs personnalités publiques. En 1995, Türkes est autorisé à reconstituer le MHP et à prendre part aux élections législatives qui font gagner au parti 8,5% des votes. Les funérailles de Türkes en avril 1997 ont attiré 300.000 personnes incluant des figures politiques de tous bord.
Certes, comme le dit le même site, le MHP est devenu, avec 129 sièges et plus de 18% des voix, le deuxième parti politique de Turquie après les élections d’avril 1999.''
Et alors ?
Le fait que le Belang ait "nettoyé" son discours et son programme et obtienne plus de 20 % des voix ne nous permet pas plus, en tant que partis démocratiques, de couper le cordon sanitaire, d’envisager contacts, collaborations, invitations à des congrès d’associations culturelles. Et nous sommes les premiers dans les partis démocratiques à dénoncer les proximités des nationalistes flamands avec le Belang.
(...)
Mais quand on participe à ce genre d’activités en dehors de sa fonction d’échevin ou d’élu, qu’on choisit d’y être, d’y prendre la parole, c’est pour de toutes autres raisons. C’est pour caresser dans le sens du poil un électorat, une communauté, que l’on encourage à n’envisager son vote que sur base communautaire. Et ce faisant, on alimente un peu plus encore le repli des communautés sur elles-mêmes.
Est-ce à dire qu’il faut bannir les contacts avec sa communauté, une part de son électorat, quand on est élu d’origine étrangère ? Evidemment que non. Les contacts avec eux ou avec les villes ou régions d’origine sont plus que légitimes. Ils doivent être encouragés.
Mais dans le contexte d’ici, du mandat que l’on exerce pour tous les citoyens même si on n’a été élu que par une partie d’entre eux, en cohérence avec le parti sur la liste duquel on a été élu (et aux valeurs duquel, normalement, on adhère), dans la réalité politique locale, régionale et/ou fédérale.
Tous l’ont dit d’une même voix lors des émeutes survenues il y a quelques semaines à St Josse et à Schaerbeek entre Turcs et Kurdes : les problèmes et réalités extérieurs ne doivent pas être importés dans nos quartiers...alors svp, pas par nos élus !!! ».

Isabelle Durant
Schaerbeek, 10 juin 2008

 

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le dimanche 22 juin 2008.

 


Jeune activiste des Loups gris d'extrême droite turcs dans les rues de Bruxelles © Photo : Manuel Abramowicz / RésistanceS


Extrême droite turque et partis démocratiques
Le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite, RésistanceS, a régulièrement informé son lectorat des liens existant entre des partis politiques démocratiques et l'extrême droite d'origine étrangère, implantée dans des communautés issues de l'immigration. C'est le cas de nationalistes hutus rwandais et turcs, par exemple. Des liens existent aussi avec des mouvements politico-religieux hostiles au système démocratique, comme le sont les Frères musulmans.

Pour plus d'informations sur l'extrême droite et les intégristes antidémocrates provenant de populations immigrées, il faut notamment lire sur RésistanceS :

Des «immigrés» nationalistes sur des listes démocratiques (carte blanche de RésistanceS publiée dans Le Soir du 26 août 2006)

Une réalité tabouisée : extrême droite chez les « immigrés ». Interview de Mehmet Koksal

Les liens de partis démocratiques belges avec l'extrême droite turque

Les loups gris responsables d'actions terroristes à Bruxelles

Les Loups gris au service du national-islamisme

Contre le négationnisme turc du génocide arménien

Rwanda : un génocide toujours au cœur de l’actualité

Idéologie raciste hutue et génocide des Tutsis du Rwanda


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