RésistanceS 04-08-2007

Influence idéologique étrangère


Les disciples belges de Charles Maurras


Dès les années 1930, le dirigeant de l'Action française va influencer l'extrême droite en Belgique. Léon Degrelle, des solidaristes flamands, des universitaires et des personnalités de l'ultra droite belgicaine deviendront des maurrassiens orthodoxes. Ces « amis belges de Charles Maurras » existent toujours aujourd'hui.


L’idéologue politique français Charles Maurras (1868-1952) a influencé certains milieux de I'extrême droite belge, dès les années 1930. Léon Degrelle, dirigeant du parti d’extrême droite Rex - et futur général de la Waffen SS - fut inspiré par les « théories maurrassiennes ». Le national-solidarisme flamand (prônant un ordre social organique au sein d'un Etat populaire « Thiois », regroupant la Flandre « belge » et les Pays-Bas) trouva également son inspiration dans les écrits de Charles Maurras. Le solidarisme se rapproche d'éléments doctrinaux contre-révolutionnaires et traditionalistes. L’influence maurrassienne s’incrusta aussi chez des universitaires nationaux-catholiques de Louvain, de Bruxelles et de Liège. L’un des principaux disciples belges de Maurras fut, dès le milieu des années 1930, Marcel De Corte. Ce professeur de philosophie à l’Université de Liège restera fidèle à son « maître » jusqu’à son propre décès, en 1994. Idéologue national-catholique, Marcel De Corte ne fut pas le seul à aduler le père du « nationalisme intégral ».

Fondé en 1961, le Parti national belge (PNB) était lui aussi marqué par les écrits de Charles Maurras. Cette petite formation politique anticommuniste, national-catholique et contre-révolutionnaire rassemblait plusieurs personnalités qui marqueront l’histoire de l’ultra droite belgicaine, comme le général Emile Janssens et Gérard Hupin. Le PNB défendait l'unité du pays, l'Occident chrétien et le régime fasciste portugais conduit par Salazar. Le journal du parti,La Nation BeIge, reçut la collaboration journalistique de Jacques Ploncard, dit Jacques Ploncard d'Assac. Complice de l’antisémite professionnel Henry Coston, cet écrivain français spécialiste de I'antimaçonnisme, journaliste en 1928 à L'Antijuif et disciple d'Edouard Drumont, I'auteur de La France juive (en 1886), fut membre des services de documentation du régime collaborationniste de Vichy. Après la défaite des nazis, Jacques Ploncard se réfugia à Lisbonne chez son ami Salazar. Gérard Hupin déjà cité et Jean-Pierre Grimar, un autre membre du Parti national belge, furent les fondateurs de l’association des Amis belges de Charles Maurras.


Les Amis belges de Charles Maurras
Cette association maurrassienne belge était apparue au même moment que le Parti national. Objectifs : « assurer, avec d'autres cercles similaires, le rayonnement de I'oeuvre maurrassienne et la diffusion des enseignements de cet illustre écrivain royaliste ». Son principal animateur, Gérard Hupin, sera aux élections de 1968 candidat sur les listes du parti libéral de l’époque. Si des maurrassiens adhérèrent au libéralisme, sur base d'« entrisme », c'est surtout chez les traditionalistes catholiques belges que Charles Maurras restera d'actualité. Ces opposés acharnés aux directives du concile de Vatican II (1962 à 1965) sont alors actifs au sein de la rédaction du Bulletin indépendant d'information catholiqueBidic. Liés au PNB, ils seront ensuite les initiateurs de la branche belge de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, conduite par un maurrassien orthodoxe, monseigneur Lefebvre.

Au début des années 1970, un « banquet Charles Maurras », initié notamment par le déjà cité Gérard Hupin, s'organisa avec le soutien de la Jeunesse belge-Belgische jeugd (proche du ministre Paul Vanden Boeynants) et de l’organisation Ordre Nouveau-Belgique, deux groupuscules nationalistes régimistes. En avril 1976, Gérard Hupin participa, à Aix-en-Provence, au cinquième colloque consacré à I'auteur national-traditionnaliste, organisé par le Centre Charles Maurras (1).

Le maurrassien belge Gérard Hupin décéda le 14 février 1978. Son neveu, Georges Hupin, lui aussi ancien du Parti national belge, lui rendit hommage, dans Pour une renaissance européenne - Pure, I'organe belge du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece), en ces termes : « C'était un catholique assidu. Maurrassien dès la première heure, il vouait à son vieux maître une dévotion au moins aussi fervente qu'à Dieu et une fidélité véritablement chevaleresque » (2).


Couvertures du Nouvel Europe magazine d'Emile Lecerf, ex-collaborateur à l'Institut culturel de la SS durant l'occupation nazie © Photo : RésistanceS.

C'est le mensuel Le Nouvel Europe magazine (NEM) qui poursuivra l'entretien en Belgique du corpus maurrassien dans les années 1970. Le Front de la jeunesse (FJ), une organisation néofasciste fondée à l'Université de Liège en 1974 et soutenue par le NEM, s'inspira de Charles Maurras pour la formation de ses cadres. Le Parti des forces nouvelles (PFN), le bras politique du FJ, se chargera ensuite de poursuivre le combat nationaliste, aussi sous l'égide de Maurras, jusqu'à 1991, année de sa fusion dans le Front national de Daniel Féret. Un « front » lui aussi sous l'influence maurrassienne. Après 1995, c'est Polémique qui va diffuser, via sa librairie, des ouvrages du leader de l'Action française. Le dirigeant-fondateur de ce journal national-catholique est alors déjà en contact avec Rivarol, un hebdomadaire français nostalgique du régime de Vichy et des écrits politiques de Maurras.

Génération Maurras
Les partis (Vlaams Belang, Front national, Front nouveau de Belgique...) et organisations (Nation, Belgique & Chrétienté, Fraternité sacerdotale Saint-Pie X...) d'extrême droite belge toujours actifs en 2007 restent, notamment, constitués de maurrassiens radicaux. Ils forment la nouvelle « Génération Maurras ».

 


Meeting en 1987 du Parti des forces nouvelles (PFN). Un groupuscule néonazi sous influence maurrassienne. Deux des dirigeants du PFN ici à la tribune, Georges Matagne (au centre) et Patrick Cocriamont (à gauche), seront ensuite élus députés fédéraux du Front national – Document photographique : Archives RésistanceS.

La plupart des disciples - français comme belges - de Charles Maurras occultent les penchants et les élaborations théoriques antisémites et totalitaristes de cet idéologue français. Son « nationalisme intégral », sa vision politique suscitée par sa théorie des « Quatre Etats confédérés » - des quatre forces subversives de « I’anti-France », c'est-à-dire : « les Protestants, les Francs-maçons, les Métèques et les Juifs » -, font de Charles Maurras I'un des principaux leaders antisémite du XXe siècle. L'on ne peut citer celui-ci sans rappeler son antisémitisme invétéré.

L'occultation de cette réalité, par ses émules français comme belges, fait alors force de complicité chez eux. Nier une réalité, certes embarrassante, voilà une stratégie maintes fois menée par I'ultra droite pour pouvoir réhabiliter un passé des plus obscurs...

Manuel ABRAMOWICZ


Notes :
(1) Gérard Hupin, « Témoignage sur la crise religieuse de l'Action française en Belgique », in Etudes maurrassiennes, deuxième partie, 1986, Centre Charles Maurras (Aix-en-Provence), actes du cinquième colloque Maurras (avril 1976).
(2) Georges Hupin, « Un ami est mort », in Pour une renaissance européenne – Pure, organe bimestriel du GRECE-Belgique, Bruxelles, n° 20, avril-mai 1978, p.5


[Cet article est extrait du livre Extrême droite et antisémitisme en Belgique de 1945 à nos jours, de Manuel Abramowicz, publié en 1993 aux éditions EVO. Il a été revu et réactualisé en août 2007].


© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 4 août 2007.

 

Charles Maurras et ses disciples

Idéologue français d’extrême droite et antisémite professionnel dans l’entre-deux-guerres, Charles Maurras (1868-1952) a eu de nombreux disciples en Belgique. Depuis les années 1930 à nos jours.

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