RésistanceS.be 12-12-2010

 

Mise au point de Patrick Sessler, ex-secrétaire général du Front national (19/12/2010)

 

État des lieux des «affaires politico-judiciaires» de l'extrême droite francophone


Les micmacs du Front national belge


Lors de sa création en 1985, à l'instar de son modèle français, le Front national belge se présentait comme le parti qui allait balayer les corrompus de la «bande des quatre» (sic). L'extrême droite s'est toujours autoprésentée comme LE «chevalier blanc» promettant un «grand nettoyage» contre les «ordures politiques» (sic). Un constat : le coup de balai devrait aussi se faire devant sa propre porte. Panorama de la situation politico-judiciaire actuelle du Front national belge.

 


Dans sa propagande, l'extrême droite dénonce officiellement la corruption et propose de donner un «grand coup de balai»... la réalité interne est tout autre. Ci-dessus, un tract du Front national «rénové», dissidence du FN «canal historique» de 2007 à mai 2010, un autocollant d'un groupe rassemblant dans les années nonante des partisans francophones du Vlaams Belang et un tract de Ref, un mouvement groupusculaire néorexiste wallon actif de 1995 à 2000 - Archives Ridaf/RésistanceS.be


Premier constat, la plupart des partis et formations de la droite nationaliste extrême, malgré leurs classiques discours poujadistes ciblant la classe politique traditionnelle, a régulièrement été éclaboussée par des «affaires» judiciaires. En France, des responsables du Front national de Jean-Marie Le Pen, ou en Belgique, des membres du Vlaams Belang et du FN local, se sont ainsi retrouvés devant la justice pour y répondre de faits de délinquance pure, voire même de faits criminels. L'extrême droite se compose aussi d'un personnel politique où agissent des individus ne respectant pas toujours les lois et les règlements. Les magouilles politico-judiciaires ne sont pas une singularité propre à des politiciens issus des partis démocratiques.

Dénonciation interne
En la matière, le FN belge est un bel exemple. En janvier de cette année, un dossier à charge de Daniel Féret était examiné par la chambre du conseil de Bruxelles. Le président-fondateur de ce parti d'extrême droite, fondé en 1985, est depuis mars 2007 inculpé pour plusieurs méfaits judiciaires. Dans le même dossier, on retrouve Audrey Rorive, une des anciennes députées régionales du parti et par ailleurs compagne de Féret et véritable numéro deux durant plusieurs années du Front. Les motifs de leurs inculpations portent sur la gestion du parti et de l'Association de financement du Front national (AFFN). A partir de 2003, après les élections législatives, la formation d'extrême droite, forte d'une représentation parlementaire à la Chambre des représentants et au Sénat, recevait légalement une dotation financière publique de 561.000 euros (à ce sujet, lire notre article «Comment et pourquoi les partis d'extrême droite sont financés par la Démocratie»
).

Mais très vite, des révélations sur l'utilisation suspecte de cet argent se diffusèrent. Souvent grâce aux conflits internes : la dénonciation de la gestion particulière des finances du parti a souvent été faite par des frontistes voulant régler des comptes, sur la place publique, contre les ennemis qu'ils avaient à l'intérieur du FN. Déjà au début des années nonante, un cadre du Front, depuis lors passé dans les rangs du Vlaams Belang où il dirige dorénavant la section bruxelloise, avait publiquement révélé des méthodes douteuses en matière de finance commises, selon lui, par le même Féret...

Abus de biens sociaux...
Après une longue instruction, de plus de cinq ans d'enquête, le parquet de Bruxelles a donc demandé en janvier 2010 à la chambre du conseil de renvoyer Daniel Féret et Audrey Rorive devant le tribunal correctionnel. Dans le réquisitoire du parquet, la liste des motifs d’inculpation retenus sont forts nombreux : infraction au code des sociétés, faux et usage de faux, faux dans la comptabilité, abus de biens sociaux... Parmi les pratiques douteuses et illégales selon la justice, il y a l'achat de matériel photographique professionnel (d'un montant total de 126.000 euros), officiellement acheté pour les campagnes électorales du FN, mais pour finir utilisé à des fins personnelles, divers frais de bouche non justifiés (pour 15.000 euros en deux ans de temps), l'acquisition de dessins originaux d’Hergé, le père de Tintin (aux prix de 4.400 euros), et last but not least une somme de 250.000 euros qui aurait été prêtée au président de l'époque du FN par l’AFFN afin qu'il puisse s'acheter une villa au Cap d’Agde, sur la côte d'Azur...

Le dossier du parquet de Bruxelles à charge de Féret se base encore sur un «rapport accablant» de l’Inspection des impôts (Isi), selon le quotidien Le Soir, qui évoque des «dépenses non admises» et des «détournements et avantages en nature» réalisés entre 2004 et 2006. Parmi celles-ci : des factures de courses domestiques effectuées dans des supermarchés, l'achat en grande quantité de vin...

Pour tenter de repousser l'ouverture d'un procès devant le tribunal correctionnel, une demande de plus de cinquante devoirs d’enquête complémentaires a été faite par l’avocat de Daniel Féret. La décision de la chambre du conseil de Bruxelles a donc été, en janvier dernier, remise à plus tard. A cette date, les devoirs d'enquête ne semblent pas encore avoir été clôturés. L'ex-président du FN, aujourd'hui exilé dans le sud de la France, vit tranquillement sa vie de retraité politique dans... sa villa du Cap d'Agde. Acquise via un prêt de son ancien parti.

Harcèlement sexuel et argent black
Dans l'extrême droite francophone, Daniel Féret n'est pas le seul à être inquiété par la justice. Charles Petitjean et Patrick Sessler, deux dirigeants-fondateurs du FN «rénové», une dissidence frontiste active de 2007 à mai 2010, ont été en octobre dernier renvoyés devant le tribunal correctionnel par la chambre du conseil de Charleroi.

Les inculpations contre l'ex-député régional wallon Charles Petitjean, l'ancien secrétaire général du FN «rénové» et ex-député régional bruxellois Patrick Sessler concernent plusieurs infractions à la législation du travail : non-respect de la loi relative au bien-être des travailleurs et de la loi concernant la sécurité sociale des travailleurs, mises à disposition illégales de personnes engagées dans le cadre de la dotation publique... Par ailleurs, Charles Petitjean est encore inculpé pour une affaire de harcèlement moral et sexuel contre une de ses anciennes assistantes parlementaires.

La liste des méfaits pourrait encore s'allonger. Effectivement, dans un document écrit envoyé à Charles Petitjean, un des ex-bras droits de Patrick Sessler affirme avoir été payé, au moins durant un an, en noir pour son travail effectué pour le FN rénové. Chaque mois, ce frontiste (bien connu et toujours très actif) touchait 500 euros en black. Tout en percevant une allocation de sa mutuelle de 700 euros. Ancien assistant parlementaire, il était aussi officiellement «sans-emploi».

Dans les années nonante, il était de tradition au Front national, ainsi qu'au Front nouveau de Belgique (l'une de ses dissidences), selon des témoignages recueillis de repentis, d'engager régulièrement de nouveaux assistants parlementaires. Un système de turn-over permettant alors à ceux qui venaient officiellement de se faire licencier de bénéficier des droits aux allocations de chômage. Alloc' qu'ils n'avaient auparavant pas.

Les micmacs des «nazebroques»
Depuis la déroute électorale frontiste de 2009, l'implosion du FN «rénové» et dans l'attente de son procès, Patrick Sessler a totalement stoppé ses activités politiques. Pour sa part, Charles Petitjean codirige toujours la Fédération des nationalistes wallons (FNW), l'une des composantes - avec l'ex-FN «rénové», l'association «Notre Peuple» de l'ex-député fédéral Patrick Cocriamont et le mouvement Nation – du Front national «réunifié». Un «groupuscule» dénoncé par le FN «canal historique», resté fidèle à Daniel Féret, comme un repère de «nazebroques»...

Ce portrait non-conforme à l'image de «chevalier blanc» de l'extrême droite devrait laisser perplexe ses électeurs. Parce que, encore aujourd'hui, les FN et les autres formations antidémocratiques affirment vouloir toujours donner un «grand coup de balai» contre la corruption. Ils poursuivent par ailleurs leurs croisades de propagande en dénonçant les immigrés comme des «profiteurs» de la sécurité sociale. Les pratiques illégales du Front national démontrent que ses discours servent en vérité à masquer une autre réalité. Les micmacs des frontistes ne sont pas finis.

Simon Harys

 

Mise au point de Patrick Sessler, ex-secrétaire général du Front national (19/12/2010)

 


Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.


© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le dimanche 12 décembre 2010.

 

 

NOUVEAU Mise au point de Patrick Sessler, ex-secrétaire général du Front national (19/12/2010)

Au sommaire de notre dossier :

Les micmacs du Front national belge : état des lieux des «affaires politico-judiciaires» de l'extrême droite francophone

Daniel Féret organise-t-il son insolvabilité ? Par Jean-Claude Defossé

Direction la prison pour le président du FN

Pour éviter la prison : Daniel Féret, bientôt réfugié politique en Russie ?

 

Et encore :

Les «affaires» du Père Samuel, proche de Dieu et de l'extrême droite ?

L'ex-président du Vlaams Belang dénonce des magouilles internes !

Nouvelles magouilles à l'ultradroite




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Jean-Claude Defossé est aussi l'auteur, entre autres, de deux enquêtes télévisées inédites sur l'extrême droite en Belgique : «La face cachée du Vlaams Blok» (2004) et «L'arrière cuisine du Front national» (2005). Il a été élu député régional Ecolo en juin 2009.

Restant actif dans la lutte antifasciste, Jean-Claude Defossé est membre depuis plusieurs années du comité de soutien de RésistanceS.be. Désormais, il participera aussi à sa rédaction.

(M.AZ).


Jean-Claude Defossé, en 2007, lors du festival «Films & fascismes» co-organisé par RésistanceS.be © Photo Manuel Abramowicz



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