RésistanceS.be 17-09-2009

L’extrême droite électorale en faillite


Mischaël Modrikamen, un «facteur» anti-FN ?


En Belgique, l’avenir du Front national est sombre. Défait royalement aux élections de juin dernier, le frontisme est désormais une entreprise politique proche du dépôt de bilan. L’arrivée prochaine d’un «parti populaire» fondé et conduit par l’avocat poujadiste Mischaël Modrikamen devrait sonner le glas de l'extrême droite électorale.


Silence radio : depuis juin dernier, le Front national (rénové) ne communique plus sur son site Internet. Son webmaster chôme !


«Merci ! Nous remercions toutes celles et tous ceux qui nous ont soutenus durant cette campagne et qui se sont investis sans compter. Une analyse des résultats électoraux du Front National sera disponible sur notre site dans les jours qui viennent».

Cette information lacunaire est parue au lendemain des élections régionales et européennes du 7 juin dernier sur le site Internet du Front national. Celui des dits «réformateurs», soit le FN opposé à celui de Daniel Féret, le président-fondateur du parti d’extrême droite. Depuis le début du mois de juin dernier, plus rien n’a été affiché sur la «vitrine» web des «frontistes réformateurs». Silence radio. Silence électronique. Plus aucune communication n’a été faite. Le webmaster (que RésistanceS.be connait fort bien) a été mis virtuellement au «chômage». Le parti d’extrême droite semble être rentré en clandestinité. En hibernation.


Un nouvel emballage pour le Front ?
Une chose est sûre, ce FN rase les murs et marche à l’ombre. Il reste groggy après son «Waterloo électoral» de juin dernier. A ces élections, comme le FN féretiste, il a perdu toute sa représentation parlementaire au niveau régional. Seul subsiste, comme élu, son sénateur, Michel Delacroix. La défaite électorale est terrible. Le FN bis est au tapis, KO, humilié par la raclée consécutive au report de l’électorat frontiste vers d’autres choix électoraux. Il a perdu son pari d’éliminer les autres frontistes – ceux du «clan Féret» - qu’il prétendait pouvoir remplacer afin de mettre enfin sur pied un véritable parti de «droite nationale».

Espérant que l’été allait redynamiser leurs derniers militants, les dirigeants du Front national bis toujours en place ambitionnaient de repartir à zéro au mois de septembre. L’abandon du nom du parti était même au programme, les frontistes estimant que ce label était désormais définitivement diabolisé auprès des électeurs. Leur solution aurait donc été, notamment, de changer d’enseigne. L’opération de marketing aurait été simple, pour ne pas dire simpliste : garder le fond de commerce intact, mais proposer un nouvel emballage. Cette stratégie était défendue par Patrick Sessler, secrétaire général et véritable «numéro un» du parti.

D’autres envisageaient une alliance avec l’«autre Front national», celui de Daniel Féret, présidé ad intérim depuis juin 2008 par le député fédéral Patrick Cocriamont. Le choix d’une fusion des clans frontistes, après l’implosion de septembre 2007, ayant pour but d’éviter de se présenter séparément aux prochaines élections et de diviser encore plus les dernières voix «destinées» à l’extrême droite.

Erreur de pronostics

A la veille des élections régionales et européennes du mois de juin dernier, et donc avant la débacle électorale généralisée des deux Front national, les frontistes étaient sûrs de leur victoire. Comme en témoigne, sur le site du FN rénové, une interview de Patrick Sessler, son chef de file. A la question «Comment voyez-vous l’avenir du Front national ?», il donna cette réponse :

«Radieux. L’équipe aux responsabilités est soudée. Un climat de respect mutuel et d’amitié prévaut à nos travaux alors que les uns et les autres sont issus de milieux politiques parfois fort différents. Je suis enchanté de voir combien les membres de l’équipe sont conscients de leurs responsabilités.

Je pense que la prochaine échéance, c’est à dire les élections régionales de 2009 sera le test grandeur nature de la renaissance du Front national. Je ne veux pas faire de pronostics, mais les observateurs éclairés laissent déjà entendre que nous pourrions créer une grande surprise. Que le ciel les entende !».

No Comment !



Stop ou encore ?
Le lendemain des élections aura aussi été l’occasion de règlements de compte internes, pour trouver des coupables afin d’expliquer l’échec électoral. Le «nouveau» FN s’est alors lézardé, comme le FN féretiste. Rien ne va plus dans les deux «boutiques frontistes».

Lundi prochain, le bureau politique du front conduit par Patrick Sessler devrait se réunir pour prendre des décisions concernant l’avenir immédiat du parti. L’ordre du jour sera en quelque sorte : «stop ou encore ?». Les partisans de la fermeture de l’entreprise FN bis devront l’emporter sur les jusqu’au-boutistes. Patrick Sessler et les siens sont très pessimistes sur les chances de survie du FN, dans le contexte et l’espace politiques actuels.

Du côté du FN «canal historique», les derniers cadres, eux, font comme si de rien n’était. Dans la dernière édition de leur organe de presse, Le National, il est mentionné que le «bureau politique» ambitionne sérieusement de «reconstruire le parti identitaire», en précisant qu’«il en va du sort de notre terre et de notre peuple». Mais au fond de leur tanière, ces frontistes doivent tout de même comprendre que tant le FN original que sa copie sont voués à la «groupusculisation» généralisée. L’âge d’or électoral de l’extrême droite est terminé. Pour l’instant et certainement pour les quelques années à venir.


Tremplin médiatique pour le futur «parti populaire» de Mischaël Modrikamen. Une malchance de plus pour les FN © Photo RésistanceS.be.

 

Mon parti «rassemblera sous une même ombrelle la droite libérale, la droite conservatrice, et les déçus du système, qui votent une fois FN, une fois Ecolo».

Mischaël Modrikamen dans Le Soir du 11 septembre 2009

Populaire contre National ?
Entre perte massive de leur électorat et zizanies internes à répétition, l’avenir des FN est sombre. À cela s’ajoute la menace d’un nouveau venu populiste qui viendrait concurrencer l’extrême droite sur le marché des élections. Depuis l’annonce officielle de la création, en octobre prochain, d’un «parti populaire» (PP) par Mischaël Modrikamen, les «futurologues» frontistes pensent que leur heure a définitivement sonné. Et l’avocat des petits actionnaires de la banque Fortis, interviewé récemment dans Le Soir, n’a pas caché son intention de récupérer pour son parti les électeurs d’extrême droite.

Si l’on en juge par le charisme bien réel de Mischaël Modrikamen, mais aussi par les moyens dont il disposera pour fonder sa propre formation et par le discours populiste, poujadiste et d’ultradroite qu’il véhicule depuis un certain temps déjà, l’avenir des Front national de Sessler-Delacroix et de Féret-Cocriamont paraît sérieusement compromis.

A l’instar de Nicolas Sarkozy en France, Mischaël Modrikamen pourrait être le «facteur» de la fin de l’extrême droite électorale. Hypothèse qui jusqu’à présent n’a pas encore été confrontée à une contre-hypothèse.

Manuel Abramowicz

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 17 septembre 2009.

 


En France, Nicolas Sarkozy a mis au tapis Jean-Marie Le Pen en récupérant une partie de son discours et de son électorat. Avec la création de son «parti populaire», Mischaël Modrikamen, l'avocat des petits actionnaires de la banque Fortis (ici à la Une du journal flamand De Morgen), pourrait devenir en Belgique le «facteur» de la fin de l’extrême droite électorale, incarnée par le Front national.


Sur ce même thème, lire sur RésistanceS.be

L'extrême droite électorale en décroissance généralisée





Campagne « Extrême droite : ils se trompent de colère ! »

Depuis le mois d'août 2008, RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire de l'extrême droite, anime une campagne d'information pédagogique en direction des électeurs et des militants d'extrême droite !

Pour plus d'information et la soutenir CLIQUEZ ICI



Comité de soutien de RésistanceS


RésistanceS est à votre service

Soutenez alors... RésistanceS !

Vous souhaitez bénéficier gratuitement de ses informations ?

Que faire ?

Réponse :
Versez un don sur son compte en banque :

310-1618732-82
IBAN : BE25 3101 6187 3282

Avec en communication :
« Don à RésistanceS »

D'avance toute l'équipe des bénévoles de RésistanceS vous en remercie.