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Dans les coulisses de la politique belge

Déportation et génocide des Juifs de Belgique, des complicités belges sont reconnues

 


Affiche anticommuniste et antisémite éditée, en 1943 à Bruxelles, par la propagande nazie.

 

Le 17 février 2005, la complicité d’autorités belges dans la répression antisémite et la déportation des Juifs de Belgique vers le camp d’extermination d’Auschwitz a enfin été reconnue officiellement. C’est le bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean, Philippe Moureaux (PS), qui a fait ce pas essentiel et historique. Comme nous en informe la dépêche de l’Agence diasporique d’information que nous republions ci-dessous.

Philippe Moureaux, bourgmestre de la commune bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean et président de la fédération bruxelloise du Parti socialiste (PS) a présenté à ses concitoyens Juifs ses excuses, celles du collège des bourgmestres et échevins et celle du personnel communal pour les fautes commises par des fonctionnaires communaux lors de la mise en oeuvre de la politique antisémite imposée par les nazis durant la dernière guerre.

C’est la première fois qu’un homme politique de l’importance de Philippe Moureaux reconnaît officiellement la responsabilité de fonctionnaires belges dans le processus antisémite nazi ayant mené à l’assassinat de la moitié de la Communauté juive de Belgique.

Lors d’un discours tenu devant d’anciens enfants juifs cachés, d’anciens prisonniers politiques, des rescapés des camps, des résistants armés et des enfants des écoles communales à l’occasion de la commémoration du 60e anniversaire de la libération des camps nazis ce 17 février, Philippe Moureaux a exhibé avec beaucoup d’émotion deux anciens documents officiels fripés et jaunis par le temps, prouvant la collaboration d'un Bourgmestre faisant fonction qui informait l'occupant via le fichier des Juifs de la commune. Des documents signés et datés par ce haut fonctionnaire.

Le premier document ordonne à tous les Juifs de se faire identifier à la commune. Il s’agissait de permettre aux fonctionnaires communaux obéissants de constituer la partie molenbeekoise du fichier des Juifs de Belgique. On sait que ce fichier a été remis à la Gestapo, permettant ainsi aux allemands de procéder avec “efficacité” aux rafles anti-juives de l’automne 1942.

Le second document est du même acabit. Il ordonne aux Juifs de se faire connaître, de porter l’étoile jaune et de faire marquer leurs cartes d’identités d’un signe indiquant leur origine ethnique.

Philippe Moureaux a présenté humblement ces excuses pour ce qu’il a décrit comme une forme de collaboration empreinte de lâcheté. L’assistance a fortement et longuement applaudit ces paroles.

Marcel Zalc, co-président de l’Association pour la restitution (APR) a tenu à remercier Monsieur Moureaux. Il lui a indiqué que c’est la première fois qu’il entend de telles paroles dans la bouche d’un homme politique belge.

Visiblement très ému, Marcel Zalc, lui-même enfant juif caché durant la guerre a déclaré :

“Il s’agit d’un événement colossal. Dès ce soir, plus rien ne sera comme avant. C’est une reconnaissance qui nous bouleverse et nous fait un bien fou. Un bien que ceux qui n’ont pas eu à se cacher du simple fait qu’ils existent ne peuvent peut-être pas comprendre.

La révélation de M. Moureaux a fait l'effet d'une bombe sur l’assistance; elle a été portée par une conviction très forte. Philippe Moureaux a ainsi rendu hommage à la vérité, à la souffrance et à la dignité des victimes de l’antisémitisme d’extrême droite, qu’il s’agisse des victimes juives assassinées ou des rescapés.

Ces excuses restituent avec une grande clarté l’ obligation de reconnaître après plusieurs décennies, que nonobstant le fait qu'il y a eu
des actes de résistances au sein de certaines maisons communales, de nombreuses administrations furent complices dans la délivrance du fichier de ”leurs juifs”, autorisant ainsi avec beaucoup plus de facilités la déportation suivie de l'extermination de plus de la moitié de la communauté Juive du pays.

Je souhaite que cette repentance, la première dans notre pays, puisse servir de levier pour une véritable prise de conscience à l'ensemble de notre classe politique. La reconnaissance de la vérité, toute pénible qu'elle soit, reste un devoir de justice qui est dû aux victimes et rescapés de la Shoah.

Ce 17 février, Philippe Moureaux a montré un exemple d’intelligence et de courage politique.

La reconnaissance officielle de la responsabilité de l’administration belge dans la déportation des Juifs de Belgique contribuerait à apaiser de vives tensions, à respecter la mémoire des victimes de l’antisémitisme nazi et à faire reculer l’extrême droite.

Ce n'est pas une fois ces révélations déclinées, que le travail de mémoire et de connaissance se termine. C'est maintenant qu'il pourra enfin commencer sans plus laisser planer le doute sur la collaboration de fonctionnaires en place durant l'occupation, prouvant ainsi une fois pour toute la responsabilité de l'Etat belge.”

Les initiatives politiques prises par l’APR commencent à donner des résultats. C’est en effet la première fois qu’un responsable politique du niveau de Philippe Moureaux prend ainsi publiquement une telle position. On se rappellera que jusqu’à présent le premier ministre Guy Verhofstadt s’est borné à communiquer son émotion de père de famille lors de sa visite du camp d’Auschwitz, se refusant farouchement a adopter un ton de chef d’Etat et à reconnaître que la constitution du fichier des Juifs de Belgique par les fonctionnaires belges était une faute qu’il convient de reconnaître et de dénoncer.

L’APR soutien le projet de réunir une commission parlementaire d’enquête sur les responsabilités (éventuelles) de l’Etat belge dans la déportation des Juifs. La proposition de réunir une telle commission a été déposée au parlement par Olivier Maingain.


Agence diasporique d’information


RésistanceS - www.resistances.be – Bruxelles – Dépêche de l’ADI du 18 février 2005.



 

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