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Amère victoire

Dimanche 5 mai, 21h31.
Alors ça y est, Chirac a gagné.

Drôle d’ambiance, dans la salle où l’on projette sur grand écran les résultats de ce second tour des élections présidentielles : bien sûr, on s’attendait à ce que Super Menteur soit réélu. Mais l’absence d’explosions de joie montre autre chose.

C’est une amère victoire, en vérité. Une victoire faute de mieux, une victoire du moindre mal. On est loin du triomphe éclatant, personne ne songerait à déboucher le champagne ni à sauter de joie ; on prend acte, simplement.

Le Pen, le premier moment de surprise passé, se ressaisit vite, pour oser parler, sans rire, de vote stalinien, d’élections totalitaires et de violations des règles démocratiques. On aimerait rire, mais on sent bien que ce type-là est dangereux, et que près d’un Français sur cinq, tout de même, l’aurait volontiers propulsé dans le fauteuil présidentiel.

Nausée.

Chirac, quant à lui, ratisse large : c’est qu’il lui faut à la fois marquer la distance qui le sépare de Super Facho, et en même temps rassurer ses électeurs de droite. Alors, il a la bouche pleine à la fois de démocratie, de liberté, d’égalité et de fraternité, mais aussi de sécurité, de France et de Français.

Scepticisme.

Allez, là-dessus, bonne nuit. Rideau.

 

Lundi 6 mai 2002, 10 h 48.
Le triomphe de la démocratie, qu’ils disent. Un référendum en faveur des valeurs républicaines. La presse rivalise d’allégresse, on parle de raz de marée, de défaite cinglante, certains titrent même sur un grand « Ouf », et bien sûr ils ont raison. Bien sûr, il est rassurant de voir que 82% des Français qui se sont exprimés valablement ont préféré Chirac à Le Pen. Mais ce dernier a tout de même fait un million de voix de plus qu’au premier tour. Il y a tout de même près d’un Français sur cinq qui a sérieusement pensé mettre Le Pen à la tête du pays. Et il y a toujours 20 % d’irréductibles qui ont préféré ne pas se prononcer.

Et puis, surtout, Super Menteur devient paradoxalement le président français le mieux élu, lui qui, pourtant, était loin de faire l’unanimité, et au premier tour, et pour sa politique lors de son premier mandat.

Maintenant, rien n’est gagné. Le Pen est toujours là, le fascisme rampant aussi. Et ce n’est pas en proposant à ses téléspectateurs des débats sur le thème fondamentalement pervers et racoleur de « Comment parler de l’insécurité et de l’immigration ? », comme le faisait encore hier midi une chaîne populaire d’origine luxembourgeoise, que l’on contribuera à lutter contre les amalgames, réductions et simplifications, mais aussi contre la peur et la haine qui font le lit de l’extrême droite.

Nos médias, c’est sûr, ont une responsabilité écrasante dans la manière dont nous percevons le monde qui nous entoure et dans lequel nous vivons. Informer, ça n’est pas, ça ne peut pas être courtiser l’audimat en flirtant avec le caniveau. Comme l’homme politique, le journaliste se doit d’être un éveilleur. Pas un racoleur.

Au boulot !

Nadia GEERTS
Chroniqueuse du site de RésistanceS
Bruxelles, 6 mai 2002

 

Voici une zone libre proposée par le site RésistanceSNadia Geerts (membre de notre rédaction) vous proposera sa chronique. Une chronique où seront critiqués des événements essentiels ayant rythmé notre actualité. Sans pudeurs ni tabous.

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