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Du racisme et de l'islamophobie

De plus en plus souvent, l'accusation de racisme et celle d'islamophobie vont de pair. Plus souvent encore, celle d'islamophobie remplace et recouvre celle de racisme.

La faute en est sans doute, du moins en partie, à un certain discours d'extrême droite qui masque son racisme patent - et susceptible de tomber sous le coup de la loi - sous des propos qui, sous couvert de s'attaquer à l'islamisme, voire à l'islam, visent en fait l'ensemble de la communauté maghrébine, que ses membres soient d'ailleurs musulmans ou non. Un peu comme l'extrême droite a cessé de dénoncer les "jeunes maghrébins" pour ne plus parler dans ses tracts nauséabonds que de "jeunes". Personne n'est dupe, et il n'est même plus nécessaire de préciser, au risque de poursuite devant les tribunaux: l'électorat potentiel de ces partis qui ont fait de la xénophobie leur fond de commerce traduit immédiatement "jeunes" par "voyous" et donc "jeunes d'origine immigrée" - et nul ne pense alors au fils d'ambassadeur sénégalais, d'eurocrate espagnol ou de chercheur suédois...

Le coup de force de l’extrême droite
Il y a donc une explication conjoncturelle à cet amalgame de plus en plus fréquent entre racisme et islamophobie. Mais ne faut-il pas déplorer, cependant, que l'extrême droite ait réussi ce coup de force de dicter sa pensée et jusqu'à son vocabulaire au démocrate de base ? Quelle énergie considérable déployée pour prévenir l'accusation (pêle-mêle) de racisme, de xénophobie, d'extrémisme, d'islamophobie, en un mot: d'intolérance ! S'il faut concéder à l'extrême droite un succès, c'est bien hélas celui-là, plus encore que ses effrayants scores électoraux: museler la pensée libre, polariser la réflexion politique en la réduisant à deux camps aussi opposés que caricaturaux.

Or, le racisme est tout autre chose que l'islamophobie. Le racisme, c'est une idéologie basée sur l'inégalité des prétendues races, ou encore ethnies, débouchant généralement sur une attitude discriminatoire envers certaines de celles-ci. Une forme de racisme plus récente, plus "moderne" consiste à concéder que certes les hommes sont égaux, mais qu'il est tout de même mieux pour tout le monde que chacun reste chez soi. C'est au nom de ce principe de "pureté ethnique" que peuvent se rencontrer sans heurt des fascistes de divers pays, tous bien d'accord sur le fait que le fléau, c'est l'immigration, le métissage, le multiculturalisme.

Le racisme enferme les gens dans leur appartenance supposée. Supposée, car pour un raciste, un jeune belge au teint légèrement bazané sera toujours un "Arabe", en vertu du fait que ses parents ou ses grands-parents ont un jour immigré en Belgique, et aucune carte d'identité stipulant sa nationalité belge n'y changera rien. Ce jeune-là est le pendant du "Français de papier" vilipendé par Jean-Marie Le Pen. Etant entendu que pour ces gens-là, comme pour les nazis, l'appartenance ethnique nous colle à la peau: Juif ou Arabe on est, Juif ou Arabe on reste, quelles que soient les démarches que l'on fasse par ailleurs. L'essence précède l'existence et la conditionne. Le raciste assigne donc une appartenance, une identité, à des gens qui cherchent bien souvent à s'en détacher, non par reniement, mais simplement parce qu'ils revendiquent le droit à être traités en tant qu'êtres humains, simplement, et pas comme le Juif ou l'Arabe de service.

L'islamophobie, quant à elle, si l'on s'en tient à l'étymologie, consisterait-elle en une peur irraisonnée des musulmans ? Comme les arachnophobes sont tétanisés à la vue d'une minuscule araignée, et les claustrophobes paniqués à l'idée de rester bloqués dans un ascenseur, les malheureux islamophobes seraient-ils pris de panique incontrôlable à la vue d'une mosquée à l'heure de la sortie de la prière ? Voilà une première acception de l'islamophobie, qui consiste à dire que l'islamophobe n'aime pas les musulmans, tout comme l'homophobe n'aime guère les homosexuels. Et il serait évidemment bien dommage que certains décrètent une fois pour toute que décidément, ces gens-là ne sont pas fréquentables, englobant dans une même aversion des hommes et des femmes dont le seul point commun est d'appeler leur dieu "Allah". Un peu comme si un "catholicophobe" ressentait la même antipathie épidermique envers Monseigneur Gaillot et Monseigneur Léonard, Benoît XVI et les théologiens de la libération, Guy Gilbert et Jésus. Et peut-être devrait-on plaindre ces malheureux qui, dans la société actuelle, sont rien moins que des inadaptés sociaux...

Respect des personnes, respect des idées
Mais trève de plaisanterie - car je plaisantais. L'islamophobie , à moins d'être du type pathologique et fascisant évoqué plus haut - avec le triple amalgame Arabe = musulman = islamiste pour la sous-tendre - est bien évidemment autre chose et plus que cela. Sans doute pourrait-on la définir comme une crainte excessive de l'islam, ou, pour les moins atteints de ces malades, de l'islamisme. L'objet de l'islamophobie n'est donc pas le musulman, mais l'islam, en tant que religion qui, dans sa forme islamiste, a des visées politiques sur la société.
Mais dans ce cas, ne devrait-on pas pouvoir avouer sa crainte d'un certain islam, tout comme on a le droit d'exprimer sa méfiance envers le Vatican, par exemple ? Et ne faut-il pas plaindre bien plus que conspuer ceux qui confondent dans une même phobie musulmans et islamistes ?

N'y a-t-il pas par ailleurs une fois de plus, dans cet amalgame entre racisme et islamophobie, confusion entre une hostilité - qu'elle soit justifiée ou non n'étant pas ici la question - à un corpus d'idées (la religion islamique) et hostilité à des personnes ?

J 'oubliais: je connais personnellement des laïcophobes. Que fait la police ?

Nadia GEERTS
© RésistanceS – Bruxelles – Belgique – www.resistances.be / info@resistances.be - 23 décembre 2006

Cet article a été publié initialement sur nadiageerts.over-blog.com

Voici une zone libre proposée par le site RésistanceSNadia Geerts (membre de notre rédaction) vous proposera sa chronique. Une chronique où seront critiqués des événements essentiels ayant rythmé notre actualité. Sans pudeurs ni tabous.

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