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Le mouvement Nation
décapité ?

Plusieurs perquisitions ont récemment eu lieu chez les dirigeants de Nation. Des armes et de la propagande racistes furent saisies. Il se pourrait également que ce groupuscule d’extrême droite francophone soit au cœur d’un règlement de compte interne au mouvement nationaliste. Résumé et explication de la situation.

Au début de cette année, d’immondes tracts s’attaquant aux demandeurs d’asile étaient distribués par le jeune mouvement Nation dans plusieurs communes de la capitale et à Liège. Il y a environ un mois, le même groupuscule d’extrême droite bruxello-wallon commençait une campagne de propagande de grande ampleur contre le « racisme anti-belge et anti-wallon ». Cette campagne avait un autre but : recruter de nouveaux militants pour renforcer les noyaux de base actuels. « Nation-Info », l’organe de ce groupuscule annonçait que plus 100.000 tracts et 10.000 autocollants avaient été réalisés à cette occasion (chiffre exceptionnel pour un groupe francophone, mais sans doute haussé à des fins de propagande, dans la plus pure tradition de la « guerre psychologique »). Des premières distributions furent entamées, au début du mois de juin, à Bruxelles et dans la région liégeoise. La dénonciation du racisme anti-belge (qui existe aussi, le racisme étant un fléau généralisé, et fut signalé par le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme bien avant la campagne de Nation) prenait néanmoins un virulent caractère raciste à l’égard des principales victimes de ce « sida politique ».

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Chaque année, Nation participe, au mois de mai, à la manifestation annuelle des néonazis français avec d’autres « Européens blancs ». Photo de l’édition 2001.

Le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, l’organisme fédéral chargé notamment de faire appliquer la loi antiraciste (qui aura 20 ans le 30 juillet prochain), portera plainte contre les tracts de Nation.

La justice passe à l’action
Afin d’instruire cette plainte, le Parquet de Bruxelles ordonna des perquisitions aux domiciles des principaux dirigeants de ce mouvement. Hervé Van Laethem, Gregory Bourguignon, Michel Dumoulin (ses trois secrétaires nationaux), Micheline Gils (ancienne conseillère communale Front national à Ixelles) et une cinquième personne (ayant travaillé, comme Van Laethem, durant plusieurs années à l’Armée belge) reçurent, le lundi 25 juin, la visite matinale de policiers venus chez eux pour saisir la propagande raciste (le reste des 100.000 tracts ?) et les ordinateurs de Nation. Autre trouvaille des enquêteurs : des armes à feu ! Il faut savoir que le mouvement Nation veut « faire de la politique autrement ». Au vu de ce qui a été saisi, nous sommes curieux de savoir comment il compte en faire...

Pour l’heure, cette action de la justice bruxelloise est un véritable coup dur pour Nation. La confiscation de son matériel informatique, de son stock de tracts, de ses documents internes (dont sans doute les fichiers des adhérents de Nation) et adresses de contact vont sérieusement mettre un frein à ses activités qui étaient de plus en plus régulières ces derniers mois. C’est dire que le développement structurel et sur le terrain de ce groupuscule est, aujourd’hui, sérieusement remis en cause.

Pourquoi Nation ?
Sur base d’une analyse de la gifle électorale subie par l’ensemble de la droite nationaliste bruxello-wallonne, aux élections législatives et régionales de juin 1999, le mouvement Nation fut fondé au mois de septembre de la même année. Parmi ses fondateurs, on trouve des anciens activistes d’extrême droite venant du Parti des forces nouvelles (PFN-Front de la jeunesse) et du groupe l’Assaut (néonazi), du Front national et du Front nouveau de Belgique (droite nationale belgicaine et ultralibérale), d’AGIR et du mouvement REF (autonomiste wallon regroupant des nostalgiques de Rex). « Jeune Nation », la section jeune du mouvement, essentiellement implantée à Charleroi, regroupe pour sa part des skinheads et des hooligans des « Wallon’s boys », un « gang » violent de supporters de football carolos.

Le développement et l’importance grandissants que Nation prenait sur la scène nationaliste francophone irritait de plus en plus ses concurrents d’extrême droite. Ses ennemis au sein de ce petit monde sont bien plus nombreux que ceux qu’il compte en-dehors de cet univers. Le plus acharné contre Nation est Hubert Defourny, l’ex-vice-président d’AGIR et « fondateur » du mouvement REF. Le dernier numéro de « Réfractaire », le journal intemporel de ce dernier, s’en prenait une nouvelle fois personnellement à Hervé Van Laethem. Or, jusqu’en septembre 1999, l’ancien militaire de carrière Hervé Van Laethem et l’ex-gendarme Hubert Defourny étaient inséparables. Ils cultivaient, notamment, la même passion pour certains repères clés de l’Histoire de l’Europe. Quand AGIR agissait sous les ordres de Hubert Defourny, le groupe néonazi et antisémite l’Assaut - mené par Hervé Van Laethem à cette époque - venait souvent lui prêter main forte dans les coups durs.

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Juin 1996, fête néopaïenne, très paramilitaire, organisée par le mouvement REF d’Hubert Defourny (au fonds sur cette photo avec l’imperméable beige). Le groupe néonazi l’Assaut d’Hervé Van Laethem (deuxième à partir de l’extrême droite) y sera présent en masse avec des futurs activistes de Nation.

En juin 1996, l’actuel numéro un de Nation soutiendra l’organisation d’une rencontre européenne d’extrême droite organisée dans l’un des sanctuaires de REF. Selon des photographies souvenirs en notre possession, cette rencontre aux accents druidiques avait un style très paramilitaire. Des nervis y portaient des tenues de camouflage et autres accessoires militaristes. De concert, Defourny et Van Laethem planifièrent encore, entre 1995 et 1997, une opération d’entrisme dans le Front nouveau de Belgique en vue d’en prendre les rênes. Sans succès.

Règlement de compte contre Nation ?
Depuis lors, la zizanie fait rage entre ces deux « leaders blancs » (l’extrême droite revendique clairement la défense de « la race blanche » contre la décadence, imaginez alors un peu celle-ci, seule sur le continent, et le chaos qui s’en suivrait !) Après la défaite de la droite nationaliste francophone aux élections de 1999, Defourny participa aux « états généraux du nationalisme », un rendez-vous organisé sous la houlette de la « bande à Van Laethem ». Cependant, le « Fondateur » de REF refusa la création d’un nouveau parti de peur d’en perdre le leadership. Hervé Van Laethem et les siens (dont plusieurs bras-droits de Hubert Defourny et des skinheads qui étaient à son service) fonderont alors dans leur coin le mouvement Nation. Huit mois après ce divorce, Defourny se remit en ménage avec des dissidents du FN et du FNB pour mettre sur pied le Bloc wallon, une structure électorale dont le bulletin d’information s’en prendra rapidement au mouvement Nation.

Ce dernier a encore d’autres nombreux adversaires au sein de cette famille politique étrange et perturbée. Alain Escada, le directeur-fondateur du journal amateur « Polémique-Info » et ancien porte-parole du FNB, en coulisses, est l’un de ceux-ci. Le président-fondateur du Front national, Daniel Féret, et certains de ses derniers acolytes, Marguerite Bastien (la présidente-fondatrice du FNB) ainsi que l’état-major bruxellois du Vlaams Blok considèrent Nation comme un danger électoral potentiel. Parce que super bien organisé et séduisant - de jour en jour - certains de leurs cadres. Georges-Pierre Tonnelier, ex-FN et actuel collaborateur de Bastien, plaide depuis des mois, avec son ami Jean-Marie Boland (conseiller communal FNB à Verviers) pour une alliance avec le groupuscule de Van Laethem. Jean-Marie Boland était même défini, par « Le Bastion » (le mensuel du FNB), comme étant un « ami personnel » d’Hervé Van Laethem. Ses amitiés particulières dérangeaient de façon croissante la fraction majoritaire du nouveau FN. Un mois après la création de Nation, « Le Bastion » se posait, en guise de rappel à l’ordre, cette question à son propos : « encore un nouveau « machin » pour nous diviser ? ».

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Officiellement adversaire du Front national belge, plusieurs « cadres » actuels de Nation proviennent pourtant en droite ligne de cet autre groupuscule national-libéral, belgicain et monarchiste.

En 1991, Hervé Van Laethem, dirigeant principal de Nation, avait négocié des accords électoraux avec Daniel Féret, le « président-fondateur à vie » du Front national belge (au centre sur cette photo).

La justice, pour mener à bien ses perquisitions contre ce mouvement dérangeant la droite nationaliste « institutionnalisée », aurait donc été tuyautée par d’autres nationalistes, selon certaines informations que nous avons recueillies. Cette hypothèse tient la route. Objectif des délateurs : paralyser le mouvement Nation pour plusieurs mois, voire plusieurs années. Jusqu’aux prochaines élections par exemple. Les règlements de compte chez les nationalistes ne sont pas terminés. Cela se terminera-t-il comme un remake belgo-francophone de la « Nuit des longs couteaux » ?

Simon HARYS
RésistanceS – 3 juillet 2001.

 

RECTIFICATIF
A la demande d'Hervé Van Laethem, président de l'asbl propriétaire légale du mouvement politique Nation, une information d'ordre privée le concernant a été supprimée de cet article, à la date du 14 novembre 2008. L'asbl RésistanceS profite de l'occasion pour rappeler que toutes les informations publiées sur son site Internet (www.resistances.be) sont de nature journalistique. En effet, le site RésistanceS.be est le web-journal réalisé par l'asbl RésistanceS. Son contenu est constitué d'articles de presse et d'enquêtes journalistiques d'investigation. Toutes ses informations sont du domaine public et ne sont recueillies que de manière totalement légale. Hervé Van Laethem est un dirigeant d'extrême droite agissant publiquement depuis les années 1980. Il publie des textes à son nom et intervient lors de débats politiques sous son nom. Par ailleurs, plusieurs ouvrages et sites Internet évoquent régulièrement ses activités politiques au sein de l'extrême droite légale. L'asbl RésistanceS respect scrupuleusement la loi sur la protection de la vie privée.
Conseil d'administration de l'asbl RésistanceS

 

 

REMARQUE REACTUALISATION du 31 novembre 2008 : Georges-Pierre Tonnelier n'est plus d'extrême droite CLIQUEZ

 

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