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Enquête sur des néonazis « politiquement corrects »

Persistance des liens entre Nation et le néonazisme

 

Le mouvement Nation se présente comme étant « l’unique opposition, la seule alternative » (c’est son slogan générique). Il a l’ambition d’éliminer le Front national du docteur Daniel Féret et de le remplacer au poste de leadership de l’extrême droite francophone. Cofondé par l’un des dirigeants du néonazisme belge des années 80-90, Nation entretient toujours des relations avec ce milieu, notamment via Blood and Honour Vlaanderen, la « division flamande » d’une organisation internationale combattant au nom d’Adolf Hitler…

Autocollant de la section bruxelloise francophone du Vlaamse militanten orde (VMO), une organisation indépendantiste flamande nostalgique du dictateur Hitler. Le VMO est à la base du groupe l’Assaut ; la référence militante du mouvement Nation (doc. : Archives-RésistanceS).

 

L’extrême droite est négationniste, relativiste et révisionniste. Chacun sait cela depuis belle lurette. Même si l’histoire de ce courant politique multiplie ses tentatives de travestissement de sa présentation publique. Multipliant les appellations, les marques de fabrique et autres labels, l’extrême droite se cache souvent derrière des noms volés à l’adversaire (c’est le cas de « Front national », appellation durant la Deuxième guerre mondiale de l’une des organisations communistes de résistance, ou de « Nouvelle résistance », nom de la branche paramilitaire de la Gauche prolétarienne, groupe maoïste français des années post-68), passe-partout (ainsi existait aux Pays-Bas le « Parti du centre »), « démocratisés » (en Allemagne, l’un des principaux partis néonazis se dénomme « Parti national-démocrate ») ou se revendique de « concepts politiques » vagues et pouvant donner lieu à diverses définitions (« droite nationale », « nationaliste-révolutionnaire », « identitaire »…).

L’extrême droite n’aime pas qu’on lui rappelle sa vraie nature. C’est pour cette raison, que mordicus, elle tente de nier, relativiser et réviser sa propre histoire, ses origines et son véritable programme de société.


Hervé Van Laethem (fluoté en jaune), lors d’un rassemblement néonazi flamand, quelques mois avant la création de Nation (photo : AFF-Vlaanderen).

Les racines nazies de Nation
C’est le cas du Front national, du Vlaams Blok / Belang, mais aussi du mouvement Nation. Apparu en septembre 1999, autour de dissidents et d’anciens du Front national et du Front nouveau de Belgique, Nation est conduit par Hervé Van Laethem. Dans les années 80-90, il dirigeait le groupe l’Assaut, un groupuscule violent ouvertement néonazi. L’Assaut était directement issu de la « section francophone » du Vlaamse militanten orde (VMO) de Bert Eriksson, le « führer » des nostalgiques flamands d’Adolf Hitler toujours actif de nos jours. L’ex-général SS wallon Léon Degrelle le parrainait politiquement. A l’exemple de ce dernier, le groupe de Van Laethem était de toutes les aventures néonazies, en Belgique mais aussi en Allemagne, en France, en Espagne… Il faisait partie d’un réseau européen, lui-même lié à des organisations passées au terrorisme. L’ancêtre de Nation apportait encore son appui militant aux « négateurs-nazis », aux faux historiens Robert Faurisson et Olivier Mathieu, ainsi qu’à VHO, une officine anversoise vouée à la négation des crimes commis par la dictature hitlérienne durant la Deuxième guerre mondiale.


Cérémonie néonazie en l’honneur d’Adolf Hitler organisée, en 2002, par le groupuscule B&H Vlaanderen. A la tribune : Bert Eriksson, l’un des parrains politiques d’Hervé Van Laethem.

Lors de sa création, en 1999, Nation tentera de faire croire aux profanes qu’il ambitionne de faire de la « politique autrement » (sic) et se présentera comme étant « l’unique opposition, la seule alternative » (resic), tout en se qualifiant à ses débuts de « nationaliste-révolutionnaire ». Aujourd’hui, il se revendique comme « identitaire ». Et affirme représenter un mouvement démocratique, populaire et social. La réalité est tout autre…

Des liens avec le néonazisme toujours en 2005
Nation et sa revue théorique, « Devenir », ont toujours maintenu leurs liens étroits avec les organisations de la « galaxie néonazie ». « Devenir » vient de se fondre dans une entreprise éditoriale francophone transfrontalière produisant dorénavant la revue « ID ». La base rédactionnelle, sous le vocable d’« identitaire », garde son profil folklorique modernisé pour une culture d’Ordre nouveau, conservatrice, contre-révolutionnaire, rétrograde et totalement dépassée. Mais bon, il y en a bien, dans certains établissements de soins, qui continuent à se persuader qu’ils sont la réincarnation de Napoléon ...

En parallèle, Nation poursuit son « chemin du combattant » avec des organisations néonazies. C’est le cas à travers les activités du « comité Nationalistes contre l’Otan ». Le 20 février dernier, ce comité manifestait devant l’ambassade des Etats-Unis contre la visite en Belgique du président George Bush. Le meneur principal de ces « nationalistes » est, encore et toujours, Hervé Van Laethem.

Plusieurs compte-rendus de cette petite manifestation ont été diffusés. Et Nation se réjouira de cette mobilisation militante, sans pour autant entrer dans les détails (1). Pour notre part, nous avons consulté un PV de ce rassemblement : le PV établi par « Bloed, Bodem, Eer Trouw », une revue publiée par des néonazis du Nord du pays. Celle-ci mentionne – contrairement aux informations « politiquement correctes » de Nation - qu’à la manifestation du 20 février, « B&H VL », « B&H NL » et la « NVU » étaient présentes aux côtés de Nation. Or, sous le sigle « NVU » se cache la Nederlands volksunie, un parti néonazi hollandais groupusculaire. « B&H » sont les initiales de « Blood and Honour », une organisation nazi-skin internationale, dont est issu un groupe paramilitaire clandestin à vocation terroriste : Combat 18 (1 pour la premier lettre de l’alphabet, 8 pour la huitième, soit AH, c’est-à-dire les initiales d’Adolf Hitler). « VL » et « NL » signifiant qu’il s’agissait des « divisions » flamande et hollandaise de B&H.

 


Délégation de Nation à une manifestation organisée par des néonazis flamands à Anvers, en janvier 2004. Parmi ceux-ci : les activistes de Groen-rechts et de Blood and Honour Vlaanderen, les deux principaux et actuels partenaires flamands du mouvement Nation.

En Flandre, Blood and Honour Vlaanderen et la publication « Bloed, Bodem, Eer Trouw » alimentent et animent la « scène néonazie ». Ils participent à la diffusion d’écrits hors-la-loi et soutiennent les activités criminelles des « négateurs-nazis » de VHO. Le 19 mars dernier, ce groupe de skinheads nazis et sa revue organisaient un meeting pro-négationniste près d’Anvers. Parmi les orateurs annoncés, figurent des proches de l’ex-groupe l’Assaut (les néonazis Siegfried Verbeke et Christian Worch) et un dénommé S. Balland, représentant officiel de la « Délégation Wallonie » du Comité d’entraide aux prisonniers européens (CEPE). Le CEPE est une émanation des « Identitaires », l’organisation française modèle de Nation et de son ex-organe théorique « Devenir ». Comme par hasard…

Le mouvement Nation, « alternative » autoproclamée au Front national, garde donc son ancrage dans les eaux profondes et peu mouvantes du pur et dur néonazisme.

Simon HARYS

(1) Lors de la manifestation néonazie contre George Bush du 20 février 2005, une centaine de militants de Nation, de la NVU hollandaise et des divisions néerlandophones de Blood and Honour était présente. Le lendemain, l’extrême gauche et la gauche altermondialistes rassembleront devant l’ambassade des Etats-Unis à Bruxelles entre 4.000 et 5.000 militants.


 

L’une des couvertures de « Bloed, Bodem, Eer Trouw ». Ce journal néonazi, antisémite, négationniste flamand préconisant des actions armées contre les « ennemis de la race blanche » est réalisé dans la mouvance de Blood and Honour Vlaanderen, l’un des partenaires politiques actuels de Nation (doc : Archives-RésistanceS »).

 

L’une des couvertures, préconisant l’action armée contre les étrangers, de « l’aSSaut ». Le fondateur de ce journal néonazi belge dirige, aujourd’hui, le mouvement électoraliste d’extrême droite Nation (doc. : Archives-RésistanceS).

 


© RésistanceS – www.resistances.be - Bruxelles – Belgique – 24 mars 2005


 

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Voir aussi:

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