RésistanceS 02-08-2007

Mauvais coup pour les menteurs

La négation
toujours en rayon

Suite à une action concertée de deux associations françaises antiracistes, la justice française vient de constater que la « littérature » niant le génocide des Juifs commis par le régime nazi se diffusait toujours. Des librairies parisiennes d’extrême droite proposaient dans leurs rayons des ouvrages interdits. Certains provenant de Belgique, via le réseau VHO...

 

Vincent Reynouard à l’époque où il militait au PNFE, un groupuscule néonazi. Ce leader négationniste français, exilé à Bruxelles, serait l’un des actuels diffuseurs d’ouvrages interdits dans les librairies parisiennes d’extrême droite…

C’est un petit milieu fermé mais actif et ayant toujours pignon sur rue, que l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et l’association antiraciste « J’Accuse » ont dénoncé lors d’une conférence de presse, tenue à Paris le 27 juillet dernier : celui des négateurs de la Shoah. Marginalisé et contraint, en principe, à une quasi-clandestinité depuis le vote en 1990 de la loi antiraciste (dite « loi Gayssot »), le milieu négationniste survit pourtant encore, vend des revues et des livres et sans doute, fait de l’argent. C’est ce qui ressort des visites récentes effectuées dans plusieurs librairies parisiennes d’extrême droite par des militants des deux associations antiracistes.

En présence d’un huissier de justice, ces visites visaient à constater la vente au public d’opuscules niant le génocide, de livres et revues dont certains sont pourtant interdits à la vente ou dont les auteurs ont été condamnés.C’est un petit milieu fermé mais actif et ayant toujours pignon sur rue, que l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et l’association antiraciste « J’Accuse » ont dénoncé lors d’une conférence de presse, tenue à Paris le 27 juillet dernier : celui des négateurs de la Shoah. Marginalisé et contraint, en principe, à une quasi-clandestinité depuis le vote en 1990 de la loi antiraciste (dite « loi Gayssot »), le milieu négationniste survit pourtant encore, vend des revues et des livres et sans doute, fait de l’argent. C’est ce qui ressort des visites récentes effectuées dans plusieurs librairies parisiennes d’extrême droite par des militants des deux associations antiracistes. En présence d’un huissier de justice, ces visites visaient à constater la vente au public d’opuscules niant le génocide, de livres et revues dont certains sont pourtant interdits à la vente ou dont les auteurs ont été condamnés.

Caverne d’Ali Baba pour négateurs
L’UEJF et l’association « J’Accuse » ont d’abord ciblé une librairie qu’on croyait disparue : la Librairie du Savoir, dont l’ancien patron s’est volatilisé en Roumanie et qui s’est installée sans aucune publicité dans le quartier Denfert-Rochereau. Une véritable caverne d’Ali Baba pour négateurs amateurs ou professionnels y a été découverte : exemplaires de la brochure L’Holocauste au scanner du suisse Jurgen Graf (voir notre encadré et son document ci-dessous) et diverses périodiques négationnistes, comme les Annales d’Histoire révisionniste, la Revue d’histoire révisionniste, Akribeia et Tabou.

La Librairie du Savoir diffuse également des brochures éditées en Belgique par l’officine négationniste VHO, notamment Le mensonge d’Auschwitz par l’illustration, ainsi qu’une brochure antisémite anonyme et sans dépôt légal intitulée Le procès des falsificateurs de l’histoire et Sans concession, la revue publiée, toujours depuis la Belgique, par Vincent Reynouard. Ce dernier est l’un des principaux responsables des réseaux de propagande négationniste. Il s’est « exilé » à Bruxelles pour éviter la justice de son pays (à ce sujet : voir dans la colonne de droite la référence de l’article de RésistanceS consacré à Vincent Reynouard).

En guise de cadeau de fidélité, La Librairie du Savoir offrait à ses clients une carte postale reproduisant le dessin de Chard qui a gagné le concours de dessins « antisionistes » organisé en décembre 2006 par le régime iranien. Chard est la dessinatrice attitrée de l’hebdomadaire français pro-négationniste Rivarol. Plusieurs dessins de celle-ci sont également publiés dans des journaux de l’extrême droite belge.

La suite : devant les tribunaux
Plus prudente, la Licorne Bleue, dans le quartier Bastille et deuxième librairie visitée, n’écoulait que les ouvrages classiques des principaux négateurs (Garaudy, Robert Faurisson et Pierre Guillaume).

Une fois les saisies effectuées, il appartiendra désormais à la justice de poursuivre ou non, soit pour vente d’ouvrages interdits, soit pour vente d’ouvrages dépourvus des mentions légales, soit pour incitation à la haine raciale. L’issue de la procédure est assez compliquée à prévoir, car la majorité des revues et livres négationnistes existants est parfaitement légale. Mais au moins, Raphaël Haddad, le président de l’UEJF et Marc Knobel, le président de « J’Accuse », pourront se féliciter d’avoir mené une action à forte portée symbolique et démontrant que si le négationnisme passe désormais majoritairement par Internet, il se diffuse aussi publiquement, légalement, par des librairies ouvertes au grand public.

Une fois « ciblé » le milieu des librairies proches de l’extrême droite et diffusant également les livres d’auteurs issus de l’ultra-gauche (comme Pierre Guillaume, par exemple) et ralliés aux négationnistes néonazis, il restera à faire le jour sur la diffusion du négationnisme par des librairies intégristes islamistes, ayant pignon sur rue à Paris, comme dans d’autres villes de France.

Jean-Yves CAMUS
Correspondant de RésistanceS à Paris

 

Le réseau belge VHO impliqué

Les actions menées à Paris à la fin de ce mois de juillet dans deux librairies d’extrême droite prouvent une fois encore que le négationnisme et la « littérature » pronazie restent en vogue dans les « milieux nationalistes ». Lors de la saisie effectuée à la Librairie du Savoir, plusieurs documents trouvés provenaient de Belgique. Parmi ces derniers : des publications de VHO, un cercle négationniste semi-clandestin fondé, dans les années 1980 à Anvers, par des activistes alors membres ou proches du Vlaams Belang. VHO fut également soutenu par la plupart des organisations d’extrême droite de l’époque, néerlandophones comme francophones : le Voorpost, Were Di, les héritiers du VMO, le groupe bruxello-wallon l’Assaut, le Parti des forces nouvelles...

Selon nos informations, les « produits » de VHO y étaient déposés par Vincent Reynouard en personne. Ancien membre du PNFE, un petit parti néonazi aujourd’hui disparu, et négationniste bien connu en France, il vit depuis plusieurs années en exil à Bruxelles pour éviter les « foudres » de la justice française.

Néanmoins, ses contacts avec son pays d’origine semblent être restés nombreux, puisque que la présence de Vincent Reynouard a à plusieurs reprises été signalée sur le territoire national français. Comme en novembre 2006, quand il y fut arrêté dans la région parisienne à l’occasion d’une conférence négationniste, tenue théoriquement dans le plus grand secret.

Vincent Reynouard est actuellement toujours « réfugié », avec sa famille, dans la commune bruxelloise d’Ixelles, auprès d’une communauté religieuse intégriste chrétienne. Il fréquenterait également la mouvance de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, un courant dissident de l’Eglise catholique officiel. Responsable de la branche francophone de VHO, Vincent Reynouard est par ailleurs le leader du Mouvement de combat Saint-Michel, un groupuscule fantomatique se revendiquant du « national-socialisme » hitlérien, du « révisionnisme » et du « catholicisme traditionaliste »…

M.AZ

:: Notre document :::

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Couverture et « ours » d’un des livres négationnistes récemment trouvé à la Librairie du Savoir (extrême droite) à Paris. Publié en 1993 en Suisse, en langue allemande chez Guideon Burg Verlag, il fut interdit l’année suivante. La diffusion de l’édition française de ce pamphlet était organisée à partir de la Belgique, sous la responsabilité de Jeanine Colson, une activiste du réseau négationniste belge VHO. Elle s’occupait également de la gestion interne du Hertog Jan van Brabant, une amicale d’anciens SS flamands souhaitant faire perdurer l’idéologie nazie. Jeanine Colson militait par ailleurs au même moment au Vlaams Blok (Vlaams Belang aujourd’hui). Elle fut même l’une des candidates de ce parti d’extrême droite flamand. Lors de son décès, en 2004, le journal français pronégationniste Rivarol lui rendit un vibrant hommage – Document : Archives RésistanceS.

 


© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 2 août 2007.



 

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Sur le négationnisme, les négateurs, VHO et Vincent Reynouard, consultez notre dossier « Négationnisme »