RésistanceS.be 18-10-2011

DROIT DE REPONSE

Le Front national belge «réunifié» dément ses liens avec les anti-lepénistes français


Guerre des clans dans l’extrême droite française

Solidaristes contre identitaires


Outre le Front national, il existe en France une myriade de groupuscules d’extrême droite. Une partie de ceux-ci vient de se regrouper dans un nouveau front, sous l’étendard du solidarisme. Avec le soutien de Belges, dont des membres de la direction du FN «réunifié»… pourtant partenaire officiel du parti de Marine Le Pen !

 


Tête du premier cortège des nouveaux solidaristes, le 8 octobre de cette année dans les rues de Lilles © Image Nord Eclair


Le samedi 8 octobre dernier une manifestation «solidariste» s’est tenue dans la ville de Lille (capitale du Nord-Pas-de-Calais). Son organisateur : le Front populaire solidariste. Il s’agit de la dernière «enseigne» apparue dans la «fachosphère» française. Ce nouveau front a été spécialement mis sur pied à l’occasion de cette manifestion qui a rassemblé entre 500 et 600 personnes (contre plus de 1.500 contre-manifestants).

Cette nouvelle structure, se présentant comme «solidaristes» et surtout pas comme «identitaires» ou appartenant à la «droite nationale», est menée, à l’heure actuelle, par le mouvement Troisième voie de Serge Ayoud, leader dans les années 1980 d’une bande de skinheads «NR», nationalistes-révolutionnaires. Ce nouveau front reçoit le soutien d’une kyrielle de groupuscules : Front Comtois, Nationalistes autonomes, groupe Opstaan (initiateur de la «Maison flamande» à Lille, l’ex-fief nordiste du Bloc identitaire), Nouvelle droite populaire…



Vendu au système
Le Front populaire solidariste se positionne clairement comme hostile aux autres courants idéologiques formant l’extrême droite française (revoir à ce sujet son panorama proposé par RésistanceS.be avec le politologue français Jean-Yves Camus  ). Dans cette perspective il tente de se distinguer du Front national (FN) de Marine Le Pen (héritière de la droite nationale) et surtout du Bloc identitaire (BI) de Fabrice Robert, un ex-activiste nationaliste-révolutionnaire. Selon les principaux initiateurs de ce front, le BI serait désormais «vendu au système» (et aux «sionistes»), depuis son tournant stratégique visant à briser le cordon sanitaire isolant l’extrême droite dans le paysage politique.

En Belgique, le Front populaire solidariste a reçu le soutien des Belges du mouvement Nation. Ce dernier était ainsi officiellement l’un des organisateurs de la manifestation lilloise du 8 octobre dernier. Jusqu’il y a peu encore, Nation était pourtant le principal partenaire belge du Bloc identitaire. En 2005, le mouvement Nation a participé activement au lancement de la mouvance des «Identitaires de Wallonie-Bruxelles», une expérience des plus éphémères qui avait reçu l’appui des nationaux-catholiques conservateurs de Belgique & Chrétienté d’Alain Escada, le secrétaire général de l’institut Civitas, fer de lance des actuelles actions contre les spectacles «Golgota Picnic» et «Sur le concept du visage du fils de Dieu» considérés comme «christianophobes». Très proche d’Alain Escada, le dirigeant-fondateur de Nation, Hervé Van Laethem est intervenu à plusieurs reprises comme formateur lors d’universités d’été du Bloc identitaire. Désormais, les identitaires sont devenus les ennemis jurés des solidaristes.


FN «réunifié» infidèle à Marine !
A travers le mouvement Nation, le responsable bruxellois du Front national «réunifié» (un des quatre clans frontistes belges se revendiquant du FN français) défilait aux côtés des solidaristes français. Cela constitue un paradoxe. En effet, ce même FN belge est  reconnu par Marine Le Pen comme étant son partenaire officiel en Belgique. L’infidélité de ces frontistes nationaux belges à leur égérie française n’est pas une première. Le 8 mai dernier, au moins un membre du bureau politique de ce même FN belge, toujours sous l’influence de Nation, défilaient dans les rues de Paris lors d’une manifesation initiée par des dissidents et des déçus du lepénisme.

Dans les semaines qui viennent, la formation politique d’extrême droite française devrait donc vraisemblablement se dissocier du FN «réunifié», au profit sans doute de son courant «national-libéral»,  de plus en plus proche du Parti populaire de l’ex-avocat Mischaël Modrikamen, lui aussi connu comme étant ouvertement un partisan belge de la présidente des frontistes d’outre-Quiévrain ()

 


A gauche l’affiche officielle du Front populaire solidariste pour sa première manifestation, le 8 octobre 2011 à Lille. La seconde est celle des Nationalistes autonomes (NA), coorganisateur officiel du défilé des nouveaux solidaristes. Les NA ne cachent pas leur origine idéologique. La photo utilisée sur son visuel de propagande est celle d’un autre cortège où les NA français défilaient avec leurs «camarades» hollandais et leur calicot frappé des initiales de leur mouvement, « NSA-ANS », c’est-à-dire : Nationale Socialistische Aktie - Autonome Nationale Socialisten … l’action nationale-socialistes – nationaux-socialiste autonomes ! – Doc. Archives Ridaf.

 

Avec Blood & Honour !
Lors de sa première manifestation publique, le Front populaire solidariste s’était donné comme mission d’éviter tous amalgames avec l’extrême droite en général, mais plus particulièrement avec les identitaires. Grâce à un SO (service d’ordre) des plus vigilants et des plus musclés, l’identification aux identitaires a été évité. Tout participant faisant référence au terme «identitaire» se voyait rappelé à l’ordre par ce SO.

Ce fut notamment le cas d’Eddy Desmedt, l’un des deux vice-présidents du Front national belge «réunifié». Des néonazis de Blood & Honour et de la Racial volunteer force (v. Le FN belge et Nation manifestent avec des néonazis ) purent, quant à eux, parader sans aucun problème avec ces nouveaux solidaristes…

Simon Harys

 

 

Glossaire pour mieux comprendre


Droite nationale
Utilisé d’abord en Italie par le Mouvement social italien (MSI, le parti fasciste reconstitué après la Deuxième Guerre mondiale), ce vocable est exploité en France par le Front national de Jean-Marie Le Pen après sa création en 1972. Le FN lepéniste se revendique ainsi comme le réprésentant exclusif de toute la droite nationale (nationaliste) et de ses diverses tendances : nationale-catholique, païenne, nationaliste-révolutionnaire, nationale-libérale… A l’heure actuelle, la présidente frontiste, Marine Le Pen, ne fait plus ouvertement référence à ce vocable, ce qui n’est pas le cas de ses dissidents du Parti de la France (PdF), du Mouvement national républicain (MNR) et de la Nouvelle droite populaire (NPD) qui, en vue de l’élection présidentielle de 2012, se sont rassemblés, sous la bannière de l’« Union de la droite nationale »…


Identitaire
Apparu dès la fin des années 1980, c’est au milieu des années 1990 que le mot identitaire va de plus en plus prendre place au sein de l’extrême droite. Il singularise la rupture d’un de ses courants avec le nationalisme historique (jacobin). A la place des Etats-Nations formant le continent européen, le corpus identitaire revendique l’Europe des régions sur une base fédéraliste. Le socle commun de celle-ci serait constitué par ses «communautés homogènes», soit par ses ethnies d’origine (pour ne pas parler de ses races, terme politiquement incorrect). La mouvance identitaire se subdivise en deux courants. L’un est «traditionnaliste», représenté par le mouvement racialiste Terre et Peuple et le journal Réfléchir & Agir , par exemple, l’autre,conduit par le Bloc identitaire en France, l’English defense league au Royaume-Uni et marqué par son côté pragmatique, préconise des alliances de circonstance avec des mouvements juifs sionistes pour « lutter contre l’islamisation ».   


Solidariste
A l’extrême droite, la référence au solidarisme remonte aux années 1920. Au cours de son histoire, le solidarisme sera à plusieurs reprises réutilisé, parfois par des tendances idéologiques d’extrême droite antagonistes. Anticommuniste par essence, le solidarisme se présente aussi comme une alternative économique au système capitaliste mondialisé, mais préconise le maintien d’une économie de marché et la possession des moyens de production par le secteur privé. Les nationalistes-révolutionnaires se revendiqueront du solidarisme, à l’instar des puristes du Vlaams Belang (parti d’extrême droite indépendantiste flamand) ou le groupuscule Nieuw-solidaristisch alternatief (N-SA, Alternative néo-solidariste ) en Belgique. En France, le solidarisme a été remis au goût du jour en 2010 par le mouvement Troisième voie de Serge Ayoud, initiateur du Front populaire solidariste et de sa première manifestation, à Lille le 8 octobre dernier. «Le solidarisme est une stratégie de combat pour la défense des travailleurs contre le mondialisme. Le solidarisme est un véritable patriotisme», affirme le mouvement d’Ayoud, par ailleurs très influencé par le fascisme italien.  

 


Nationalistes autonomes
Les nationalistes autonomes illustrent à la fois un nouveau style et une nouvelle stratégie adoptés par l’un des courants les plus radicaux de l’extrême droite. Fondés sur les principes de l’autonomie politique, ses militants ont opté pour une stratégie et un mode d’action plus adaptés à notre époque. Ils visent à séduire essentiellement des jeunes activistes nationalistes en copiant notamment les autonomes de la gauche radicale anticapitaliste des années 1980 et les Blacks blocs des années 1990. Apparus il y a une quinzaine d’années en Allemagne, sous le nom de «nationalistes libres», puis se développant dans d’autres pays européens, les nationalistes autonomes proviennent directement des rangs néonazis. En Hollande, ils sont conduits par la NSA-ANS, la Nationale Socialistische Aktie - Autonome Nationale Socialisten (Action nationale-socialiste – Nationaux-socialiste autonomes).

(M.AZ)





Eite Homan, leader hollandais de la Nationale Socialistische Aktie - Autonome Nationale Socialisten (NSA-ANS), lors d’une manifestation néonazie aux Pays-Bas en 2007. Depuis, il est directement en contact avec les Nationalistes autonomes français, coorganisateur de la manifestation, le 8 octobre 2011 à Lille, du Front populaire solidariste, avec les Français de Troisième voie et les Belges du mouvement Nation © Photo Kafka (site néerlandais antifasciste).

 

 

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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 18 octobre 2011

 



Avec les néonazis nationalistes autonomes (ci-dessus) et le mouvement belge Nation, les nouveaux solidaristes françaises proposent une troisième voie contre le Bloc identitaire et le Front national de Marine Le Pen.



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