RésistanceS.be 11-12-2011

Trois mois de prison pour le chef de la N-SA


Lourde condamnation pour l’extrême droite flamande

La Nieuw-solidaristische alternatief (N-SA) se présente comme une alternative nationaliste radical au Vlaams Belang. Son dirigeant-fondateur, Eddy Hermy, vient d’être condamné pour racisme. L’avenir politique de la N-SA est désormais fortement assombri. Cette condamnation est aussi un signal inquiétant pour l’ensemble des formations et groupes d’extrême droite, néerlandophones comme francophones.

 

 



Eddy Hermy, lors d’un meeting de la N-SA, interviewé par la VRT, la télévision publique flamande  © VRT

 

Le 5 décembre dernier, le tribunal correctionnel de Bruges a prononcé une sévère condamnation à l’encontre d’Eddy Hermy (61 ans). Dirigeant-fondateur, coordinateur en chef et idéologue de la Nieuw-solidaristische alternatief (N-SA, Alternative néo-solidariste), il était poursuivi pour racisme, suite à des propos tenus en 2009 au cours d’un «congrès de la jeunesse», organisé par son organisation, avec au programme un concert de «rock identitaire européen».


Cinq ans d’inéligibilité
Eddy Hermy a été condamné à trois mois de prison (avec sursis), 550 euros d’amendes et à verser un euros symbolique de dommages et intérêts aux parties civiles (le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme) pour incitation à la haine raciale. Sa condamnation est assortie de cinq années de déchéance du droit d'exercer une fonction publique. Eddy Hermy ne pourrait théoriquement plus, comme il l’avait fait aux élections communales de 2000 à Ostende, avec sa liste «Burgerinitiatief» (Initiative citoyenne), se présenter aux élections durant cette période.

Suite à la diffusion d’un tract électoral, l’actuel dirigeant de la N-SA avait déjà été condamné pour racisme en 2002. Jugement confirmé l’année suivante par la cour d’Appel de Gand. Il s’agit donc d’un récidiviste en la matière.

Depuis sa création en 2007, la N-SA que dirige Eddy Hermy se développe en marge du Vlaams Belang (VB) (voir notre encadré ci-dessous). Pour la N-SA, le parti d’extrême droite flamand a abandonné les combats historiques du Vlaams Blok, la formation à l’origine du VB. C’est d’ailleurs pour cette raison que plusieurs opposants internes de ce parti nationaliste ont rejoint l’organisation d’Eddy Hermy.


Parti national démocratique
La lourde condamnation que vient de rendre le tribunal correctionnel de Bruges est une très mauvaise nouvelle pour la N-SA. En effet, celle-ci espérait pouvoir (au moins symboliquement) se présenter comme alternative au Vlaams Belang aux prochaines élections communales (octobre 2012).

C’est dans cette perspective qu’en octobre 2010 la N-SA a mis sur pied une nouvelle formation politique : le Nationaaldemocratische partij (NDP, Parti national démocratique). Le procès que vient de perdre son leader et la condamnation rendue à son encontre risquent de rendre plus difficile la présentation de listes de ce NDP aux prochaines communales.




Sur cette photo, Eddy Hermy (à l’extrême droite), en juin 2008 lors d’un congrès européen d’extrême droite à Dendermonde (Flandre) en compagnie (de gauche à droite) de Robert Steuckers (ancien théoricien de la Nouvelle droite belge), Frederik Ranson (du Nationalistische Studentenvereniging/NSV et de la N-SA), Kris Roman (ex-Vlaams Blok, ancien responsable flamand du Front national belge et membre de la N-SA), Hervé Van Laethem (dirigeant-fondateur du mouvement Nation, le partenaire politique du FN de Charles Pire) et Georges Hupin (ex-FN belge, dirigeant de la «bannière wallonne» de Terre & Peuple, mouvement racialiste identitaire européen).


Un signal inquiétant pour toute l’extrême droite
Dans un communiqué, la N-SA dit avoir «été consterné par le verdict» rendu contre son dirigeant. Pour l’organisation d’Eddy Hermy, ce jugement est «une condamnation politique, ni plus, ni moins».

Du côté francophone, la condamnation d’Eddy Hermy inquiète également l’extrême droite. Sur son site Internet, le mouvement Nation dénonçait, ce 10 décembre, au sujet de son procès «toute condamnation judiciaire basée sur un délit d’opinion». En juin 2006, l’«équipe dirigeante» de l’époque de Nation, dont son dirigeant-fondateur, avait été lourdement condamnée pour racisme par la Justice.


Partenaire politique du Front national de Charles Pire depuis 2010 (), ce groupuscule francophone,  «rappelle (à ses membres), à (l’)occasion (de la condamnation d’Eddy Hermy), qu’il faut rester prudent et responsable dans nos actions, écrits et déclarations. Et ceci afin de ne pas donner d’armes à nos adversaires». Ce qui équivaut à l’instauration d’un double langage : en public, adoption d’un discours «politiquement correct» enfin d’éviter des ennuis judiciaires, en privé, on n’a l’autorisation de se relâcher sur les thèmes de prédilection du fonds de commerce de l’extrême droite…

A l’issue du procès d’Eddy Hermy, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (partie civile) a pour sa part déclaré que «dépeindre systématiquement et arbitrairement les personnes étrangères comme des criminels, c’est évidemment franchir la limite entre la liberté d’expression et l’incitation à la haine. Organiser des concerts pour séduire des jeunes du bien fondé de telles idées est par ailleurs une méthode pour le moins douteuse».

Simon HARYS


La Nieuw-solidaristische alternatief (N-SA)



Logo de la Nieuw-solidaristische alternatief (N-SA) et de son parti, le Nationaaldemocratische partij (NDP).

Sous une forme plus adaptée à notre époque, la Nieuw-solidaristische alternatief (N-SA, Alternative néo-solidariste) est en fait l’un des héritiers idéologiques du célèbre (et quasi aujourd’hui mythique) Vlaamse militanten orde (VMO ).

Depuis sa création en 2007, cette organisation radicale regroupe les plus radicaux du mouvement nationaliste flamand d’extrême droite. La N-SA est directement issue des Jongeren vlaamse Westland (JVW). Les JVW rassemblait un petit noyau d’activistes, dont plusieurs venaient du Vlaams Belang. L’Alternative néo-solidariste a intégré sous son sigle les Jongeren Aktief (JA) de l’ex-député fédéral Vlaams Belang Xavier Buisseret et la Groen rechts, un groupuscule regroupant des écologistes néonazis. Selon le réseau antifasciste flamand AFF-Verzet, la N-SA est également constituée d’anciens activistes de la «division flamande» de Blood & Honour (B&H), la plus importante organisation nazie-skin Internationale, et de certains de ses dissidents. Tomas Boutens, l’ex-dirigeant du Bloed, Bodem, Eer Trouw (BBeT ), milite toujours à ce jour dans les rangs de la N-SA. La présence de nazis-skins provenant de B&H confirme le rôle de pôle de rassemblement des extrémistes radicaux que joue l’Alternative néo-solidariste.

La N-SA se singularise par son positionnement politique hostile à l’évolution dans les années 1990-2000 du Vlaams Blok/Belang. Voulant représenter une alternative électorale à ce dernier, la N-SA tient des discours purs et durs sur les thèmes qui firent jadis le succès du Vlaams Blok. En octobre 2010 la N-SA  fonde officiellement, dans la perspective des prochaines élections,  une formation politique: le Nationaaldemocratische partij (NDP, Parti national démocratique).

L’organisation néo-solidariste affirme avoir des sections (ou des contacts militants) dans près de treize communes flamandes : Ostende, Bruges, Anvers, Eklo, Gand, Leuven, Kortrijk, Hamme, Dendermonde, Mechelen, Tienen, Westhoek et Hasselt.

Du côté de l’extrême droite francophone, la N-SA avait dès sa création des contacts avec le mouvement Nation. Elle revendique aussi des liens avec le Front national belge de l’ancien député fédéral Patrick Cocriamont, ainsi que le Mouvement d’action sociale (MAS) et Troisième voie (3eVoie), deux organisations françaises activent dans l’ombre du Front national de Marine Le Pen.

(Notice de la N-SA extraite du Dictionnaire de l’extrême droite flamande de RésistanceS.be)



Lors d’un meeting de la N-SA, un militant porte sans complexe, tatoué sur son crane, la croix gammée utilisée par les skin-nazis de Blood & Honour © Image VRT



Note de la rédaction
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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 11 décembre 2011.

 

 

 

Image prise lors d’un concert de la N-SA d’Eddy Hermy, aujourd’hui condamné pour racisme © VRT



A lire sur RésistanceS.be

A propos de la N-SA


A propos de la condamnation d’Eddy Hermy, à lire sur le site de notre partenaire flamand AFF-Verzet

 

A propos de condamnations rendues contre l’extrême droite, à lire sur RésistanceS.be

 

Victoire historique des antiracistes contre les racistes

  • Etc. etc.
 

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