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Retour sur une page peu glorieuse de l’histoire de la Belgique

Un documentaire britannique dénonce les abominations commises dans le Congo de Léopold II

« Le Roi blanc, le caoutchouc rouge, la mort noire » sera diffusé prochainement sur nos antennes. Ce documentaire, réalisé par le britannique Peter Bate, présente le Congo de Léopold II d’une manière qui n’a pas l’heur de plaire au palais, ni au ministre des affaire étrangères Louis Michel d’ailleurs. Lesquels s’insurgent contre le manque de nuances et les outrances dudit document. Un film tout juste bon à être jeté au plus vite dans les oubliettes de l’histoire, donc ?


Statue de Léopold II à Kalina (N'Galiema) au Congo

Entre 1895 et 1908, le Congo fut décrété propriété personnelle de Léopold II, avant de devenir une colonie belge. Le Congo de Léopold II fut longtemps glorifié dans les manuels scolaires, ainsi d’ailleurs que la colonisation qui s’en suivit, faisant de cet immense territoire la « dixième province de Belgique ». A en croire l’histoire officielle ou les récits d’anciens coloniaux, Léopold II, puis l’administration belge dans son ensemble, n’avaient eu d’autre but que de civiliser et d’instruire le peuple congolais. Les choses commencèrent à changer lorsque parurent, à la fin des années 90, des ouvrages tels que celui d’Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold, ou de Ludo De Witte, L’assassinat de Lumumba. Une autre version de l’histoire se fit alors jour, certes résolument engagée, mais néanmoins solidement étayée. Le « Roi blanc » s’inscrit sans aucun doute dans cette lignée de documents à charge de la Belgique de Léopold II.

Les activités de Léopold II au Congo faisaient déjà scandale à l'époque...

À l’annonce de la publication de ce documentaire, le palais s’est dit outré par les thèses présentées dans le film, qu’il qualifie de « pamphlet scandaleux ». Quant à Louis Michel, après avoir visionné des extraits dudit document, il s’est dit « atterré » par cette « diatribe tendancieuse », rappelant à cette occasion que la Belgique, loin de tout négationnisme, a accepté de « faire la lumière, sans concessions ni tabous, sur son passé africain ». Et de citer notamment la commission Lumumba, la transformation du Musée de Tervuren ou les futurs « Etats-généraux sur le passé colonial de Belgique ».
Ce que Monsieur Michel oublie en revanche de dire, c’est que toutes ces belles démarches entreprises par la Belgique ne l’ont été que parce que la version officielle des faits se craquelait de toutes parts, sous les coups de boutoirs, précisément, de livres comme ceux mentionnés plus haut. Et ce que le palais oublie quant à lui commodément, c’est à quel point l’histoire officielle n’est trop souvent qu’un scandaleux panégyrique de l’œuvre de nos rois.

C’est vrai, un discours sur le Congo de Léopold II ne peut faire l’économie d’une remise en perspective. Mais est-ce à dire qu’il faille se taire à tout jamais sur les horreurs de cette époque ? Ne serait-ce pas faire injure à ceux qui, déjà à l’époque du Congo de Léopold II, se sont insurgés contre l’exploitation de l’Afrique, contre la barbarie de la colonisation. Ainsi G.W. Williams, auteur d’une lettre ouverte au roi dès 1879, Konrad Korzeniowski, allias Joseph Conrad, auteur de « Au cœur des ténèbres », ou encore Edmund Dene Morel ou Roger Casement.

Puisse donc ce documentaire, ainsi que les débats qui suivront, nous inviter à la réflexion critique sur un épisode peu glorieux de notre histoire, et faire office, à l’instar des livres de Hochschild ou de De Witte, de contrepoids salutaire.

© Nadia Geerts – RésistanceS – 29 mars 2004

« Le roi blanc, le caoutchouc rouge, la mort noire » sera diffusé en deux parties, les 1er et 8 avril, dans l’émission « Histories » sur Canvas (VRT), et le 8 avril sur la Deux (RTBF). Il sera probablement suivi d’une diffusion en salle, à Kinépolis.