L'extrême
droite manipule « sa » jeunesse
L'escroquerie
pseudo rebelle
Anti-système et révolutionnaire,
l'extrême droite ? Les jeunes qui scandent les slogans haineux
des partis nationalistes ou des mouvements identitaires se trompent
de colère. Pire, en usurpant un discours rebelle, ils se font
manipuler et ratent finalement leur vie...

Publicité pour le journal français
«Métro» publiée en avril 2008. Elle illustre
la manipulation des jeunes par l'extrême droite – Document
: «Métro» 2008.
L'extrême droite n'est pas rebelle. Pourtant,
plusieurs organisations nationalistes de droite se présentent
comme des mouvements contestataires anti-système. Force est
de constater, historiquement et aujourd'hui encore, que l'extrême
droite utilise un «profil rebelle» uniquement dans le
but de récupérer des jeunes en révolte contre
l'ordre établi. Le «discours révolutionnaire»
- déjà entendu dans la bouche de leaders de la droite
extrême, populiste et nationaliste, comme Jean-Marie Le Pen
- sont des leurres pour embrigader, par intoxication, la jeunesse
et les déçus de la politique.
Au service de l'ordre bourgeois
De tout temps, les partis et organisations d'extrême droite
ont appartenu aux milieux les plus réactionnaires, rétrogrades
et conservateurs de la droite pure et dure. Dans les années
1970, en Belgique, le Front de la jeunesse (FJ), une organisation
néofasciste, fut utilisé comme groupe de propagande
et d'action par les notables du Centre politique des indépendants
et cadres chrétiens (Cepic), l'aile ultradroite du Parti social-chrétien
(PSC), le parti le plus réactionnaire de l'époque. En
France, le Parti des forces nouvelles (PFN, une scission radicale
du Front national de Le Pen et parti-frère du FJ belge) apporta
son appui au président Valery Giscard d'Estaing. Auparavant,
en Mai 1968, face aux étudiants en révolte contre l'«ordre
bourgeois», le mouvement Occident collabora avec les forces
de l'ordre et les «barbouzes» du Service d'action civique,
le Sac, conduit par le futur ministre de l'Intérieur Charles
Pasqua, aujourd'hui poursuivi dans des dossiers politico-judiciaires.
Le mouvement Occident sera dissout et ses dirigeants fonderont le
mouvement politique Ordre nouveau, à la base ensuite du Front
national français, dont les contacts avec des policiers d'extrême
droite seront extrêmement nombreux.
De nos jours, des partis et des groupuscules
d'extrême droite continuent à diffuser des slogans révolutionnaires
pour endoctriner des jeunes, pour les récupérer et les
contrôler. Certains dirigeants de ces partis nationalistes ou
identitaires livrent alors à des services de police ou de renseignements
des informations sur leurs membres. En particulier sur leurs jeunes
militants. Qui se retrouvent alors souvent fichés par la police.

Affiche de RésistanceS, le web-journal
de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS
2008
Une vie familiale ratée
La récupération du vocabulaire et de l'allure rebelle
par des partis comme le Front national (français et belge)
ou le Vlaams Belang fait partie d'une usurpation. L'utilisation de
noms aux accents révolutionnaires pour baptiser des organisations
d'extrême droite suit le même processus récupérateur.
La revendication d'une idéologie «nationaliste-révolutionnaire»
n'a de «révolutionnaire» que le nom. Au final,
les jeunes rebelles attirés par une ultradroite prétendant
être en insurrection contre le système ont été
à chaque coup récupérés par les piliers
fondamentaux du même système. L'extrême droite
n'est donc pas rebelle. Ne l'a jamais été et ne le sera
jamais (*).
Les jeunes qui rejoignent l'extrême
droite se font totalement manipuler. Pire, par leur engagement politique
dans ses rangs, souvent, ils ratent ensuite leur vie familiale et
professionnelle.
Isabelle De Connickx
(*) Cette escroquerie politique a fait l'objet
d'une étude spécifique de Manuel Abramowicz : «
L'extrême droite se donne un label révolutionnaire pour
séduire des jeunes », publiée en 1998 dans «
L'école face au racisme : les jeunes au défis de l'ethnicité
», ouvrage collectif dirigé par Joël Kotek et Ahmed
Medhoune, éditions Quorum, pages 111 à 129.
Quand Nation lâche ses radicaux
Un exemple parmi tant d'autres de manipulation
de jeunes nationalistes radicaux par des partis d'extrême
droite «traditionnels» : le mouvement Nation, fondé
en 1999 par des dissidents du Front nouveau de Belgique et d'autres
dissidents du Front national de Daniel Féret, affirme
être le représentant du courant «nationaliste-révolutionnaire».
Il dit regrouper les radicaux du nationalisme et de la mouvance
identitaire. Ses discours sont radicaux. Et quelques jeunes,
dès lors, sont attirés par ce type de mouvement.
Or, ses dirigeants, par opportunisme ou politiquement correct,
lâchent leurs jeunes militants lorsque ceux-ci ont des
ennuis, notamment judiciaires. Plusieurs activistes ou sympathisants
de Nation, par exemples, après avoir participé
à des manifestations interdites organisées par
ce mouvement, comme le 1er mai dernier à Charleroi, se
sont fait arrêter. Ensuite, ils durent payer de fortes
amendes administratives pour participation à une manifestation
illégale. Ce qui fait mal au portefeuille des militants,
pas des dirigeants du mouvement !
Récemment, après que RésistanceS,
le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite,
a évoqué les liens entre le mouvement Nation et
Konflikto 28, un groupe wallon de skins-nazis, le premier a
immédiatement nié tout contact avec le second.
«Le mouvement NATION affirme qu'aucun projet, ni aucune
communication n’est entretenue ni établie avec
ce groupuscule» peut-on ainsi lire dans notice de Jeune
Nation – la section juvénile du mouvement Nation
– diffusée en juin dernier.
Il y a quelques années, c’est
un jeune du Vlaams Blok, proche du groupe néonazi l'Assaut,
fondé et dirigé par l'actuel président
de l'asbl mouvement Nation, qui avait été abandonné
par ses «camarades» suite à sa condamnation
pour négationnisme. Pourtant, le groupe l'Assaut avait
été un partisan acharné de la négation
des crimes nazis... avant le vote, en 1995, de la loi qui condamnera
le négationnisme...
IDC
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© RésistanceS – web-journal
de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le dimanche
13 juillet 2008.
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: « 13-07-2008 »
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