RésistanceS 13-07-2008

L'extrême droite manipule « sa » jeunesse


L'escroquerie
pseudo rebelle


Anti-système et révolutionnaire, l'extrême droite ? Les jeunes qui scandent les slogans haineux des partis nationalistes ou des mouvements identitaires se trompent de colère. Pire, en usurpant un discours rebelle, ils se font manipuler et ratent finalement leur vie...


Publicité pour le journal français «Métro» publiée en avril 2008. Elle illustre la manipulation des jeunes par l'extrême droite – Document : «Métro» 2008.


L'extrême droite n'est pas rebelle. Pourtant, plusieurs organisations nationalistes de droite se présentent comme des mouvements contestataires anti-système. Force est de constater, historiquement et aujourd'hui encore, que l'extrême droite utilise un «profil rebelle» uniquement dans le but de récupérer des jeunes en révolte contre l'ordre établi. Le «discours révolutionnaire» - déjà entendu dans la bouche de leaders de la droite extrême, populiste et nationaliste, comme Jean-Marie Le Pen - sont des leurres pour embrigader, par intoxication, la jeunesse et les déçus de la politique.


Au service de l'ordre bourgeois
De tout temps, les partis et organisations d'extrême droite ont appartenu aux milieux les plus réactionnaires, rétrogrades et conservateurs de la droite pure et dure. Dans les années 1970, en Belgique, le Front de la jeunesse (FJ), une organisation néofasciste, fut utilisé comme groupe de propagande et d'action par les notables du Centre politique des indépendants et cadres chrétiens (Cepic), l'aile ultradroite du Parti social-chrétien (PSC), le parti le plus réactionnaire de l'époque. En France, le Parti des forces nouvelles (PFN, une scission radicale du Front national de Le Pen et parti-frère du FJ belge) apporta son appui au président Valery Giscard d'Estaing. Auparavant, en Mai 1968, face aux étudiants en révolte contre l'«ordre bourgeois», le mouvement Occident collabora avec les forces de l'ordre et les «barbouzes» du Service d'action civique, le Sac, conduit par le futur ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, aujourd'hui poursuivi dans des dossiers politico-judiciaires. Le mouvement Occident sera dissout et ses dirigeants fonderont le mouvement politique Ordre nouveau, à la base ensuite du Front national français, dont les contacts avec des policiers d'extrême droite seront extrêmement nombreux.

De nos jours, des partis et des groupuscules d'extrême droite continuent à diffuser des slogans révolutionnaires pour endoctriner des jeunes, pour les récupérer et les contrôler. Certains dirigeants de ces partis nationalistes ou identitaires livrent alors à des services de police ou de renseignements des informations sur leurs membres. En particulier sur leurs jeunes militants. Qui se retrouvent alors souvent fichés par la police.


Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008


Une vie familiale ratée
La récupération du vocabulaire et de l'allure rebelle par des partis comme le Front national (français et belge) ou le Vlaams Belang fait partie d'une usurpation. L'utilisation de noms aux accents révolutionnaires pour baptiser des organisations d'extrême droite suit le même processus récupérateur. La revendication d'une idéologie «nationaliste-révolutionnaire» n'a de «révolutionnaire» que le nom. Au final, les jeunes rebelles attirés par une ultradroite prétendant être en insurrection contre le système ont été à chaque coup récupérés par les piliers fondamentaux du même système. L'extrême droite n'est donc pas rebelle. Ne l'a jamais été et ne le sera jamais (*).

Les jeunes qui rejoignent l'extrême droite se font totalement manipuler. Pire, par leur engagement politique dans ses rangs, souvent, ils ratent ensuite leur vie familiale et professionnelle.

Isabelle De Connickx

(*) Cette escroquerie politique a fait l'objet d'une étude spécifique de Manuel Abramowicz : « L'extrême droite se donne un label révolutionnaire pour séduire des jeunes », publiée en 1998 dans « L'école face au racisme : les jeunes au défis de l'ethnicité », ouvrage collectif dirigé par Joël Kotek et Ahmed Medhoune, éditions Quorum, pages 111 à 129.

Quand Nation lâche ses radicaux

Un exemple parmi tant d'autres de manipulation de jeunes nationalistes radicaux par des partis d'extrême droite «traditionnels» : le mouvement Nation, fondé en 1999 par des dissidents du Front nouveau de Belgique et d'autres dissidents du Front national de Daniel Féret, affirme être le représentant du courant «nationaliste-révolutionnaire». Il dit regrouper les radicaux du nationalisme et de la mouvance identitaire. Ses discours sont radicaux. Et quelques jeunes, dès lors, sont attirés par ce type de mouvement. Or, ses dirigeants, par opportunisme ou politiquement correct, lâchent leurs jeunes militants lorsque ceux-ci ont des ennuis, notamment judiciaires. Plusieurs activistes ou sympathisants de Nation, par exemples, après avoir participé à des manifestations interdites organisées par ce mouvement, comme le 1er mai dernier à Charleroi, se sont fait arrêter. Ensuite, ils durent payer de fortes amendes administratives pour participation à une manifestation illégale. Ce qui fait mal au portefeuille des militants, pas des dirigeants du mouvement !

Récemment, après que RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite, a évoqué les liens entre le mouvement Nation et Konflikto 28, un groupe wallon de skins-nazis, le premier a immédiatement nié tout contact avec le second. «Le mouvement NATION affirme qu'aucun projet, ni aucune communication n’est entretenue ni établie avec ce groupuscule» peut-on ainsi lire dans notice de Jeune Nation – la section juvénile du mouvement Nation – diffusée en juin dernier.

Il y a quelques années, c’est un jeune du Vlaams Blok, proche du groupe néonazi l'Assaut, fondé et dirigé par l'actuel président de l'asbl mouvement Nation, qui avait été abandonné par ses «camarades» suite à sa condamnation pour négationnisme. Pourtant, le groupe l'Assaut avait été un partisan acharné de la négation des crimes nazis... avant le vote, en 1995, de la loi qui condamnera le négationnisme...

IDC

 

 

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le dimanche 13 juillet 2008.


 

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Avec en communication : « 13-07-2008 »

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