RésistanceS 19-11-2006

Enquête sur les derniers négateurs-menteurs

Le Who’s who du
« réseau Reynouard »

Vincent Reynouard, arrêté en France le 14 novembre dernier, est le leader d'un réseau confidentiel de propagande négationniste, néonazie et catholique traditionaliste. Actif en France et en Belgique. Voici les piliers de son réseau.


Vincent Reynouard (Anec, PNFE, VHO) - Il y a plus de dix ans qu’il est actif dans le « mouvement » négationniste. Après des études d’ingénieur, Vincent Reynouard (aujourd’hui âgé de 37 ans) devient enseignant en Normandie dans un lycée. En 1997, il est révoqué de l’Education nationale suite à la divulgation de ses activités négationnistes. Lié au Parti nationaliste français et européen (PNFE, groupe militariste violent se revendiquant de l’hitlérisme), le jeune néonazi dirigeait un groupuscule négationniste local, l’Association normande pour l’éveil du citoyen (Anec).

Pour négationnisme, il sera plusieurs fois poursuivi par la justice. C’est pour cette raison qu’il va s’exiler en Belgique et s'engager à fonds dans le cercle négationniste anversois VHO. Vincent Reynouard fonde pour son compte une branche francophone (Vision historique objective). Se revendiquant ouvertement comme un national-socialiste de pure souche et un catholique traditionaliste assidu, il fréquente à Bruxelles la nébuleuse intégriste proche des lefebvristes. Récemment, Vincent Reynouard a mis sur pied le Mouvement de combat Saint-Michel, tout en continuant les activités de VHO.


La secte négationniste VHO - Ce cercle de propagande négationniste a été fondé à Anvers, en 1985, sous le nom de Vrij historisch onderzoek (VHO). Ses animateurs sont alors des dirigeants et des cadres de l’époque du Vlaams Blok (aujourd’hui Vlaams Belang). Le gourou de cette secte est Siegfried Verbeke (sur la photo de gauche). Il provient de la direction du Vlaamse militanten ordre (VMO), une organisation fanatique de l'Ordre nouveau nazi. Verbeke fit partie des premiers partisans du Vlaams Blok.

La majorité des organisations d’extrême droite de l’époque ont apporté leur soutien à son organisation négationniste : le groupe d’action nationaliste Voorpost, le cercle de réflexion Were di (dissout il y a quelques jours), Blood and Honour-Vlaanderen… Du côté francophone, les principaux souteneurs de VHO seront : le Parti des forces nouvelles (PFN), le groupe néonazi l’Assaut et divers cadres du Front national. Depuis le vote de la loi antinégationniste (1995), VHO s’est totalement marginalisé, malgré un soutien, certes confidentiel, de plusieurs de ses « kamarades » du début et la création d’une branche francophone, le cercle Vision historique objective (dont les initiales sont identiques à celles de la maison mère).

Les négateurs de VHO seront très vite soutenus par l'ensemble de l'extrême droite. C'est le cas du groupe Voorpost, conduit par des dirigeants du Vlaams Blok, tel que Roeland Raes (vice-président VB de 1978 à 2001). Dans son journal interne, Voorpost fit régulièrement la promotion des productions de VHO, comme le montre notre document datant de 1985 (Document : Archives Hugo Gijsels – RésistanceS).

Après de très nombreuses plaintes et de longues instructions judiciaires, en avril 2005, la Cour d’Appel d'Anvers condamne Siegfried Verbeke à un an de prison ferme et à une amende de 2.500 eurs. En outre, ses droits civils et politiques lui sont retirés pour une période de dix ans. Ce qui n'empêchera pas VHO de poursuivre ses activités. Sa branche francophone reste sous les ordres de Vincent Reynouard. Le couple Verbeke-Reynouard est toujours soutenu en Flandre par des individus militants dans diverses structures d'extrême droite, des anciens combattants de la SS flamande et par Blood and Honour-Vlaanderen, une organisation de « bonheads NS » (skin-nazis). Il le fut aussi par le BBet, le réseau néonazi pré-terroriste démantelé en septembre dernier.


Groupe l'Assaut et « mouvance identitaire » - Ce groupuscule néonazi et antisémite des années 1980-90 se chargeait de la diffusion en Belgique des écrits négationnistes de Vincent Reynouard, notamment dans son mensuel L'aSSaut (titre repris du journal de la SS wallonie !). Le groupe l'Assaut était alors en contact avec l'Association normande pour l'éveil du citoyen, fondée et dirigée par Reynouard. L'un des principaux contacts politiques de l'Assaut outre-Quiévrain fut le Parti nationaliste français et européen (PNFE, ouvertement national-socialiste), également fréquenté par Reynouard. Le groupe l'Assaut apporta encore son appui à d'autres négateurs du génocide juif (Olivier Mathieu, Robert Faurisson, Siegfried Verbeke...) et à VHO.

Disparu officiellement en 1993, l'Assaut reste une référence chez les purs et durs du nationalisme néofasciste. Plusieurs membres de ce groupe néonazi sont toujours actifs aujourd'hui. Le dirigeant-fondateur du mouvement Nation (°1999) est par exemple le même que celui de l'Assaut. Le mouvement Nation est aujourd'hui le pilier central de la « mouvance identitaire »... avec le soutien d'Alain Escada, le président de l'association intégriste Belgique & Chrétienté et adepte de la Fraternité Saint-Pie X lefebvriste. Cette dite mouvance maintient des relations intimes avec Rivarol, un hebdomadaire soutenant le combat des négationnistes, y compris celui de Vincent Reynouard. La « mouvance identitaire » rassemble des radicaux qui camouflent désormais, pour des raisons opportunistes et stratégiques, leur vraie nature politique derrière des codes politiquement corrects. Ce qui n'est pas le cas du dernier mouvement fondé par Vincent Reynouard.


Mouvement de combat Saint-Michel
Cette nouvelle structure politique a été mise en place en 2005 par Vincent Reynouard et un certain Jean-Jacques Stormay. Dans la présentation de son « Manifeste » de fondation (comportant 72 pages), le Mouvement de combat Saint-Michel affirme qu'« Il ne s’agit pas d’un parti politique qui jouerait le jeu démocratique. Le FN est là pour ça et il serait inepte de prétendre lui faire de la concurrence… Non, il s’agit, au départ, d’un groupement de personnes soucieuses de commencer par le commencement, c’est-à-dire de se former doctrinalement dans les domaines politique, historique et religieux, afin de dégager une pensée cohérente, fondement d’un combat efficace ».

Les fondateurs (et unique membres ?) de ce mouvement font le « constat (de l')échec de la voie démocratique et parlementaire suivie jusqu’ici par la droite nationale ». Dès lors, ils proposent une alternative stratégique au parlementarisme pour la prise du pouvoir. Marqué par son sectarisme ultra, le Mouvement de combat Saint-Michel adopte une orientation idéologique officiellement basée sur le « national-socialisme » (dont l'idéologue reste Adolf Hitler), le « révisionnisme » (c'est-à-dire le négationnisme) et le catholicisme traditionaliste (proche de celui de la Fraternité Saint Pie-X). Sur le site Internet de VHO-francophone, les opuscules du mouvement de Vincent Reynouard et Jean-Jacques Stormay sont vendus par correspondance. A propos de ses fondateurs, il y est mentionné :« Le tandem Reynouard-Stormay symbolise le combat frontal, global et sans concession : Frontal parce que ces deux auteurs ne prennent pas de détours : ils disent ce qu’ils ont à dire, violant ouvertement les lois liberticides injustes qui ont été votées pour tenter de les faire taire ; Global parce ce que ces deux auteurs se revendiquent ouvertement nationaux-socialistes, révisionnistes et... catholiques 'traditionalistes' (...). Ce cocktail détonnant en déroute plus d’un : comment peut-on concilier ce qui apparaît à beaucoup comme des choses radicalement opposées. Provocation des auteurs ? Goût de la contradiction ? (...) V. Reynouard et J.-J. Stormay s’expliquent et justifient leur combat pour la vérité et pour la survie de l’Europe ».

En 2004, Jean-Jacques Stormay avait déjà écrit une petite brochure (de 14 pages) particulièrement éclairante sur leur « famille de penser ». Son titre : « La démocratie est radicalement incompatible avec la pensée de droite ». La notice de présentation à son propos mentionne encore aujourd'hui : « Beaucoup de gens de droite croient que la démocratie est une sorte de coquille vide qui permettrait l’arrivée de n’importe quel régime, pourvu qu’il remporte les élections. Dans cette brochure, J.-J. Stormay explique pourquoi cette opinion est radicalement fausse. Pour cela, il commence par définir ce qu’est la droite. Être de - vraie - droite, ce n’est pas être ''extrémiste'', brailler ''mort aux juifs et aux Arabes…'' ou faire des saluts le bras tendus ; c’est croire qu’il existe un ordre naturel supérieur dont l’homme ne peut s’affranchir sans provoquer des catastrophes. J.-J. Stormay démontre ensuite pourquoi, fondamentalement, toute personne qui pense véritablement à droite ne peut absolument pas être démocrate, à moins de se trahir... ».

Tout un programme... pour les obsessionnels nostalgiques de la croix gammée. Et il semble encore être nombreux dans les mouvances identitaires de l'extrême droite.

Alexandre Vick

© RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 19 novembre 2006


Extrait de Rivarol, un des principaux soutiens de la secte négationniste VHO de Siegfried Verbeke et Vincent Reynourad. Les partisans belges de ce journal pro-négateurs se trouvent essentiellement au sein de la mouvance dite « identitaire » (document : Archives Hugo Gijsels – RésistanceS).


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Pour plusieurs d'informations à propos du négateur Vincent Reynouard, lire aussi :

Le dirigeant négationniste Vincent Reynouard arrêté en France