| RésistanceS 17-11-2006 |
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Extrême droite, négationnisme et antisémitisme
Les autorités intégristes de Téhéran viennent de clôturer un concours international de dessins antisémites. Objectif : nier les crimes nazis contre l'Humanité. Le deuxième pris revient à Chard, la dessinatrice de « Rivarol », un journal d'extrême droite français. En Belgique, ses partisans sont nombreux. Parmi eux, il y a Belgique & Chrétienté. Survol d'une mouvance politique nostalgique de l'Ordre nouveau.
Saluts nazis pour des intégristes islamiques qui n'aiment pas les juifs. Comme Rivarol, un journal raciste qui compte en Belgique de nombreux « amis » (sic). Au début du mois de novembre, l'Associated press informait dans l'une de ses dépêches destinées aux médias que « la dessinatrice française Chard, qui publie régulièrement dans l'hebdomadaire d'extrême droite Rivarol, a obtenu le deuxième prix, doté de l'équivalent de 6.300 euros », du concours iranien de « caricatures de l'Holocauste ». Ce concours avait été lancé, en février dernier par les autorités de Téhéran, suite au scandale suscité par les caricatures du prophète Mohammed, diffusées dans un journal danois, l'année dernière. Depuis le milieu des années 1980, Téhéran est devenue une véritable Mecque internationale du négationnisme. De diverses façons, les autorités politico-religieuses iraniennes apportent un soutien inconditionnel à ceux qui nient l'existence des chambres à gaz homicides mises en place par la dictature nazie pour exterminer les Juifs européens, durant la Deuxième Guerre mondiale. Plusieurs négateurs-menteurs européens ont ainsi pu bénéficier du soutien des ayatollahs et même de l'asile politique en Iran... Chard nie Le 17 août, le site Internet d'extrême droite « Altermedia », proche de Chard, avait lui même diffusé une dépêche disant : « Plusieurs Français dont la dessinatrice française Chard, collaboratrice de l’hebdomadaire Rivarol auraient des dessins exposés » à l'exposition des caricatures de ce concours négationniste. Négationniste mais hypocrite...
Chard est connue pour ses dessins stigmatisant à outrance les Juifs, les Arabes, les Noirs... Spécialiste dans la caricature politique la plus abjecte, elle milite au sein de l'extrême droite depuis bien longtemps, en collaborant notamment à plusieurs titres de la « presse nationaliste ». Elle a énormément publié dans Présent, journal intégriste catholique d'extrême droite. Elle a aussi illustrée les ouvrages d'auteurs néofascistes, comme l'un de l'antisémite Henry Coston (1910-2001). En 1996, Chard sortait de presse un livre de ses dessins, intitulé « Profanation », à l'Æncre, une maison d'éditions parisiennes spécialisée en opuscules néonazis, antisémites et négationnistes. L'année dernière, avec un autre caricaturiste de la même trempe, Konk (dont les dessins étaient notamment publiés en Belgique dans le journal Polémique-Info d'Alain Escada et le sont toujours aujourd'hui au sein de l'extrême droite belge, Vlaams Blok/Belang compris), elle proposait à son public « Le petit révisionniste illustré ». Dans un autre de ses ouvrages, « Ma déclaration des droits de l’homme », une dédicace figure pour le « révisionniste Zündel », un acharné négateur-menteur du génocide juif, actuellement emprisonné en Allemagne pour racisme. Rivarol contre l'« L'Amérique
judéo-nègre » Le journaliste nord-américain Mark Hunter, auteur d'un ouvrage d'enquête sur le Front national français (« Un Américain au Front – Enquête au sein du FN », chez Stock, 1997) décrit dans celui-ci l'ambiance d'un diner-débat parisien avec la « presse nationale », auquel il participa. Au cours de celui-ci : « Camille Galic, une petite femme élégante à la voix rauque, directrice de Rivarol, (hebdomadaire) à l'antisémitisme obsessionnel, saisit le micro. Me tournant vers elle, je la vis, le corps agité de tremblements hurler : ''L'Amérique juive ! L'Amérique nègre ! L'Amérique judéo-nègre ! Encore un de ces extraordinaires moments de libération attendus par tous. Mais celui-ci n'eut pas, en l'occurrence, l'effet escompté. Au lieu d'applaudir, l'assistance resta un instant silencieuse. A ma table, chacun se mit à regarder son assiette. Galic avait dépassé les limites de ce qui est convenable (...), et sa faute était pire car il y avait un étrange dans la salle (...) et c'était exactement le genre de propos qui risquaient de leur nuire à tous s'ils venaient à être imprimés ». La diatribe de la patronne de Rivarol le sera, le 21 avril 1996, dans le New York Times Magazine. Mark Hunter mentionne encore dans son livre qu'après sa sortie antisémite, Camille Galic « dans l'intervalle (...) avait continué, évoquant la ''mafia israélite'' des Hauts-de-Seine. Son antisémitisme était comme une croûte qu'elle ne pouvait s'empêcher de gratter ». Pour le contenu de certains articles,
le soutien au racisme organisé et au négationnisme,
des plaintes ont été régulièrement déposées
contre Rivarol. En avril 1998, cet hebdomadaire est condamné
à une amende de 15.000 francs français de l'époque
pour contestation de crimes contre l’humanité (1). Jean-Marie
Le Pen, président du Front national français, suite
à une interview accordée au journal de Galic et Chard,
en janvier 2005, sera jugé par le tribunal correctionnel de
Paris, en juin 2007, pour « complicité d'apologie de
crime de guerre » et « complicité de contestation
de crime contre l'humanité ». L'avocat de Jean-Marie
Le Pen est un dénommé Wallerand de Saint-Just. Dirigeant,
affilié ou avocat de plusieurs organisations d'extrême
droite (FN, Chrétienté-Solidarité, Agrif, Fraternité
Saint-Pie X...), ce dernier est par ailleurs le co-fondateur de Jus
Patria, avec Henry Laquay, avocat belge et militant de Belgique &
Chrétienté, l'un des principaux « correspondants
belges » de Rivarol. Ce « monde » est petit.
La directrice de Rivarol (deuxième en partant de gauche) à la tribune d'un meeting de la droite nationale pure dure flamande de France, à Lille, en juin 2003. Hervé Van Laethem, ex-dirigeant du groupe néonazi l'Assaut et proche de Belgique & Chrétienté, y était aussi (deuxième en partant de droite). Les amis belges de Rivarol Dès les années 1950, une section belge de l'« Association des Amis de Rivarol » apparaît à Liège, chez des adeptes de Charles Maurras (théoricien français de l'extrême droite catholique intégriste et antisémite). En 1976, Rivarol est promotionné, dans notre pays, par une officine néonazie active au sein de l'Apon... l'Association politique pour un Orde nouveau. Dans les années 1980, un « Comité belge de soutien de Rivarol », animé essentiellement par des activistes du « Clan » (le Cercle de liaison et d'action nationaliste), est mis sur pied. Ce Clan était animé par des individus, militants de l'ultra-droite raciste, du milieu nationaliste-révolutionnaire, des nationaux-chrétiens et un disciple du faux antisémite « Les Protocoles des Sages de Sion ». Dans les années 1990, la diffusion de Rivarol sera toujours soutenu en Belgique, notamment par le Parti des forces nouvelles (un groupuscule néonazi maladivement antisémite), le mensuel Bec et Ongles (d'un fantomatique parti néorexiste, Rex National, à la base du noyau dur du groupe néohitlérien l'Assaut) et Le Bulletin célinien (un mensuel politico-littéraire réalisé à la mémoire de l'écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline). Le directeur-fondateur de ce dernier, Marc Laudelout, sera plus tard l'auteur d'un livre retraçant l'histoire de Rivarol.
Des dessins de Chard se retrouveront, pour leur part, dans diverses publications belges d'extrême droite, comme celle éditée dans les années 1990 par le Club du Beffroi. Mais c'est « Polémique-Info » qui établira des synergies régulières avec Rivarol. De 1995 à 2000, « Polémique-Info » servit de vitrine médiatique à l'ensemble la droite nationaliste pure et dure. Sur son site Internet, un lien redirigeait directement le visiteur vers celui de Rivarol (3). Le service diffusion de « Polémique-Info » s'occupait alors de la vente en Belgique des Ecrits de Paris, le mensuel de l'équipe rédactionnelle de Rivarol. Après la cessation de « Polémique-Info » (suite au départ de sa direction des dirigeants de l'aile droite du Front nouveau de Belgique), le directeur-fondateur de celui-ci, un certain Alain Escada, va poursuivre sa collaboration étroite avec Rivarol.
Article de «
Rivarol » (du 4 février 2005) consacré à
la conférence de sa patronne, à Bruxelles, organisée
par Belgique & Chrétienté (document RésistanceS).
POUR CONSULTER CET ARTICLE
:
Publicité militante pour Rivarol dans Le National, le journal du Front national belge, en février 2006 (document : RésistanceS). « Europe blanche »
et Occident chrétien La négation des crimes des nazis est primordiale pour cette mouvance. La ligne éditoriale de Rivarol en témoigne, comme les dessins de Chard. Il n'est dès lors pas étonnant que l'une de ses caricatures figurent à la deuxième place du concours négationniste organisé par les autorités antisémites de Téhéran. Simon HARYS Notes : © RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 16 novembre 2006
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