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PS comme… Père Samuel ?

Incroyable mais vrai: les plus hautes autorités - PS - de la Ville de Charleroi et de la Région Wallonne ont cautionné l'inauguration en grandes pompes de l'église du Père Samuel, un prêtre intégriste, guérisseur et exorciste, qui fait de la politique… et plaît à l'extrême-droite.


par Alain TONDEUR

Début décembre, les images de l'inauguration de la nouvelle église du Père Samuel à Montignies-Sur-Sambre ont littéralement crevé les écrans de Télésambre, la chaîne locale! En effet, au premier rang des fidèles, les téléspectateurs ont clairement reconnu le ministre président de la Région wallonne - Jean-Claude Van Cauwenberghe, le bourgmestre de Charleroi - Jacques Van Gompel, l'ex-rédacteur en chef du Peuple - Jean Guy (passé à Ecolo !) et le bourgmestre PSC de Dinant - Furneaux (le seul à être à sa place en cette galère, et encore !).

Toutes ces personnalités avaient cru bon de répondre à l'invitation du prêtre intégriste qui ouvrait au public les portes de l'ancien couvent des récollets, racheté pour la bagatelle de seize millions de francs. C'est là dorénavant, et plus dans une grange de Viesville, que le Père Samuel (exclu de l'Eglise catholique) donnera ses messes en latin, chassera le démon par ses exorcismes et guérira les malades par apposition des mains (moyennant rétribution). Le bourgmestre a coupé le ruban, et le ministre-président a pris la parole dans le chœur pour saluer le prêtre et ses ouailles.

Pourquoi les dirigeants du PS carolo ont-ils cautionné un gourou fondamentaliste qui semble sorti tout droit du Moyen Age ? Par électoralisme, tout simplement! Le Père Samuel est populaire. Il draine derrière lui des milliers de gens modestes frappés de plein fouet par la misère matérielle et par la perte du lien social. Le Père Samuel est "social". En août dernier, il était reçu par l'échevine des affaires sociales, Evelyne Huart, à qui il remettait - très médiatiquement - 120.000 francs et des vivres pour le Resto du Coeur. Et le Père Samuel… fait de la politique: depuis l'échec de sa propre liste (liste S.A.M.U.E.L. au Sénat en 1995), il appelle systématiquement à voter PS.

On aurait tort de ramener l'événement à un quelconque dérapage bouffon. En effet, l'affaire est très révélatrice du petit jeu dangereux des dirigeants PS qui courent derrière leur électorat le plus populaire sans se poser de question sur le contenu idéologique de certains phénomènes de société, sur la dynamique politique de ceux-ci et sur les conséquences à moyen et long terme.

L'activité du Père Samuel est une action "globale", à la fois caritative, sociale, idéologique et politique. Chacune de ces facettes est une manifestation de la foi. En d'autres termes, Charles Boniface (c'est son vrai nom) est un pur représentant de l'intégrisme catholique le plus réactionnaire. Le monde, pour lui, doit être régi par la loi de Dieu, pas par celle des Hommes. Tout le monde connaît le passage des Evangiles qui fait la part des choses entre ces deux pouvoirs: il faut "rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". Or, quand Samuel cite cette phrase, c'est pour ajouter que "la politique n'est rien si elle n'est pas religion". Autrement dit, la politique n'appartient pas à "César" (pouvoir des hommes): il faut la rendre à Dieu…. dont Charles Boniface est le serviteur, sinon le représentant.

Le Père Samuel fait de la politique dans un tout autre registre que les partis. Son registre à lui est incompatible avec celui des partis, avec la conception moderne de l'Etat laïc et avec beaucoup d'autres choses encore (la lutte de classe et les droits des femmes, entre autres). De ce point de vue, il n'y a aucune différence entre son intégrisme et les autres intégrismes religieux, quels qu'ils soient. Sous ses dehors folkloriques, charismatiques, populistes, et au-delà de ses déclarations ponctuelles, le Père Samuel incarne un projet d'essence réactionnaire. C'est pourquoi il est inadmissible que des partis politiques "normaux" lui apportent la moindre caution. Il faut le combattre intelligemment, c'est-à-dire en prenant bien garde de ne pas agresser ou ridiculiser ses fidèles, et dans le respect de la liberté religieuse.

Tout cela est l'abc pour les gens de gauche qui ont un minimum d'éducation politique. C'est l'abc aussi pour l'extrême droite. Or, les liens entre celle-ci et le Père Samuel sont discrets, mais ils existent. La Ligue Chrétienne Belge, organisation raciste, nationaliste, intégriste et négationniste, dont le président parlait au meeting de premier mai du FN à Charleroi l'an dernier, a cédé ses avoirs au Père Samuel, lors de sa dissolution en février 2000. Au conseil communal de Charleroi, le jeudi 20 décembre, la conseillère Nicole Vandemaele a mis les preuves sur la table. Le bourgmestre, tout en avouant son ignorance sur la LCB, a répondu sur un ton arrogant en renvoyant dos à dos la gauche radicale et l'extrême-droite. "Je n'ai pas à justifier ma présence" lors de l'inauguration de l'Eglise du Père Samuel, a-t-il ajouté avant de conclure que "rejeter le Père Samuel serait aussi faire preuve d'intégrisme".

Les fidèles du Père Samuel ne sont pas seuls à ne plus savoir à quel saint se vouer. Le PS carolo les suit !

(article mis en ligne sur notre site avec l’aimable autorisation de son auteur. Egalement publié dans « La Gauche » du 7 janvier 2002).

(alain.tondeur@yucom.be)


Face au Père Samuel

La tolérance, vraiment ?

Le Père Samuel amplifie sa percée médiatique. Vendredi 8 mars, le prêtre intégriste carolorégien était la vedette d’un long reportage sur RTL-TVI. Ses propos racistes relancent le débat sur la caution que lui apportent les plus hautes autorités de la Ville de Charleroi et de la Région Wallonne.

Par Alain TONDEUR

De cette émission plus que complaisante, certains ne retiendront que les séances d’exorcisme. Il faut dire que le spectacle est assez croquignole. On voit Samuel chasser le démon d’une maison dont la propriétaire n’a pas assez de clients pour ses chambres d’hôte : « Seigneur faites que cette famille ait des clients » marmonne le prêtre entre deux alléluias. Le comble est la scène sur le pas de la porte, quand Charles Clément Boniface (c’est son nom) dit à la maîtresse de maison : « Madame, c’était nécessaire, j’aurais dû venir plus tôt», sur le ton du plombier qui a eu fort à faire pour détartrer votre chauffe-eau. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que Samuel montre on ne peut plus clairement qu’il fait de la politique. Et quelle politique !

Islamophobie
Au cours de l’émission, Samuel dénonce les trois fléaux qui menacent la société occidentale: « l’insécurité, la sexualité libre et l’islam ». Comme le journaliste lui fait remarquer que ces thèmes sont d’extrême-droite, le prêtre répond que « la vérité n’a pas de pays ». Interrogé plus avant sur l’islam, Charles Clément Boniface estime qu’une mosquée « c’est plus dangereux pour le futur que le nucléaire ». Quand on lui demande s’il faut interdire les lieux de culte musulmans, il esquive la question en la renvoyant aux responsables politique, tout en ajoutant que « bâtir une mosquée ici c’est pire que les SS-20 soviétiques ». Précédemment, Samuel avait déjà déclaré que « chaque musulman qui naît est une bombe pour l’Occident » (« Le Soir », 16 et 17 février 2002).

Voilà de quel bois se chauffe le Père Samuel ! Selon lui, l’islam est le nouveau « péril rouge ». Samuel montre les dents quand on l’accuse d‘être soutenu par l’extrême-droite (1), mais il prend bien garde de ne pas attaquer celle-ci, de ne pas la dénoncer. Qui s’en étonnera ? Il serait certes simpliste d’assimiler Samuel au fascisme. Par contre, on comprend aisément pourquoi des fascistes le soutiennent: à terme, le bouillon de culture idéologique réactionnaire qui grossit autour de Samuel ne peut être propice qu’à l’extrême-droite. Ce n’est pas par hasard que la défunte Ligue Chrétienne Belge a voulu céder ses avoirs au Père Samuel, ni que le journal du Front National l’a recommandé à ses lecteurs, en donnant même son numéro de GSM.

Il est inacceptable de continuer à prêcher la « tolérance » face à Samuel, comme l’ont fait le ministre-président Jean-Claude Van Cauwenberghe, le bourgmestre de Charleroi Jacques Van Gompel et le Carolo-Service (le toutes-boîtes de la majorité PS). Quand notre camarade Nicole Vandemaele l’a interpellé au conseil communal le 23 décembre dernier, le bourgmestre lui a répondu : « Madame, votre propos montre que vous n’êtes pas ouverte à l’accueil d’une autre culture » (2). C’est ce qui s’appelle mettre le problème sur sa tête !

Depuis quand le PS prône-t-il la tolérance face au racisme ? Quant à Van Cau, il a dit son « plus profond respect pour les convictions de nos concitoyens, qu’ils soient juifs, protestants, islamiques, témoins de Jéhovah (sic), catholiques de stricte obédience ou encore catholiques fidèles au Père Samuel » (in « Carolo-Service », de décembre 2001). Pourquoi n’ajoute-t-il pas les partisans de Ben Laden ? Le respect de la foi est une chose, la complaisance face à l’intégrisme politico-religieux des sectes en est une autre. Pour rappel : l’islamophobie est une forme de xénophobie condamnée par la loi Moureaux.

Calcul dangereux
Dans cette affaire, le ministre-président de la Région Wallonne n’agit pas par ignorance mais par calcul. Il soutient Samuel qui, en échange, appelle à voter PS, affaiblit l’église catholique... et attaque Ecolo (3). Mais c’est Samuel qui joue gagnant à terme, parce qu’il peut impunément diffuser son idéologie intégriste dans les couches les plus populaires, et organiser celles-ci autour de ses idées réactionnaires. C’est donc un petit jeu dangereux qui est joué par Van Cau. Il y a quelques années, le Père Samuel et ses ouailles ont envahi l’église de Jumet (chef-lieu). Profitant de leur supériorité numérique, ils ont interrompu la messe pour dénoncer le mode de vie du curé de la paroisse, en des termes très peu chrétiens. Les responsables du PS prêcheront-ils encore la tolérance le jour où les fidèles de Samuel passeront à l’action contre une mosquée, ou contre une clinique pratiquant l’avortement?

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Notes :

(1) Au cours d’une conférence de presse tenue le 4 février, Samuel a menacé Nicole Vandemaele d’un procès pour avoir déclaré au conseil communal qu’il était financé par l’extrême-droite. La conseillère s’appuyait sur l’acte de dissolution de la Ligue Chrétienne Belge, paru au Moniteur un an auparavant. « Je refuse cet argent », a tonné le prêtre. Pourquoi ne l’a-t-il pas refusé plus tôt ? Samuel est représenté par maître Michel Graindorge, qui n’en est pas à son premier combat douteux.

(2) Lors des élections communales d’octobre 2000, la liste Ecolo à Charleroi a été ouverte à des candidats de gauche indépendants, d’abord, à des candidats du POS et du PC, ensuite. Contactée dans le cadre de l’ouverture « du premier type », N. Vandemaele a été élue avec un score personnel important. Le POS avait mené campagne pour elle et pour d’autres candidats représentatifs des mouvements sociaux.

(3) Quelques citations extraites de l’émission : « les Ecolo sont de mauvais arbres, ils ne peuvent pas porter de bons fruits » ; «ils ne peuvent rien faire pour le peuple » ; « le peuple croit qu’avec Ecolo chacun aura une piscine, un jardin, une maison, mais ce n’est pas vrai : depuis qu’ils sont au pouvoir le peuple est plus pauvre ». La ficelle est un peu grosse, non ?

 

(article mis en ligne sur notre site avec l’aimable autorisation de son auteur. Egalement publié dans « La Gauche » du 23 mars 2002.).

(alain.tondeur@yucom.be)

 

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