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Scientologie 12 brochures
pour convertir

La secte de Scientologie a de l’argent, et de la suite dans les idées. Aussi, après s’être rapprochée du Parlement européen, entreprend-elle maintenant de diffuser ses brochures de propagande dans les différentes instances parlementaires. Avec un objectif unique : faire passer l’idée que la Scientologie est indispensable au bien-être de l’humanité.
RésistanceS a donc résolu de se pencher sur ces douze brochures, distribuées à raison de une par mois pendant toute l’année 2004. Pour démasquer le discours sectaire sous ses habits de vertu.

Janvier : Des outils pour réussir sa vie
Février : Sauver des vies de la drogue
Mars : Accroître le niveau d’alphabétisation
Avril : Fournir une aide efficace à la collectivité
Mai : inculquer la confiance, l’honnêteté et le respect de soi
Juin : Ron Hubbard : Façonner le 21ième siècle grâce à des solutions pour un monde meilleur
Juillet : Faire des droits de l’homme une réalité
Août : Protéger le droit à l’information
Septembre : Défendre la liberté de religion
Octobre : Un journalisme d’investigation d’utilité publique
Novembre : Lutter pour faire respecter les droits d’autrui
Décembre : L’Eglise de Scientologie – un regard sur le futur

Vous trouverez d'autres articles sur la Scientologie dans notre dossier Sectes.

 

 

Brochure n°1 : « Des outils pour réussir sa vie »

Hors de la religion de Scientologie, point de salut…

Avec la première de ses brochures prétendument informatives, la Scientologie frappe fort, sur l’air de « nous ne sommes pas une secte, mais une nouvelle grande religion encore injustement méconnue dans certaines contrées ». Une grande religion au message pour le moins confus, voire sectaire.

Le monde évolue, nous bénéficions aujourd’hui de progrès technologiques et scientifiques extraordinaires, et pourtant nous ne sommes pas heureux. Guerre, conflits, terrorisme, drogue, chômage, etc. : tous ces fléaux font que notre vie n’est pas aussi belle que nous pourrions l’espérer. C’est sur ce constat que s’ouvre la première des douze brochures éditées par la Scientologie. Cette dernière, une fois de plus, n’y va pas par quatre chemins, affirmant d’emblée qu’elle détient la clé de notre bonheur, lequel passe par une meilleure compréhension de nous-mêmes et de nos semblables. Vague théorie à prétentions psychologisantes ? Que nenni ! La Scientologie, c’est bien plus que cela, et bien autre chose : une « religion », et une « technologie ». Excusez du peu…

Un voyage à la découverte de soi – sous bonne escorte…
En fait de religion, la Scientologie est même une grande religion, qui, à en croire la luxueuse brochure destinée à nous en convaincre, est en passe de faire de l’ombre à ses sœurs aînées. Car la Scientologie tient ses promesses. En d’autres mots, elle « marche ». C’est du moins ce qui est affirmé dès la troisième page, et qui sonne comme une critique discrète des autres religions. En quoi marche-t-elle ? En ce qu’elle permet d’ « atteindre des états de conscience qu’on pensait hors de portée ». Bigre !
Grande religion, la Scientologie a cependant tout pour plaire aux indécrottables rationalistes et autres laïques : en effet, elle « ne s’érige pas en autorité. Elle n’exige aucune croyance. Au contraire, la personne apprend à penser par elle-même et à ne tenir pour vrai que ce qui est vrai pour elle. C’est un voyage à la découverte de soi ». C’est là que les choses se compliquent, du moins pour les esprits retors que le cartésianisme n’a pas tout à fait épargnés. Car ce voyage à la découverte de soi, l’apprenti scientologue va nécessairement l’effectuer sous bonne escorte : celle du maître, Ron Hubbard, celui-là même dont les Ecritures méritent une majuscule…
Dès lors, la contradiction est permanente : si la Scientologie prétend libérer l’homme, lui permettre de « poursuivre personnellement sa voie », elle précise d’emblée que « cette voie est clairement tracée dans les Ecritures de la religion de Scientologie, qui comprennent plus de 500 000 pages, 3 000 conférences enregistrées, et une centaine de films, tous du fondateur de la religion de Scientologie, Ron Hubbard ». Il s’agira donc, au sein de la Scientologie, de suivre personnellement et en toute liberté une voie toute tracée par un autre, et que l’on mettra des années, ou mieux toute une vie, à découvrir à grands frais…
Et pour être sûr que nous ne la manquions pas, cette voie, le sieur Hubbard a élaboré une « technologie religieuse » destinée à augmenter notre potentiel spirituel : « l’audition », laquelle peut se faire en groupe ou en individuel, et avec l’aide précieuse d’un électropsychomètre ou électromètre. Un appareil dont l’inefficacité a été amplement démontrée, si ce n’est peut-être pour ses vertus déstabilisatrices : son aiguille est en effet censée indiquer notre état spirituel, état dont nous-mêmes ignorons bien sûr souvent tout…

Et Dieu, dans tout ça ?
Sur ce chapitre, la brochure – censée nous donner envie d’atteindre le stade envié de « clair » – manque singulièrement de clarté. Certes, on peut y lire que « l’homme a été envoyé sur la Terre pour y déterminer son propre salut spirituel », et que l’ascension en Scientologie permet à l’homme de « comprendre de mieux en mieux (…) sa relation avec l’Etre suprême » ce qui laisse à penser qu’il existe un Etre suprême à la volonté de qui notre présence ici-bas est liée, ainsi qu’un salut possible dans l’au-delà. De tout cela, cependant, la brochure ne parle pas, préférant s’appesantir très longuement sur les vertus de Ron Hubbard.
Messie ? Disciple ? Fils spirituel ? Réincarnation ? De tout cela, nous ne saurons rien, sinon que son génie est tel que ses écrits – nous ne parlons pas ici de ses romans de science-fiction, mais de ses ouvrages relatifs à la Scientologie – méritent une majuscule. C’est également la parole de Ron Hubbard que les disciples sont invités à mâcher et remâcher chaque jour, en lisant ses livres et en écoutant ses conférences enregistrées. À n’en pas douter, Ron Hubbard incarne la parole divine elle-même, et l’incarne si bien qu’on finit par ne plus très bien voir ce qu’un « véritable » dieu apporterait de plus à la « religion » de Scientologie. Nulle part en effet, on ne nous parle d’une révélation qu’aurait reçue Ron Hubbard. Non, c’est manifestement grâce à son intelligence exceptionnelle que cet homme a mis à jour, tout seul, les principes de la dianétique et autres fondements de la Scientologie. Laquelle a depuis fait des petits, en l’espèce des associations « séculières » soutenues par l’Eglise et qui « offrent bénévolement leur temps et leurs talents ». Et de citer Narconon, Criminon et Applied Scholastics International (APS)…

Le prix de l’élévation
Dans son immense bonté, Hubbard n’a pas voulu que son savoir s’éteigne avec sa mort. Il a donc mis à disposition de ses adeptes toute une série de cours, livres et autres « Ecritures » qui, pour la modique somme de ……(1), feront demain de ceux-ci des êtres tout-puissants, ou presque : « Un scientologue formé comprend pourquoi des relations personnelles échouent. De plus, quand un ami a des difficultés conjugales, il peut l’aider efficacement à les résoudre. Quand il s’occupe d’un enfant qui a des difficultés scolaires, il peut en trouver la raison et y remédier de façon définitive, sauvant ainsi l’avenir de cet enfant ». De véritables petits dieux sur Terre, en quelque sorte…
Tout cela, bien sûr, a un coût. Un coût qui est non seulement passé sous silence, mais encore nié dans une brochure qui n’a de cesse de mettre en exergue le caractère bénévole de l’aide que les scientologues apportent à l’humanité reconnaissante…
Or, les témoignages ne manquent pas, qui attestent de l’exploitation financière dont sont victimes de nombreux adeptes. Ainsi Alain Staffen, qui a intenté récemment un procès à la secte, dit-il s’être vu réclamer plus de 16.000 € pour des séances d’auditions qui l’ont par ailleurs plongé dans une confusion croissante. Quant au récent numéro spécial de Charlie Hebdo consacré aux sectes (2), il cite la somme exorbitante de 2.400 € pour l’indispensable purification destinée à nous débarrasser des toxines emmagasinées depuis notre naissance, et estime à un minimum de 15.000 € la somme nécessaire à atteindre le stade ultime de « OT » (Thétan opérant)…
Dans ce contexte, il est savoureux de constater qu’un encart consacré au profil des scientologues les dépeint comme ayant majoritairement « une bonne situation » et étant « productifs ». On voit mal en effet ce que ferait la Scientologie de personnes sans situation, et on sait qu’elle se donne beaucoup de mal pour recruter de nouveaux membres parmi les eurocrates (3) ou les industriels par exemple…

Ron Hubbard, notre meilleur ami
Quatre pleines pages sont enfin consacrées à l’inventaire des jugements, décrets et autres enregistrements qui ont conféré à la Scientologie un statut de religion, en Europe et ailleurs. Pas une ligne en revanche des nombreuses condamnations de l’Eglise ou d’éminents de ses membres pour malversations, exercice illégal de la médecine, non assistance à personne en danger ou autres violations de la loi sur la vie privée.
Non : la Scientologie est une religion méconnue, victime de l’obscurantisme des hommes qui n’ont pas encore été foudroyés par l’évidence de la science hubbardienne. Et dans le registre du « plus c’est gros, mieux ça marche » les rédacteurs de cette première brochure n’y vont pas de main morte, lorsqu’ils affirment que « l’une des raisons principales pour lesquelles les gens s’intéressent à la Scientologie [c’est] qu’elle n’est pas fondée sur l’autorité et l’arbitraire ». Avant de conclure, dans une belle envolée, qu’avec Ron Hubbard, « le monde n’a pas de meilleur ami »…
Un ami un brin inquisiteur, cependant, si l’on en juge par l’édifiant site RTC (Centre de Technologie Religieuse) de la Scientologie (4), lequel permet de dénoncer en ligne tout acte « suppressif » commis par une personne – qu’elle soit par ailleurs scientologue ou non. Permet ? Disons plutôt « impose », dès lors qu’est elle-même d’emblée considérée comme « suppressive » « toute personne interdisant ou conseillant de ne pas écrire de rapport de connaissance à RTC ». Tout comme est considérée comme « suppressive » toute personne organisant une dissidence scientologique, fût-ce en la baptisant d’un autre nom ; toute intention anti-Scientologie – n’oublions pas que l’électromètre traque même nos intentions ! – ; tout refus de se soumettre à un « confessionnal » ou de « répondre à une question qui réagit sur l’électromètre » ; et enfin… « toute personne qui a subi des implants dans cette vie-ci » !
Quant à quitter la Scientologie publiquement, il s’agit évidemment d’un acte suppressif majeur.
Mais d’autorité et d’arbitraire, n’en cherchez pas dans la Scientologie : c’est une école de la liberté, puisqu’on vous le dit !

Nadia GEERTS

© RésistanceS – Bruxelles – Belgique – 2 juin 2004


(1) Selon un tarif en vigueur en janvier 2002, les livres sur la dianétique coûtent de 8,92 € (pour le basique en édition de poche) à 57,02 €. « Le Manuel de Scientologie », quant à lui, coûte la bagatelle de 156,17 €. Citons pour mémoire l’électromètre (à partir de 586,74 € et jusqu’à 7237,73 € pour le modèle Hubbard Professional) ou le buste de Ron Hubbard lui-même (8552,33 € pour le grand modèle, un peu plus de 3000 pour le petit), qui aident sans nul doute l’adepte à mieux s’imprégner des écrits hubbardiens... Des réductions sont possibles pour les membres, l’idéal étant évidemment de s’affilier « à vie », afin de bénéficier d’une réduction substantielle.

(2) Charlie Hebdo saute sur les sectes, hors-série, mai 2004.

(3) Dans son hors-série sur les sectes, Charlie Hebdo dénonce le lobbying permanent exercé par les scientologues au Conseil de l’Europe, et épingle notamment, sous le titre « quelques succès du lobby sectaire au conseil de l’Europe », une recommandation condamnant le traitement médical des enfants hyperactifs (mai 2002) ou une déclaration vantant les mérites de Narconon. Deux chevaux de bataille de la Scientologie…

(4) www.rtc.be