RésistanceS.be 03-07-2009

Il affirmait ne plus être au Front national, mais...


Tonnelier dévoile son appartenance politique sur Facebook


Militant et responsable du Front national durant plus de dix ans, Georges-Pierre Tonnelier affirmait avoir quitté l'extrême droite. Pourtant plusieurs indices démontraient le contraire. RésistanceS.be a mené l'enquête, avec le concours de Facebook, pour exploiter ces indices et prouver son appartenance continue au Front national. En voici son résultat.


A l'été 2008, Georges-Pierre Tonnelier, militant et dirigeant du Front national dès le milieu des années nonante, affirmait partout qu'il n'était plus d'extrême droite... Dans le cadre d'une véritable campagne de propagande, il a envoyé des centaines d'e-mail, de fax et de courriers postaux à des dizaines d'associations et organismes antiracistes, ainsi qu'à des responsables de ceux-ci pour affirmer qu'il était devenu «quelqu'un de bien», puisqu’il avait rompu avec l’extrême droite.

Depuis de nombreux mois, il a ainsi «harcelé» le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (MRAX), la Ligue des droits de l'Homme, RésistanceS.be et le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme. Son objectif : exiger de ces organismes qu'ils retirent de leur site Internet toutes références à sa personnes (références qui mentionnaient qu'il était un des responsables du Front national, poursuivi devant les tribunaux pour racisme et déjà condamné pour ce motif). Raison évoquée : le «droit à l'oubli». Georges-Pierre Tonnelier estimant que son militantisme remontait à ses années de jeunesse. Aujourd'hui, il n'a pourtant que 31 ans...

RésistanceS.be a pour sa part, dès le 30 novembre 2008, publié un article expliquant cette «reconversion» de l'ex-responsable frontiste («Georges-Pierre Tonnelier et l'extrême droite : c’est fini» ).

Membre du Front national de Daniel Féret dès les années nonante, il a ensuite participé à diverses initiatives d'extrême droite et y a multiplié des fonctions importantes : responsable des jeunesses frontistes, webmaster, assistant parlementaire, tête de liste aux élections communales, etc. En avril 2007, il participait à la mise en place en Belgique d'un Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen, avec la plupart des députés et dirigeants du Front national. Sa participation active dans l'extrême droite pendant plus de dix ans lui vaudra également des ennuis, essentiellement judiciaires. En 2006, il fut condamné en appel avec Daniel Féret, le président-fondateur du FN, pour racisme. En 2008, la justice condamna Georges-Pierre Tonnelier pour des propos antisémites.

Récemment, suite à une plainte du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, il était jugé pour avoir été le webmaster, au début des années 2000, d'une maison d'édition d'extrême droite publiant des textes racistes. Le directeur de cette dernière, Bernard Mengal, fut reconnu coupable et condamné mais pas Georges-Pierre Tonnelier en raison d'une participation technique à cette «entreprise». Le tribunal correctionnel de Bruxelles a jugé le concernant :

«(...) le prévenu TONNELIER ne fut que le "Webmaster", fonction purement technique décrite de manière détaillée par sa défense dans ses conclusions (...). Il échappe donc à toute responsabilité dans le cadre de la responsabilité en cascade. Les poursuites sont irrecevables à son encontre».

Cependant, la justice a reconnu qu'il avait bel et bien été le responsable de la création du site de ces éditions désormais jugées en infraction avec la loi antiraciste.


Campagne de propagande tous azimuts
Suite à cette décision judiciaire rendue en sa faveur, Georges-Pierre Tonnelier s'est relancé dans une campagne de propagande tous azimuts pour proclamer qu'il avait été «acquitté» (sic), là où la justice a déclaré les poursuites irrecevables à son encontre. Dans le cadre de sa campagne, il a clairement mis en cause plusieurs personnes (un commissaire de police) et des organismes (le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme – qui avait déposé plainte contre lui – et RésistanceS.be). A l'encontre de RésistanceS.be, l'ex-responsable du Front national a porté des accusations graves.

L'asbl gestionnaire du site RésistanceS.be devrait pour cette raison, dans les jours qui viennent, déposer plainte contre Georges-Pierre Tonnelier pour diffamation et calomnie, voire pour harcèlement. En effet, il n'a pas cessé durant plusieurs mois d'envoyer des e-mail et aussi des SMS à des membres de RésistanceS.be, y compris le samedi soir. Avec toujours le même motif : exiger de RésistanceS.be la suppression sur son site de toute référence à sa personne pusqu'il n'était plus actif politiquement.

Au même moment, la rédaction de RésistanceS.be continuait a recevoir des informations selon lesquelles, Georges-Pierre Tonnelier était - malgré ses déclarations resté actif au sein du Front national (voir ci-dessous notre encadré). Ces informations furent vérifiées et confirmées auprès d'autres sources. Pour en avoir une confirmation encore plus formelle, il a été décidé de faire un«testing», sur le modèle de ceux réalisés en France par SOS Racisme ou dans le cadre d'enquêtes journalistiques d'investigation. Cette méthode (par exemple avec des caméras cachées) se justifie déontologiquement si elle constitue le seul moyen pour pouvoir prouver une information contredite publiquement par les intéressés concernés.


La page d'accueil d'Isabelle R, « amie » sur Facebook de Georges-Pierre Tonnelier.


Sur Facebook, Tonnelier affirme qu'il est...
Le profil d'une militante d'extrême droite, au nom de «Isabelle R», fut créé sur le réseau social Facebook. Très vite, celle-ci a eu une liste d'amis très marqués politiquement. Dont certains ne cachant pas leur admiration nostalgique pour l'Ordre nouveau, des idéologues et des écrivains fascistes, le «White power», la croix celtique des néonazis ou Léon Degrelle. Ce profil ne pouvait laisser aucun doute sur l'appartenance idéologique à l'extrême droite de cette militante.

Le 18 juin dernier, Georges-Pierre Tonnelier la contacta de sa propre initiative via le site d'échange Badoo. Non membre de celui-ci, «Isabelle R» l'informa par e-mail qu'elle ne pouvait donc pas répondre à son message :

«Monsieur,
Je ne suis pas membre de Badoo et ne souhaite pas l'être. Je ne peux hélas pas prendre connaissance de votre message. De quoi s'agit-il ? Dans l'attente de vous lire, veuillez recevoir, Monsieur, mes plus cordiales salutations
».

«Isabelle R» proposa ensuite à Georges-Pierre Tonnelier de devenir son ami sur Facebook. Le 1er juillet, il lui envoya ce message :

«Merci d'avoir demandé à devenir ami sur Facebook. J'accepte bien volontiers votre demande ! Je vois que vous êtes clairement engagée en faveur des idées nationalistes, c'est très bien ! Dans quelle région habitez-vous ? Au plaisir de vous lire».

Evoquant donc des «idées nationalistes» communes, il termina son message en lui laissant également son numéro de téléphone portable. Le lendemain, la jeune militante lui répondra qu'elle était en effet acquise aux idées nationalistes mais était très déçue des résultats électoraux de l'extrême droite le 7 juin dernier aux élections régionales. La réponse de Tonnelier ne se fit pas attendre. Le 2 juillet, il lui écrit :

«Chère Madame,
En effet, le Front National a connu un gros échec ces dernières élections, mais sa direction, dont je suis fort proche, est bien décidée à reprendre les choses en main.
Patrick Sessler (le vice-président de ce FN et son véritable dirigeant, note de RésistanceS.be) est quelqu'un de bien et de déterminé et je suis persuadé qu'il arrivera, avec mon aide et celle d'autres proches, à redresser la barre.
N'oublions pas que ce parti sort de 20 (sic) de mauvaise gouvernance...
Je pense vraiment que le FN, de Patrick Sessler, est le parti qui aura un avenir dans les années qui viennent, même si, par exemple, il adopte une autre dénomination.
Pour l'instant, bien sûr, tout est en sommeil, mais toutes les démarches sont tout de même réalisées pour remettre la main sur la dotation publique qui est dévolue au FN.
Avez-vous déjà eu un contact avec ce parti ?
Salutations nationalistes,
Georges-Pierre
».



... membre du Front national !
Dans un deuxième e-mail, toujours daté du 2 juillet, l'ex-officiel ancien membre du Front national dira :

«Chère Isabelle,
FN PLUS est une dissidence du FN, qui a été créée par deux anciens élus du FN, qui ont été mis dehors pour des raisons diverses et n'ont donc pas pu figurer sur la liste du FN. Du coup, ils ont voulu faire leur propre liste, mais elle n'est promise à aucun avenir, comme toutes les dissidences du FN.
Le FN de Patrick Sessler est quant à lui le seul parti légal et réel, qui porte le nom "Front National" et a comme sigle "FN". C'est le parti qui a été fondé en 1985 par Daniel Féret, qui est aujourd'hui exclu (et a pris sa retraite en France).
Pour ma part, je suis en effet membre du FN (je suis un proche de Patrick Sessler), mais je m'efforce de me faire discret, en raison d'ennuis judiciaires qui me restent à résoudre.
L'une de mes tâches essentielles, pour l'instant, est de faire connaissance avec les personnes qui s'intéressent au FN et de faire le point sur les attentes, les souhaits, les volontés de s'engager...
Je pense que d'ici quelque temps, le parti (après les vacances) va pouvoir se remettre en route et aura alors besoin de toutes les bonnes volontés.
Je suis intéressé par en savoir plus sur vos motivations et par faire votre connaissance.
@+,
Georges-Pierre
».



«Isabelle R» avait des «amis» sur Facebook bien marqués à l'extrême droite, voire mêmes proches des milieux néonazis. Ce qui n'a pas semblé être un problème pour Georges-Pierre Tonnelier.

Informé par Georges-Pierre Tonnelier lui même qu'il était membre du Front national, «Isabelle R» lui demanda ensuite les démarches éventuelles à faire pour adhérer à son parti. Elle profita également de l'occasion pour lui dire qu'elle avait été visiter le site du FN et qu'elle le trouvait très bien, contrairement à d'autres sites nationalistes. Elle demanda à Tonnelier de féliciter de sa part le webmaster et s'excusa aussi de l'avoir comparé à Mesrine quand il lui avait écrit qu'il avait des ennuis judiciaire («Isabelle R» avait de manière naïve écrit : «Vous avez des ennuis judiciaires ? J'espère que vous n'êtes pas un gangsters, style Mesrine», suivit d'un petit bonhomme avec sourire). Sa réponse arriva le 3 juillet :

«Lol non pas du tout, je me suis fait à l'idée d'être l'ennemi public numéro un, depuis quelques années déjà.
Je suis un authentique délinquant politique, poursuivi pour délit d'opinion ! En fait, je pense que Mesrine avait moins de dossiers ouverts contre lui que moi.
Cela dit, si j'ai été condamné en 2006, pour un tract électoral jugé "raciste", je suis occupé à gagner tous mes autres procès. Je viens d'être acquitté dans une affaire de racisme pour un site internet que j'avais réalisé en l'an 2000, par exemple.
A propos, merci pour le compliment : le webmaster du site du FN, c'est bibi.
Si vous souhaitez devenir membre du FN, vous pouvez verser dix euros sur le compte du FN (http://www.fn.be/devenir-membre.html) 751-2032748-56 avec la mention «membre 2009».
Si vous voulez, nous pouvons nous rencontrer, histoire que je puisse vous expliquer plus de détails sur la vie politique belge, puisque mes talents pédagogiques sont enfin reconnus...
Et puis, on peut aussi se tutoyer, non ?
Bises,
Georges-Pierre
».

La correspondance entre «Isabelle R» et Georges-Pierre Tonnelier s'est arrêté ici, de la volonté de la première.


Sur son espace Facebook, Georges-Pierre Tonnelier combat le racisme... uniquement anti-blanc en utilisant le visuel de propagande d'une organisation néofasciste français ! Comme par hasard ?


Par clavier, il reconnait (enfin) la vérité
Par cet échange d'e-mails, il ressort que Georges-Pierre Tonnelier affirme clairement qu'il est toujours proche de la direction, membre et responsable du Front national. Il reconnaît aussi être son webmaster. Ces informations données à une militante supposée d'extrême droite sont en contradiction totale avec la campagne de propagande qu'il a lancé depuis près d'un an pour être réhabilité au sein de la «société démocratique», comme il le dit. Georges-Pierre Tonnelier abuse donc tout le monde et utilise le double langage pour camoufler la poursuite de ses activités politiques au sein de l'extrême droite.

Aujourd’hui, c’est le principal intéressé qui vient de reconnaître par clavier cette vérité…

La rédaction de RésistanceS.be

Tonnelier toujours au Front national ?


Des indices avoués désormais

 


Georges-Pierre Tonnelier affirme être encore aujourd'hui un proche de Patrick Sessler, le vice-président-dirigeant du Front national belge. Ci-dessus, ce dernier pose en 1985 avec l'ex-nazi Belge Léon Degrelle, en 1989 avec le néonazi négationniste Olivier Mathieu et en 2008 avec Jean-Marie Le Pen, le président-fondateur du FN français. Les amitiés politiques de longue date et actuelles de Sessler ne semblent pas être un souci pour Georges-Pierre Tonnelier...

 

Georges-Pierre Tonnelier criait sur tous les toit qu'il n'était plus au Front national. Dans l'objectif sans doute de se blanchir dans le cadre de la poursuite de ses études universitaires et son futur plan de carrière. Et pourtant, la rédaction de RésistanceS.be a reçu plusieurs informations affirmant le contraire. Informations désormais confirmées et prouvées. Quelques exemples.

En avril de cette année, il est parvenu par e-mail à la rédaction de RésistanceS.be ce message d'un ancien responsable d'extrême droite (nom connu de la rédaction) :

«Je peux vous garantir avec certitude que le dénommé Tonnelier simule totalement sa repentance.
Il travaille activement pour Patrick Sessler, notamment pour tout ce qui est informatique et juridique. Ce dernier exige cependant que cela soit dans la plus grande discrétion

Auparavant, la rédaction de RésistanceS.be avait déjà reçu un vent favorable, au sujet d’un échange d'e-mail entre Georges-Pierre Tonnelier et un ancien de ses compagnons politiques (nom également connu de la rédaction). Il y était question clairement de la poursuite de la collaboration du premier avec la direction du Front national. Cette collaboration datait d'il y a pas six mois et concernait notamment la gestion Internet du parti !

Rajoutons ceci : à plusieurs reprises, Georges-Pierre Tonnelier a été vu récemment en compagnie de Patrick Sessler et Daniel Huygens, vice-président et président du Front national, notamment lors du dépôt de la liste européenne de ce parti d'extrême droite, en avril dernier, rue des Colonies à Bruxelles au SPF Intérieur. Lors de la séance d'admission définitive des listes régionales par le bureau électoral de l'arrondissement de Charleroi, le 14 mai dernier, le même Tonnelier y était présent en compagnie du président frontiste, Daniel Huygens, comme le confirment plusieurs témoins et un autre élément de preuve. Les témoignages récueillis confirment également qu'après l'acceptation de la liste, au bout de deux heures d'attente, Georges-Pierre Tonnelier accompagna le président du FN et d'autres de ses proches au «Saint Yves», un café bien connu du monde judiciaire de Charleroi. Dans celui-ci, Tonnelier affirma à plusieurs personnes qu'il était le «conseil juridique du FN de Sessler» (sic).

Pour se défendre, contacté par RésistanceS.be, il reconnu être présent à ce dépôt de liste, mais uniquement sous les conditions d'un lien financier : il y assistait juridiquement l'avocat officiel du Front national ! C'est-à-dire qu'il avait été engagé par ce dernier dans le cadre d'un contrat de travail. Explication un peu courte. D'autant plus que depuis près d'un an, il avait affirmé avoir quitté et n'avoir plus aucun lien avec ce parti d'extrême droite... Etonnant donc qu'il accepte de travailler pour celui-ci.

 

 

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 3 juillet 2009.


 

Sur Facebook, Georges-Pierre Tonnelier est devenu l'ami d'une militante d'extrême droite... et lui a proposé d'adhérer au Front national...


Lire sur RésistanceS.be à propos de ladite «conversion» de Georges-Pierre Tonnelier, l'article suivant :

Georges-Pierre Tonnelier et l'extrême droite : c’est fini