L'ombre de l'extrême droite ? Plusieurs organisations néofascistes ou d'ultradroites ont été citées dans le cadre des enquêtes sur les « années de plomb » belges. « RésistanceS », en collaboration avec le mensuel belge « Avancées », vous propose une courte présentation de celles-ci. Le Centre politique des indépendants et cadres
chrétiens (CEPIC) Dirigé par Paul Vanden Boeynants (qui en deviendra son président en 1977), le baron
Benoît de Bonvoisin, Jean-Paul Grafé, José Dessertes, feu Jean Breydel, Cécile Goor,
Joseph Michel, Paul Vankerkhoven et bien d'autres, le CEPIC, lors de son premier congrès
en 1975, reçut les encouragements de Léo Tindemans (le premier ministre CVP de
lépoque). Il faut dire que le nom du CEPIC, associé à lextrême droite, revenait
régulièrement à la une de lactualité dans le cadre d'investigations sur des
dossiers dits « chauds ». Paul Latinus, le chef du groupe secret néonazi WNP,
avait même été protégé par certains de ses leaders. Plus tard, le Parti des
forces nouvelles (un groupuscule néonazi issu du Front de la jeunesse) accusera le CEPIC
de lui avoir piqué son programme politique écrit en 1975, d'avoir confisqué
« lénergie militante des nationalistes » et détourné les
« résultats des actions » du FJ daprès l'article « Au royaume
pourri de Belgique » publié dans son mensuel « Forces Nouvelles »,
n° 80, en 1990. Cercle culture et liberté Cercle des Nations (CDN) « Cafétéria ultra-chic » du Cepic, on trouvait dans son conseil d'administration des intégristes nationaux-catholiques, un des plus grands promoteurs immobiliers de Bruxelles, son ami Paul Vanden Boeynants. Egalement fréquenté par des « socialistes » (par exemple par Guy Mathot), le CDN servait d'adresse de contact à plusieurs organisations ultra-droitistes, tel le Centre européen de documentation et d'information (CEDI) de Paul Vanderkhoven, le patron de la Ligue internationale de la liberté (LIL) et de la section belge de la World anticommunist League (WACL). Quasi moribond et victime du succès du Cercle gaulois (un haut lieu mondain moins « ultra-droite »), le Cercle des Nations fit place, en 1998, au Cercle de Lorraine. Delta Nord Après sêtre chargé du service de renseignement du Front de la jeunesse (FJ), Paul Latinus créa dès 1979, dabord en parallèle ensuite en dehors du « Front », une organisation clandestine. Elle prit le nom de Delta Nord et regroupait les éléments les plus radicaux du FJ. Après la fuite précipitée de deux de ses membres (Béatrice Bosquet et Jean-Marie Paul), lactivité de Delta Nord prit fin. Quelques temps plus tard, le WNP le remplacera. Au sein de celui-ci, les références à « Delta » seront toujours faites. Ainsi en 1983, dans son mensuel « Thingvellir », un poème intitulé « Révolte » et faisant explicitement référence à Jean-Marie Paul (qui « est en fuite pour sêtre défendu ») est signé par le mot « Delta ». Europese partij-Parti européen (EPE) Ce minuscule petit parti néonazi fut actif, entre 1971 et 1989, à Bruxelles. Son dirigeant-fondateur, feu Jacques Borsu, dans les années 60, avait milité dans lorganisation Jeune Europe. Par la suite, il sengagea comme mercenaire en Afrique sous les ordres de Bob Denard. LEPE collabora avec plusieurs structures dextrême droite (dont les NEM-Clubs, le Front de la jeunesse,...) et avec dautres qui servaient de lieu de rencontre entre les radicaux de cette mouvance et des milieux plus fréquentables (Comité Hongrie 1956-1976 ou Pro Vita, par exemple). Des contacts entre le dirigeant de lEPE et des personnalités du CEPIC eurent lieu. En juillet 1976, « Europe en Avant » (« l'organe de combat du Parti européen ») publia une interview de Robert Verbelen, un ancien nazi belge recruté après la Guerre 40-45 par lun des services secrets américains. Ce « parti européen » fut lallié francophone du Vlaamse militanten orde (VMO). Lors du procès de ce dernier, en 1981 à Anvers, Borsu fut dailleurs condamné. Autres liens: des organisations néonazies internationales comme le Nouvel ordre européen (NOE), lANS (groupuscule terroriste allemand), le Mouvement européen, ainsi que Léon Degrelle. Des activistes de lEPE se retrouveront au WNP. Parmi eux : Christian Elnikoff. Suite au décès de Jacques Borsu, le 2 novembre 1989, lEPE disparut.
Front de la jeunesse (FJ) Léminence grise du FJ était Emile Lecerf, le rédacteur en chef du « NEM ». Les premiers objectifs de lorganisation: loccupation du terrain politique sur les campus universitaires, mais aussi la formation idéologique de ses adhérents. A ses débuts, le FJ servait surtout de groupe daction à plusieurs dirigeants du CEPIC et « travaillait » pour le Public information office. Une dizaine de gendarmes militaient clandestinement dans ses rangs. Ils faisaient partie du Group G. Des renseignements politiques étaient récoltés par le FJ sur lextrême gauche et les mouvements pacifistes. Jean Bultot y milita, tout comme lactuel dirigeant du Vlaams Blok, Johan Demol. En 1981, des activistes frontistes participèrent à lattentat contre le journal progressiste « Pour ». Group G Section du Front de la jeunesse (FJ) qui regroupait clandestinement des gendarmes dextrême droite. Elle était directement sous les ordres de Francis Dossogne, le chef du FJ. Plusieurs membres du Groupe G seront cités dans les enquêtes sur les « années de plomb ».
Mouvement social populaire (MSP) Le MSP fut le nom quadopta, à la fin des années 70, lAssociation politique Ordre nouveau (APON). Objectif: brouiller les pistes. Depuis 1976, lAPON rassemblait les dissidents « nationalistes-révolutionnaires » du Front de la jeunesse qui salignaient officiellement sur des positions antirégimistes et préconisaient la « révolution fasciste ». Nous étions alors à lépoque où, en Italie, la stratégie de la tension battait son plein. Et justement, lAPON-MSP travaillait politiquement avec le cercle Culture et Liberté. Fondé en 1975, les liens de celui-ci avec des organisations italiennes dextrême droite impliquées dans le terrorisme étaient connus. Le verni antirégimiste nempêcha pas les animateurs belges du cercle Culture et Liberté dinviter le major Jean Bougerol à donner une conférence sur la subversion gauchiste aux militants néofascistes. Ce major était alors toujours lié au Front de la jeunesse et au CEPIC (laile droite du PSC). Trois ans plus tard, « Solidaire », lhebdomadaire du Parti du Travail de Belgique (PTB), publiera une enquête exclusive sur les missions dinfiltrations organisées par le MSP dans toute une série de mouvements de gauche, divers comités progressistes et partis politiques. Ses missions particulières faisaient-elles partie dun plan plus vaste? Le MSP sétait-il transformé en réseau despionnage parallèle ? Si oui, pour le compte de qui ? Au service de celui organisé alors par Jean Bougerol ? Aucune réponse ne sera apportée à ces nombreuses questions. A lheure actuelle, pourtant, des anciens de ce mouvement qui sétait donné comme but de déstabiliser lEtat sactivent toujours dans des organisations dextrême droite. Westland new post (WNP) Sans doute actif de 1979 à 1983, le WNP avait les caractéristiques de la plus parfaite des organisations nostalgiques de lOrdre nouveau hitlérien. Structuré sur le modèle de la SS, le WNP ne pouvait nier son amour immodéré pour le national-socialiste. Mais le « folklore » de cette organisation nest pas lunique chose quil faudrait retenir delle. Le WNP fut avant tout une organisation clandestine dont le but était la déstabilisation de notre pays (par linfiltration, la manipulation et divers projets dattentats). Issu du Front de la jeunesse, il bénéficiait dun réseau dinformation important avec des tentacules au coeurs même de lappareil de lEtat. Beaucoup de journalistes dinvestigation et dautres observateurs pensent que le WNP devait en réalité être un groupe daction au service dune structure encore plus importante. Pour sa part, le numéro un de cette organisation, Paul Latinus, retrouvé « suicidé » en 1985, affirmait être un agent de lun des nombreux services secrets nord-américains. Plusieurs de ses activistes seront ensuite cités dans lenquête sur les tueries du Brabant.
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