Les USA derrière les "années de plomb"
"Les services secrets américains ont influencé, sinon dirigé partiellement ou complètement tout le terrorisme européen." L'auteur de cet ouvrage, publié en septembre 1998, serait-il un fanatique anti-américain primaire prêt à tout pour salir l'image de l'Oncle Sam ? Non. L'auteur de ce livre accusant les services secrets des Etats-Unis d'Amérique d'avoir été impliqués dans le terrorisme européen se nomme Andreas von Bulow. Celui-ci fut secrétaire d'Etat allemand à la Défense de 1976 à 1980 et ensuite Ministre de la recherche de 1980 à 1982 (période des "années de plomb" qui secouèrent plusieurs Etats démocratiques ouest-européens). En Italie, pour leur part des journalistes d'investigation et des magistrats ont prouvé le soutien logistique qu'apporta les services secrets nord-américains à divers groupes terroristes d'extrême droite impliqués dans la "Stratégie de la tension". Leurs enquêtes montrèrent que ces groupes étaient clairement commandités par des agents US pour des missions spécifiques de déstabilisation. A ce sujet, le journaliste belge Sergio Carrozzo nous informe, dans son livre consacré aux « affaires » italiennes (« Les Guépards », publié aux éditions Luc Pire, en 1985) : « Souvent à leur insu, tant les terroristes dextrême droite que dextrême gauche ont été les acteurs dun scénario imaginé par des stratèges de la terreur proches des milieux atlantistes qui tentaient de domestiquer, par la force, le cours des événements politiques italiens, dinduire un renforcement du rôle coercitif de lEtat et déloigner autant que faire se peut le Parti communiste des sphères gouvernementales : dabord par la « stratégie de la tension », celle de la terreur noire, des attentats dans les gares, une option politico-militaire qui ne produira pas les effets escomptés puisque le PCI continuera de croître électoralement jusquen 1976 ; ensuite, par le « patronage » (1) dun terrorisme dextrême gauche « contrôlé » - celui essentiellement des Brigades rouges (2) dont les agissements finiront par porter un préjudice irréparable à la gauche parlementaire ( ). « Stratégie de la tension », « années de plomb » : les deux faces dune même pièce, morbide, comme latteste, entre autres, le témoignage de Pino Rauti, fondateur dOrdine Nuovo, une formation dextrême droite, qui deviendra plus tard leader du MSI : « On a assigné des rôles opposés à lextrême droite et à lextrême gauche : le stragismo pour nous, le terrorisme pour eux. Aujourdhui on peut dire que nous avons tous été floués ». » ______ Notes : (1) Preuve de cette instrumentalisation tant des terroristes noirs que des Brigades rouges par les services secrets, la déclaration de Vito Miceli, patron du SID (le renseignement militaire de lépoque) qui affirme au juge Tamburino qui instruit le dossier sur la « Rosa dei venti » : « Maintenant vous nentendrez plus parler du terrorisme noir, à partir de maintenant vous entendrez parler seulement des autres ». « Storia dei servizi segreti in Italia », Giuseppe De Lutiis, editori Riuniti, Roma, 1984, p. 249. Lire aussi « Terrorisme et services secrets », de Sergio Carrozzo, in « CelsiuS », n° 9, juin 1988. (2) Les Brigades rouges seront, dès le début, infiltrées par des agents du renseignement italien qui agiront par corrections successives, comme par exemple la capture rapide de Renato Curcio, un modéré, pour permettre à laile dure de prendre le contrôle des BR, les poussant dans la spirale dune violence qui aura comme tragique aboutissement lexécution dAldo Moro. En juin 1974, Stefano Girotto, officiellement journaliste, mais en réalité collaborateur de l« Ufficio affari riservati », une cellule de renseignement du ministère de lIntérieur dirigée par Umberto DAmato, responsable de la police sous Mussolini et membre de la Loge P2, sinfiltre au sein des BR. Trois mois plus tard, Curcio se retrouve derrière les barreaux. La « taupe » Girotto est aussitôt « brûlée » et livrée à la Justice. Cette opération permet à laile plus radicales des BR de mettre sous sa coupe lorganisation terroriste. Le 8 juin 1976, à la veille délections historiques où le PCI a des chances de devenir le premier parti du pays, les BR assassinent le Procureur général de Gênes, Francesco Coco. Cest le premier assassinat signé par les Brigades rouges. Cet acte résolument provocateur marque le début des « années de plomb ».
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