[CONTENU DU DOSSIER] [LES INFOS][RESISTANCES]

Les USA derrière les "années de plomb"


Dans son livre "Les Dossiers noirs de la Belgique" (publié aux éditions Michel Lafon, en 1999), le journaliste franco-belge Claude Moniquet reproduit une phrase extraite d'un ouvrage allemand qui dit :

"Les services secrets américains ont influencé, sinon dirigé partiellement ou complètement tout le terrorisme européen."

L'auteur de cet ouvrage, publié en septembre 1998, serait-il un fanatique anti-américain primaire prêt à tout pour salir l'image de l'Oncle Sam ? Non. L'auteur de ce livre accusant les services secrets des Etats-Unis d'Amérique d'avoir été impliqués dans le terrorisme européen se nomme Andreas von Bulow.

Celui-ci fut secrétaire d'Etat allemand à la Défense de 1976 à 1980 et ensuite Ministre de la recherche de 1980 à 1982 (période des "années de plomb" qui secouèrent plusieurs Etats démocratiques ouest-européens).

En Italie, pour leur part des journalistes d'investigation et des magistrats ont prouvé le soutien logistique qu'apporta les services secrets nord-américains à divers groupes terroristes d'extrême droite impliqués dans la "Stratégie de la tension". Leurs enquêtes montrèrent que ces groupes étaient clairement commandités par des agents US pour des missions spécifiques de déstabilisation.

A ce sujet, le journaliste belge Sergio Carrozzo nous informe, dans son livre consacré aux « affaires » italiennes (« Les Guépards », publié aux éditions Luc Pire, en 1985) :

« Souvent à leur insu, tant les terroristes d’extrême droite que d’extrême gauche ont été les acteurs d’un scénario imaginé par des stratèges de la terreur proches des milieux atlantistes qui tentaient de domestiquer, par la force, le cours des événements politiques italiens, d’induire un renforcement du rôle coercitif de l’Etat et d’éloigner autant que faire se peut le Parti communiste des sphères gouvernementales : d’abord par la « stratégie de la tension », celle de la terreur noire, des attentats dans les gares, une option politico-militaire qui ne produira pas les effets escomptés puisque le PCI continuera de croître électoralement jusqu’en 1976 ; ensuite, par le « patronage » (1) d’un terrorisme d’extrême gauche « contrôlé » - celui essentiellement des Brigades rouges (2) – dont les agissements finiront par porter un préjudice irréparable à la gauche parlementaire (…).

« Stratégie de la tension », « années de plomb » : les deux faces d’une même pièce, morbide, comme l’atteste, entre autres, le témoignage de Pino Rauti, fondateur d’Ordine Nuovo, une formation d’extrême droite, qui deviendra plus tard leader du MSI :

« On a assigné des rôles opposés à l’extrême droite et à l’extrême gauche : le stragismo pour nous, le terrorisme pour eux. Aujourd’hui on peut dire que nous avons tous été floués ». »

______

Notes :

(1) Preuve de cette instrumentalisation tant des terroristes noirs que des Brigades rouges par les services secrets, la déclaration de Vito Miceli, patron du SID (le renseignement militaire de l’époque) qui affirme au juge Tamburino qui instruit le dossier sur la « Rosa dei venti » : « Maintenant vous n’entendrez plus parler du terrorisme noir, à partir de maintenant vous entendrez parler seulement des autres ». « Storia dei servizi segreti in Italia », Giuseppe De Lutiis, editori Riuniti, Roma, 1984, p. 249. Lire aussi « Terrorisme et services secrets », de Sergio Carrozzo, in « CelsiuS », n° 9, juin 1988.

(2) Les Brigades rouges seront, dès le début, infiltrées par des agents du renseignement italien qui agiront par corrections successives, comme par exemple la capture rapide de Renato Curcio, un modéré, pour permettre à l’aile dure de prendre le contrôle des BR, les poussant dans la spirale d’une violence qui aura comme tragique aboutissement l’exécution d’Aldo Moro. En juin 1974, Stefano Girotto, officiellement journaliste, mais en réalité collaborateur de l’« Ufficio affari riservati », une cellule de renseignement du ministère de l’Intérieur dirigée par Umberto D’Amato, responsable de la police sous Mussolini et membre de la Loge P2, s’infiltre au sein des BR. Trois mois plus tard, Curcio se retrouve derrière les barreaux. La « taupe » Girotto est aussitôt « brûlée » et livrée à la Justice. Cette opération permet à l’aile plus radicales des BR de mettre sous sa coupe l’organisation terroriste. Le 8 juin 1976, à la veille d’élections historiques où le PCI a des chances de devenir le premier parti du pays, les BR assassinent le Procureur général de Gênes, Francesco Coco. C’est le premier assassinat signé par les Brigades rouges. Cet acte résolument provocateur marque le début des « années de plomb ».

 

Autres informations sur l’implication des USA
dans les « années de plomb » (voir contenu du dossier)

bol.gif (263 bytes) Aginter press
Radioscopie d’une organisation internationale d’extrême droite qui joua un rôle central dans la « Stratégie de la tension ».

 bol.gif (263 bytes) Portrait de Paul Latinus
Fondateur du WNP, un groupe secret néonazi, il est l’une des pièces maîtresses des « années de plomb » belges. Et un lien avec les services secrets nord-américains ?

bol.gif (263 bytes) Portrait d’Emile Lecerf
Ancien proche de la SS durant l’Occupation, il servit ensuite les intérêts pro-atlantiques (c’est-à-dire nord-américains), tout en restant actif au sein de l’extrême droite.

[CONTENU DU DOSSIER] [LES INFOS][RESISTANCES]