RésistanceS 14-10-2007

Alliance entre radicaux et nationaux-libéraux


Des sarkozystes belges rejoignent Nation


Après l'échec de toutes ses précédentes initiatives, le fondateur de l'UMP-B, petit parti belge d'ultradroite libérale d'inspiration « sarkozyste », rallie Nation, un mouvement rassemblant les ultras de l'extrême droite francophone.
Ce transfuge démontre que Nation se situe bel et bien à droite de l'échiquier politique. Contrairement à ce qu'il scande à ses jeunes militants.
Cette alliance démontre donc le manque de clarté politique de cette mouvance s'affirmant pourtant être les « identitaires » du nationalisme belge.


Manifestation des extrémistes de droite de Nation, avec des néonazis nationalistes flamands anti-Belgique. Aujourd'hui, ils sont également rejoints par des nationaux-libéraux nationalistes belges de l'ex-UMP-B. Est-ce bien « identitaire » tout cela ? © Photo : Blokbuster.


Cela faisait un petit temps que la rumeur d'abord, l'information vérifier ensuite, nous était parvenue. Le dirigeant-fondateur de l'UMP-Belgique, Pierre D'Ans, et ses derniers partisans, négociait un transfuge vers le mouvement Nation. En décembre de l'année dernière, RésistanceS avait informé ses lecteurs de la création de cette UMP-Belgique, un nouveau parti s'affirmant alors – sans aucune autorisation - être la « branche belge » de l'UMP de Nicolas Sarkozy.
Disciples inconditionnels de celui qui allait être élu président de la République française au mois de mai, l'UMP-Belgique se revendiquait comme un parti de « droite nationaliste » et se disait fidèle au libéralisme. Présente de façon extrêmement marginale aux élections législatives de juin passé, l'UMP-Belgique implosa pour finir. Mis en minorité, Pierre D'Ans quittera son parti pour directement en fonder un autre : l'UMB (Union pour un mouvement belge).

Nomadisme politique
Il faut savoir que ce personnage est un habitué du nomadisme politique et de la création de formations politiques éphémères. Auparavant, en 2004, il avait été été effectivement à l'initiative de la fondation du Bloc national, puis fut proche de Force nationale, une dissidence du Front national de Daniel Féret. Suite à des conflits internes, Pierre D'Ans claqua la porte de ce FN bis pour tenter de récupérer en Belgique, avec l'UMP-B, un hypothétique « effet Sarkozy ». Une fois de plus son logiciel politique mis en place démontra son incompétence. Pour ne pas perdre la main, au début de ce mois, il fut à l'initiative d'une nouvelle organisation politique, l'Alternative sociale, après avoir fondé l'Union pour un mouvement belge...

Résumons le parcours de cette personnalité folklorique de l'extrême droite belge francophone : en moins de trois ans de temps, il fonda, participera à la création ou rejoindra pas moins de six formations politiques différentes : le Bloc national (en 2004), Force national (en 2004), l'UMP-Belgique (en décembre 2006), l'UMB (en juin 2007), l'Alternative sociale (début octobre 2007) et le mouvement Nation (mis octobre 2007). Un parcours phénoménal au sein de l'extrême droite belge francophone (sur l'UMP-B, l'UMB, l'Alternative sociale et Nation : voir plus bas notre encadré).


Le bric à brac de l'extrême droite francophone
Avec le Baron Emanuele Licari di Castel Mola (un jeune aristocrate provenant de la direction du Front national « féretiste »), Pierre D'Ans rejoint maintenant le mouvement Nation. Ce transfuge se fait officiellement de façon collective avec leur Alternative sociale, une organisation politique apparue au tout début de ce mois. Au sein de Nation, Pierre D'Ans et le Baron Emanuele Licari di Castel Mola comptent y représenter un courant interne de tendance national-libérale, une orientation politique pourtant rejetée par Nation, depuis sa création en 1999.

Force est aussi de constater qu'Alternative sociale affirme vouloir défendre la « civilisation judéo-chrétienne »... pourtant considérée comme un ennemi par le parti qu'ils viennent de rejoindre. Beaucoup de « cadres » de Nation proviennent d'organisations politiques adversaires résolus du concept de « civilisation judéo-chrétienne », préférant à celle-ci l'héritage païen de l'Europe. Parmi les premiers militants de Nation, une bonne partie venait de l'Assaut, un groupe néonazi et antisémite, pour qui le terme « judéo » relevait de l'insulte. Il est donc fort à parier que les relations politiques entre ces « anti-judéo-chrétiens » et les militants de la « civilisation judéo-chrétienne » d'Alternative sociale seront explosives. Jusqu'à une nouvelle scission...

Et dire que l'extrême droite se revendique comme étant d'essence « identitaire ». Avec l'alliance entre Nation, s'autoproclamant comme étant « nationaliste-révolutionnaire » et l'Alternative sociale, issue directement de l'UMP-Belgique sarkozyste, une chose est sure, l'extrême droite francophone est clairement caractérisée par son manque d'« identité ». Cette nouvelle composition politique confirme une fois encore le bric à brac que représente l'extrême droite belge francophone...

Alexandre VICK

 

Les « acteurs » de ce nouveau bric à brac

Pour comprendre le ralliement de l'Alternative sociale de Pierre D'Ans au mouvement Nation, une radioscopie des « forces » en présence est nécessaire à faire.

 


Union pour un mouvement populaire-Belgique (UMP-B)
L'UMP-B est apparue en décembre 2006 en pleine campagne électorale française pour la présidentielle. Son principal meneur était alors Pierre D'Ans, une jeune historien de la région liégeoise provenant du Bloc national, un éphémère parti qui tenta de concurrencer le Front national à Liège en 2004.

Inspiré de l'UMP française, le grand parti fédérateur de la droite d'outre-Quiévrain présidé par Nicolas Sarkozy, l'UMP-B affirmera être son pendant belge. Après un article de RésistanceS repris dans la presse belge et française, le parti de Nicolas Sarkozy désavouera ses autoproclamés supporters belges.

Formée de militants venant de l'extrême droite belge francophone (du Bloc national, de Force nationale et du Front national) et de la droite libérale (des jeunesses du Mouvement réformateur), l'UMP-B n'est jamais arrivée à réellement se structurer. Après son échec flagrant aux élections législatives de juin dernier, ce nouveau petit parti implosa.

Pierre D'Ans, Emanuele Licari di Castel Mola et l'un ou l'autres autres membres de l'UMP-B mirent alors une nouvelle structure sur pied, l'Union pour un mouvement belge (UMB). Pour sa part, à l'heure actuelle l'UMP-B affirme toujours exister.

 


Union pour un mouvement Belge (UMB)
Dissidence, née en juin 2007, de l'Union pour un mouvement populaire-Belgique (UMP-B), « l'UMB est un mouvement politique qui se veut être un mouvement réellement ancré sur des valeurs de droite », affirme le Baron Emanuele Licari di Castel Mola, l'un de ses trois fondateurs, sur son site Internet personnel. L'existence de l'UMB ne fut que de quelques semaines puisqu'elle donna très vite naissance, en octobre 2007, à l'Alternative sociale.

 


Alternative sociale (AS)
Jusqu´à preuve du contraire, ce tout nouveau mouvement (il est apparu officiellement au début du mois d'octobre 2007) n'est constitué que de deux activistes, Pierre D´Ans et Emanuele Licari di Castel Mola. Même s'ils affirment le contraire, dans leur propagande de bonne aloi.

Le modèle de cette « alternative » est Azione sociale (fondée d'abord sous le nom d'Alternativa sociale), le parti italien dirigé par Alessandra Mussolini, la petite fille de l'ex-dictateur fasciste et dirigeante de l'une des fractions la plus radicale de l'extrême droite active en Italie. Ce qui ne l'empêcha pas de faire alliance aussi bien avec les plus orthodoxes de celle-ci (Forza nuova, Fronte sociale nazionale, Movimento idea sociale de Pino Rauti...) et Forza italia, le parti libéral de Silvio Berlusconi. L'Alternative sociale (belge) affirme vouloir représenter un courant « national-libéral » pour défendre la « civilisation judéo-chrétienne » menacée aujourd'hui, selon elle, par l'islamisme.

C'est d'ailleurs suite à la manifestation interdite contre l'Islam, organisée le 11 septembre dernier à Bruxelles, que les initiateurs de l'AS ont décidé de rallier Nation. Au sein de ce dernier, ils annoncent vouloir y représenter un courant « national-libéral ».

Nation quant à lui affirme être résolument anti-libéral dans ses discours tenus en direction de ses jeunes militants. L'Histoire politique de l'extrême droite a toujours enseignée les parentés entre celle-ci et la droite la plus classique. L'alliance entre cette Alternative sociale (qui n'a de « sociale » que le nom) et Nation confirme cette réalité. L'extrême droite n'est en aucune manière « sociale », encore moins « révolutionnaire » comme aime pourtant l'affirmer Nation.


L'Alternative sociale, tendance « national-libérale » du mouvement Nation, s'inspire directement de l'expérience des néofascistes italiennes menés par Alessandra Mussolini... comme le montrent ces différents logos réunis par RésistanceS.

 


Nation
Ce mouvement, né en 1999, est constitué de nationalistes radicaux. Parmi ses fondateurs et premiers dirigeants, se trouvaient des activistes de l'Assaut, un groupe d'action néonazi des années 1980-1990. Beaucoup de ses militants proviennent aussi des rangs du Front national de Daniel Féret ou du Front nouveau de Belgique (FNB), une des nombreuses dissidences frontistes. Après un essai électoral infructueux, Nation s'est associé au FNB aux dernières élections.

Ce mouvement affirme être la « seule alternative » et l'« unique opposition » au système politique. Cependant, depuis plus de neuf ans de présence sur le terrain sa perspective de prendre le leadership de l'extrême droite du côté francophone du pays semble de plus en plus illusoire. Surtout depuis la prise de contrôle du Front national par ses dits « réformateurs ». Ces derniers ont en effet l'ambition de désormais ancrer structurellement le FN dans la paysage politique belge... sans pour autant y associer Nation, dont l'image leur serait trop néfaste.

En cas de création d'un FN compétent, il est sûr que Nation sera le grand perdant et restera donc à l'état groupusuculaire.
Avec ses nouveaux « amis sarkozystes » ?

[A.VICK]


© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 14 octobre 2007.





 

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