RésistanceS 04-03-2009

Itinéraire d’un chef nazi wallon


Léon Degrelle à la Une


Feu le nazi wallon Léon Degrelle (1906-1994) revient au devant de l'actualité belge à l'occasion de la diffusion, ce jeudi 5 mars à la télévision publique belge RTBF, d'un film documentaire exceptionnel sur sa personne. L'occasion pour RésistanceS.be de réintervenir sur le parcours de Degrelle et sur son héritage politique. Un héritage aujourd'hui encore cultivé par ses disciples, en Belgique et à l'étranger. Voici le «dossier Degrelle» de RésistanceS.be... avant la sortir prochaine d'un livre de Manuel Abramowicz, son coordinateur, consacré dans le détail à ce sujet.


Orateur exceptionnel, Léon Degrelle, chef de l'extrême droite belge des années 1930, lors d'un de ses nombreux meetings.


Influencé notamment par Charles Maurras, le théoricien français du «nationalisme intégral» et de l'«antisémitisme d'Etat», il fut journaliste et éditeur pour le compte de la droite catholique belge dans les années 1920-1930. En rupture avec le parti catholique de l'époque, le jeune Léon Degrelle fonde ensuite le parti Rex en 1935. Qui va incarner, avec les nationalistes flamands du VNV (l'ancêtre du Vlaams Belang), l’extrême droite des années 1930, sous l'influence à la fois de l'Italie de Benito Mussolini et de l'Allemagne d'Adolf Hitler.

Lors des élections législatives de 1936, le succès est au rendez-vous pour Rex. Le parti de Degrelle rassemble 271.491 électeurs, soit près de 12 % des votes sur l'ensemble du pays. Le succès s’enregistre surtout à Bruxelles, avec plus de 18 %, puis en Wallonie avec plus de 15 %. En Flandre, concurrencé par le VNV et où les discours nationalistes belges sont moins populaires, Rex obtient tout de même 7 % des voix. Le parlement accueillera désormais vingt-et-un députés et huit sénateurs rexistes. Mais le succès est de très courte durée. Une élection anticipée (provoquée par Rex lui-même) à Bruxelles en 1937 et les élections législatives de 1939 vont en effet sonner la fin politique du rexisme.


Caricature de Léon Degrelle parue en 1936 dans «Judex», un journal anti-rexiste.

Son but : devenir le chef de la Belgique
A genoux et humilié avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, Léon Degrelle va tenter de profiter de l'occupation de la Belgique par les Allemands pour se construire l'image d'un homme politique incontournable. Son but : devenir le chef du pays avec l'aval des hitlériens ! Il ne sera pour finir que le chef d'un des nombreux courants de la collaboration. Rêvant toujours d'une grande destiné, le «beau Léon», l'un de ses nombreux surnoms, engage alors le «Mouvement rexiste» sur le front de l’Est pour participer activement à la «croisade antibolchévique» (sic) conduite par le IIIe Reich. Devenu Waffen SS (l'armée des SS, les plus fanatiques du régime nazi), Degrelle y est un soldat, puis un commandant, exemplaire.

En 1945, jusqu'au dernier jour de la guerre, les «Bourguignons» (les SS wallons) vont se battre comme des acharnés. Ensuite, c'est la débacle généralisée. Degrelle prend la fuite vers l'Espagne franquiste. Où il sera protégé jusqu'à son décès, le 31 mars 1994, par ses «camarades» de la Phalange, le parti unique fasciste espagnol. «Ses soldats» restés au pays connaittrons eux, pour beaucoup, la répression et de longs séjours en prison. Plusieurs rexistes, dont le numéro deux du mouvement, Victor Matthijs, seront passés par les armes.

La disparition en 1994 de l'ex-chef du fascisme à la belge n'a pas empêché qu'il reste, toujours de nos jours, un modèle pour les néonazis du monde entier et pour des organisations de l'extrême droite droite national-catholique. Son héritage politique a été entretenu en Belgique au sein de l’extrême droite, groupusculaire, subversive comme parlementaire, par des partisans inconditionnels : du Parti des forces nouvelles (néonazi) au Vlaams Blok (l'ex-nom du Vlaams Belang, ultra droite populiste nationaliste flamande), en passant par le groupe l’Assaut, le front wallon AGIR, le mouvement REF, le Front national et bien d’autres adeptes de la croix celtique et de la flamme tricolore.


Après la guerre, l'ex-SS wallon a reçu le soutien, pour être réhabilité, d'une partie de la droite conservatrice dans le cadre de la nouvelle lutte anticommuniste. Comme le montre ci-dessus les couvertures d'«Europe Amérique» de 1949, d'«Europe magazine» (successeur du précédent) de 1959, de 1967 et de 1969, et le mensuel «Le Dossier du Mois» de 1963 © Illu. RésistanceS.be


Réhabilité par la droite conservatrice
Auparavant, Degrelle avait bénéficié, dès la fin des années 1940, de tentatives de réhabilitation orchestrées par des courants de la droite conservatrice belge. Ainsi, dans l'«Europe magazine», un journal proche de l'aile d'ultradroite des partis social-chrétien et libéral de l'époque, il n'était pas rare de lire des articles «blanchissants» l'ex-collaborateur belge ou les Waffen SS dans lesquels il combattit sur le front de l'Est. Les nazis d'hier – qui avaient commencé le combat contre l'URSS - devaient alors être réincorporés dans les armées alliés pour combattre à nouveau les communistes... La droite qui avait divorcé en 1940 devait dans ce cadre se remettre ensemble.

Les disciples de Léon Degrelle sont également présents à l'étranger : en Espagne, en France, en Hollande, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Argentine, en Pologne, en Russie... En Italie en 2009, Léon Degrelle est même toujours un héros de la jeunesse nationaliste. En novembre 2007, Forza Nuova, ouvrait dans une grande ville italien une «Maison Léon Degrelle»... Une section de ce parti néofasciste, le plus actif en Italie, s'appelle par ailleurs «section Léon Degrelle». En France, un groupe d'étudiants national-catholique (nationaliste intégriste) a lancé il y a quelques mois une campagne de propagande intitulée «I'm Catholic - Don't panik». Les deux visuels choisis à cette occasion : le portrait du Maréchal Philippe Pétain et celui de Léon Degrelle !


Portrait du SS wallon Degrelle, à côté du drapeau à croix celtique des néonazis, à l'intérieur du local «Léon Degrelle» du parti italien Forza Nuova, ouvert le 11 novembre 2007. Forza Nuova est lié en Belgique au mouvement Nation, cofondé par un (ancien ?) disciple de Léon Degrelle. Comme par hasard ? © Doc. RésistanceS.be


Modèle à l'étranger, tabou en Belgique
Des naziskins de Blood and Honour en Russie aux nationaux-catholiques ultra en Italie, en France et en Espagne, en passant par le Front national de Jean-Marie Le Pen et le parti «national-socialiste» nord-américain, l'ex-chef nazi wallon reste donc encore aujourd'hui très actuel à l'étranger. Paradoxalement, en Belgique, il est toujours tabou de revenir sur la personnalité de Degrelle.

En vous proposant ce «dossier spécial Léon Degrelle», RésistanceS.be, avec comme à chaque fois des informations inédites et exclusives, vous permettra de mieux comprendre le «degrellisme» et ses actuels pseudopodes.

Alexandre Vick


Léon Degrelle, à la fin de sa vie, avec un certain Koen Dillen, un étudiant flamand. Par ailleurs fils du président-fondateur du Vlaams Blok, Koen Dillen est l'un des deux députés européens du Vlaams Belang, le nouveau nom depuis 2004 du Vlaams Blok- Photo RTBF.

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 4 mars 2009.


INFORMATION EXCLUSIVE Jean Vermeire, ex-officier SS belge et dernier chef du rexisme, est décédé (03/10/2009)

Enquête inédite de Paris-Match et de RésistanceS.be chez les derniers partisans de Degrelle


Au sommaire de ce dossier :

Léon Degrelle à la Une (introduction au dossier)

Les fidèles adeptes du «degrellisme» de 1945 à nos jours

Léon Degrelle, le Che Guevara de l'extrême droite

L'idéologue de Degrelle : Charles Maurras

Degrelle sous la plume de Jonathan Littell

L’ex-bras droite de Degrelle est mort

Un héritier de Degrelle au Vlaams Blok

L’Extrême droite est-elle nazie ?


Prochaine en librairie :
le livre de Manuel Abramowicz (coordinateur de RésistanceS.be) consacré aux disciples et aux héritiers du «degrellisme»



Ce livre sera publié aux éditions Aden, dans sa nouvelle collection «RésistanceS.be»



Léon Degrelle à la RTBF avec RésistanceS.be


Comité de soutien de RésistanceS



POUR BENEFICIER DE NOS SERVICES : QUE FAIRE ?
Soutenez vous aussi RésistanceS...
Média gratuit proposé par l'Observatoire belge de l'extrême droite, RésistanceS se réalise uniquement grâce à l'apport financier de son équipe et de certains lecteurs qui lui font des dons.

Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS !

Soutenez financièrement ce service exceptionnel en versant un don sur son compte bancaire :
n° 310-1618732-82
IBAN : BE25 3101 6187 3282
Avec en communication : «DON-2009»

... et abonnez-vous gratuitement à sa Newsletter !
Vous souhaitez recevoir des informations sur l'Observatoire de l'extrême droite, le journal RésistanceS et les réactualisations de son site Internet :
=> Abonnez-vous (c'est en plus gratuit, mais cela n'empêche pas de faire un don : revoir ci-dessus) à sa Newsletter : CLIQUEZ ICI


Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008


[HOME] [COMBAT] [INFO]