Islam : Le Vlaams Belang ne parle plus d’une même voix Entre radicaux et « modérés », le torchon brûle Avec l’affaire Naïma Amzil en toile de fond, les tensions entre les durs du Vlaams Belang et les « modérés » – ceux qui, plus pragmatiques, visent avant tout le pouvoir, et donc une respectabilité de surface incompatible avec le rejet explicite de la communauté musulmane – s’exacerbent.
Filip De Man (au centre), le meneur actuel de l’aile dure et des « islamophobes radicaux » du VB, en 1995, en compagnie de Ralf Van den Haute (premier à partir de la gauche), un activiste flamand d’expression française lié au néonazisme. L’affaire commence à l’automne
2004. Quelques jours après l’arrêt de la cour de
cassation de Gand qui condamne le Vlaams Blok pour racisme, Filip
Dewinter, député régional VB et homme fort du
parti, déclare que toute personne qui porte le voile signe
un contrat de retour dans son pays d’origine. Une déclaration
qui, pour être choquante, n’en confirme pas moins ce que
tous pressentaient : la transformation du Vlaams Blok en Vlaams Belang
n’est qu’un lifting de surface ; les idées, elles,
n’ont pas changé d’un iota. Qui en veut à Rik Vannieuwenhuyse
? Qui est ce NVV ? D’aucuns observent que le journal des jeunes du Vlaams Belang s’intitule « Vrij Vlaanderen ». Une piste ? Le VB, en tout cas, dément toute implication dans cette scandaleuse affaire. Faut-il voir là un lien avec ce qui précède ? Toujours est-il qu’à la mi-mars 2005, le député et président du parti Frank Vanhecke (qu’on a connu plus musclé dans ses prises de positions) se fend d’une étrange déclaration dans laquelle il fait du port du voile une question privée. Et Gerolf Annemans déclare quant à lui qu’il est favorable à ce que des musulmans figurent sur les listes électorales du VB. Ce que Filip De Man repousse avec énergie : les musulmans, selon lui, ne seront jamais des démocrates. Quant à Filip Dewinter, il précise que jamais l’islam et la démocratie ne seront compatibles. Fichtre ! C’est qu’il faut maintenant être démocrate pour entrer au VB. Voilà qui devrait éclaircir les rangs… Frank Vanhecke perd le contrôle Mais le public ne s’y trompe pas
: dans les sondages politiques, Filip Dewinter perd des plumes. Et
lors de la désignation du nouveau conseil du parti, à
la mi-mars, le VB a préféré la jolie et plutôt
modérée Marie-Rose Morel à Alexandra Colen, laquelle
se distingue par son catholicisme et représente la frange ultralibérale
du parti, à l’opposé d’un Dewinter nettement
plus nationaliste. Nadia GEERTS |
Who’s who Pour mieux comprendre la crise interne au VB
Gerolf
Annemans (°1958) Député fédéral, il est considéré comme le numéro trois du VB, après Franck Van Hecke et Filip Dewinter. Pendant ses études à Anvers, il milite à la Katholiek Vlaams Hoogstudenten Verbond (KVHV), la principale association étudiante catholique. Il est le rédacteur en chef de son bulletin d’information, Tegenstroom. Gerolf Annemans se charge également de la rubrique estudiantine de 't Pallieterke, un hebdomadaire satirique d'ultra droite diffusant des informations confidentielles sur le monde politique. Après ses études, il va continuer à collaborer à 't Pallieterke, mais également à la rédaction de Dietsland-Europa, un bimensuel de réflexion idéologique édité par le groupe néonazi pan-néerlandais Were Di, jadis dirigé par Karel Dillen, le dirigeant-fondateur du Vlaams Blok en 1978. A la demande de ce dernier, Gerolf Annemans rejoint, en 1985, son parti nationaliste. En 1987, il remplace Karel Dillen au Parlement au poste de chef de groupe de la « fraction VB ». Depuis la fin des années 80, Gerolf Annemans essaye, malgré son appartenance au courant ultra nationaliste, de se profiler comme l'homme respectable et modéré du Blok. Il se fera remarquer aux commissions d’enquêtes parlementaires « Dutroux » et « Tueurs du Brabant ». Il en profite pour y promouvoir son image médiatique. Après la condamnation de son parti pour racisme, en novembre 2004, il promet des représailles contre les magistrats à la base de ce jugement historique. Fidèle de la « stratégie Dewinter », Annemans est l’un des maillons essentiels permettant au Blok/Belang d’aller de succès électoral en succès électoral. Il est dès lors indéboulonnable dans le rôle du « gentil ». But de cet exercice de style : séduire les partenaires politiques de demain… Filip De
Man (°1955) Comme son adversaire Gerolf Annemans, il siège au Parlement fédéral. Mais rien ne prédestinait Jean-Philippe (son vrai prénom, avant sa flamandisation pour cause de nationalisme politique) De Man à rejoindre l’extrême droite. Il provient effectivement d’un milieu intellectuel progressiste flamand. Mais très vite, il va être séduit par l’Ordre nouveau. Lors de ses études de journalisme à l’Université flamande libre de Bruxelles (VUB), il milite au sein du Nationalististische Studenten Vereniging (NSV), l’organisation étudiante d’extrême droite, creuset de la « nouvelle génération militante » qui va adhérer, au milieu des années 80, au Vlaams Blok. Dans ce parti, Filip De Man va très vite grimper les échelons : député fédéral, collaborateur de Filip Dewinter, membre de la direction du mensuel blokker, responsable de sa campagne électorale bruxelloise… Pur et dur parmi les radicaux de la formation électoraliste de Karel Dillen, il participe au Zwartboek progressieve leraars (Le livre noir des professeurs progressistes), un pamphlet proposé par les Vlaams Blok Jongeren après sa campagne de délation des « professeurs antinationalistes ». La réalisation de ce Zwartboek reçut la collaboration de Kosmos, le service de renseignements politiques du VB. Filip De Man participe encore au livre Eigen volk eerst écrit par Philip Dewinter. En 1998, De Man sortira son propre ouvrage, L’Affaire Demol, consacré à l’ex-chef de la police de Schaerbeek passé dans les rangs du Blok. Au sein de ce parti, Filip De Man a toujours défendu une ligne radicale et l’élaboration d’alliances politiques avec l’extrême droite francophone favorable au VB. Lors des élections législatives de 1995, il fait campagne en compagnie de Ralf Van den Haute. Cet animateur de la Nouvelle Droite flamande d’expression française est aussi l’un des anciens leaders de la Vlaamse jeugd, la section des jeunes du Hertog Jan van Brabant, un cercle regroupant des anciens combattants SS flamands qui fut lié, en 1980, au groupe terroriste néonazi WNP et ensuite aux négationnistes de VHO. Actuellement, Filip De Man, qui s’est octroyé le « rôle du méchant », avec d’autres dirigeants du VB (dont Roeland Raes, son vice-président de 1978 à 2001), est la preuve indéfectible que son parti reste coûte que coûte un parti d’extrême droite pur et dur. Et que la transformation du « Blok au Belang » ne fut qu’une opération stratégique. (M.AZ)
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