RésistanceS.be 12-07-2011

Extrême droite flamande : crise totale


La fin du Vlaams Belang ? Son ancien président le quitte et prend la tête d'un groupe dissident

Suite à une «guerre des clans» à plusieurs épisodes, Frank Vanhecke, député européen et surtout ex-président du parti d'extrême droite, a décidé de claquer la porte. Avec les dirigeants du groupe Belfort, exclus en juin dernier du Vlaams Belang, il prend la tête de cette nouvelle dissidence. Ancien bénéficiaire du leadership du nationalisme flamand, le VB vit pour le moment les heures les plus noires de son histoire.

 


Dewinter, Annemans, Morel et Vanhecke

De gauche à droite : Filip Dewinter, Gerolf Annemans, feue Marie-Rose Morel, Frank Vanhecke... sur un tract électoral du parti à l'époque de l'unité (déjà relative) de celui-ci - Doc. RIDAF.


Le député européen Frank Vanhecke a confirmé ce 11 juillet, jour de la Fête de la Communauté flamande (tout un symbole), qu'il quittait le Vlaams Belang. Ce départ est la confirmation que ce parti, hier fer de lance du nationalisme radical flamand, est réellement en voie d'implosion, comme l'avait annoncé, déjà en 2007, RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite .

«Génération Le Pen»
Le démission de Frank Vanhecke est un symptôme qui démontre le mal qui ronge de l'intérieur le VB. Ancien «poulain» de Karel Dillen, président-fondateur du parti d'extrême droite, Vanhecke en fut le président de 1996 à 2008. Avec Filip Dewinter et Gerolf Annemans (les actuels réels «patrons» du parti), il faisait partie de la «génération Le Pen», constituée de jeunes nationalistes flamands ayant pris pour modèle politique, au début des années quatre-vingt, le président du Front national français, alors en pleine ascension politique outre-Quiévrain. Dewinter, Annemans et Vanhecke, poussés par le vieux Dillen, avaient gagné la direction du parti dans les années nonante.

De façon totalement autocratique, en 1996, Karel Dillen remis la présidence du parti à Frank Vanhecke. Avec le soutien d'une myriade de partisans fidèles, les trois «Dillen boys» y représentaient la ligne dure et tenaient les rênes de sa direction. Dewinter, Annemans et Vanhecke refusaient tout compromis sur le corpus idéologique du VB avec le reste de la droite flamande. Mais depuis le stand by electoral enregistré - et même  la débâcle politique subi - par le VB dans certaines communes aux élections de 2006 (dont à Anvers, son fief historique, et à Schaerbeek, l'un de ses bastions bruxellois), les tensions internes déséquilibrant cette formation nationaliste ont débouché sur une «guerre de clans» sans fin. Poussant même Frank Vanhecke à finalement changer de camp, en passant dans celui des «pragmatiques».

Ces derniers sont favorables à des alliances avec les autres courants de la droite nationaliste flamande dans le but d'accéder enfin au pouvoir. Le tsunami électoral causé, en juin 2010, par la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA, Alliance néoflamande), le parti nationaliste démocratique présidé par le charismatique Bart De Wever, a bien entendu accéléré l'actuelle lézardisation du VB. La N-VA reste le premier parti en Belgique, avec ses 27 députés fédéraux et des sondages qui ne cessent de lui être favorables en cas de nouvelles élections.



D'autres démissions ou exclusions ?
Le départ de Frank Vanhecke a pour raison officielle l'exclusion du VB, en juin dernier, des membres du «groupe Belfort». Conduit par Francis Van den Eynde, ce groupe d'origine gantoise avait mis sur pied, après les élections législatives de 2010, à l'intérieur du parti, une fraction s'opposant à la «direction nationale», incarnée par le désormais trio Filip Dewinter, Gerolf Annemans et Bruno Valkeniers (le président officiel du VB, depuis 2008).

Le leader du groupe Belfort n'est pas n'importe qui. Membre-fondateur du Vlaams Blok/Belang en 1978 et son chef à Gand, l'ex-député fédéral Francis Van den Eynde est par ailleurs le dirigeant du Voorpost, un groupe d'action nationaliste issu du mouvement néonazi flamand et spécialisé dans les actions commandos contre les francophones des communes à facilité de la périphérie bruxelloise (). Deux des autres chefs du Voorpost sont Luc Vermeulen et Roeland Raes, respectivement responsable de la sécurité et ex-vice-président (et idéologue) de 1978 à 2001 du Vlaams Blok/Belang. Le Voorpost est l'un de ses piliers-fondateurs. L'exclusion de Van den Eynde et de ses partisans devrait donner lieu à d'autres démissions ou exclusions. D'autant plus que l'hémorragie a déjà débuté.

Début juillet, deux autres poids lourd du Vlaams Belang ont effectivement claqué la porte, avec le même motif que Vanhecke : protester contre l'exclusion des membres du groupe Belfort. Ces deux responsables sont Jürgen Ceder et Koen Dillen. Le premier est le chef de son groupe parlementaire au Sénat, le second, ex-député européen, est le fils du président-fondateur du parti Karel Dillen (décédé en 2007
).




Koen Dillen

Les dissidents de la direction du Vlaams Belang ne rassemblent pas que des «pragmatiques». A l'instar de leurs meneurs Francis Van den Eyden et Frank Vanhecke, certains sont connus pour leur engagements radicaux. C'est notamment le cas de Koen Dillen que l'on voit ici en Espagne, au début des années nonante, en compagnie de Léon Degrelle, l'ex-chef du parti Rex d'avant-Guerre, combattant de la SS nazie durant la dernière guerre mondiale et leader des néonazis jusqu'à son décès en 1994 - Doc. Photo RTBF.


N-VA : «sas de dédiabolisation»
Si plusieurs autres dissidents du VB ont déjà rallié - dans un passé récent - la N-VA de Bart De Wever, cela ne devrait pas être le cas du sénateur Jürgen Ceder ou de Koen Dillen. Ni de Francis Van den Eynde, de ses partisans du Voorpost et des autres activistes du groupe Belfort ou alors cela signifierait que le parti de Bart De Wever serait réellement devenu un «sas de dédiabolisation» pour les (ex ?) néofascistes du Vlaams Blok/Belang.

L'avenir politique de Frank Vanhecke est lui aussi incertain. Mais un transfuge de celui-ci à la N-VA reste de l'ordre du possible. Connu pour avoir été le dernier compagnon de feue Marie-Rose Morel, une ancienne de la N-VA passée au VB et décédée en février dernier d'un cancer hyper médiatisé (), ses funérailles avait été l'occasion d'une réconciliation et d'un rapprochement avec le parti nationaliste de Bart De Wever.


Groupe Belfort 
Pour l'heure, c'est Frank Vanhecke qui va prendre la tête du groupe Belfort. Pour la conseillère communale gantoise Kristina Colen, l'une de ses adhérentes de la première heure, le constat est simple : «le VB tel qu'il fonctionne aujourd'hui est une copie carbone du VB d'il y a 20 ans. Il est temps, qu'il s'adapte au 21e siècle».

L'ambition du groupe dissident est maintenant de se développer, par l'ouverture de sections locales, sur l'ensemble du territoire flamand, pour y rassembler «d'autres personnes en dehors du parti dans le but de (ses) principaux objectifs politiques : l'indépendance de la Flandre et la préservation de (l')identité (de son peuple)». Cette nouvelle dissidence du Vlaams Belang (la plus importante de son histoire) pourrait, avec le développement d'une synergie en direction de la N-VA, conduire le parti d'extrême droite sur une voie de groupusculisation.


Manuel Abramowicz

 


Belfort

Le groupe Belfort, transformé en nouveau mouvement nationaliste flamand, pourrait coûter cher au Vlaams Belang. Ci-dessus sur cette photo : Filip Dewinter et Francis Van den Eynde, au début des années nonante, respectivement actuel véritable «patron» du parti d'extrême droite et meneur – avec Frank Vanhecke – des dissidents VBistes du groupe Belfort © Photo Georges Berghezan.

 

 

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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 12 juillet 2011.

 

 

 

A lire aussi :

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