RésistanceS.be 09-03-2010

L'ex-président du parti d'extrême droite flamand dénonce des magouilles internes !


C’est la guerre totale au Vlaams Belang


Incroyable mais vrai... Frank Vanhecke, l'ex-président et toujours député européen du Vlaams Belang (VB), accuse désormais ses «camarades» de malversations financières ! Les révélations de Vanhecke sont un nouvel épisode de la «guerre des clans» qui ravage le VB depuis ses dernières défaites électorales.

Johan Gulbenkian, le responsable de la rédaction néerlandophone de RésistanceS.be, fait le point sur ce nouveau dossier explosif qui pourrait lézarder encore davantage le Vlaams Belang. Ensuite, Alexandre Vick vous propose le Who's who de cette nouvelle «affaire».


Faudra-t-il désormais utiliser le balai anti-corruption contre le Vlaams Belang, pourtant jadis agité par sa propre propagande, et avant elle par celle de Rex de Léon Degrelle, pour cibler les partis traditionnels ? Photos extraites de la couverture du livre «Ouvrez les yeux ! Le Vlaams Blok déshabillé» de Hugo Gijsels (Luc Pire-CJEF-CMB, 1994).


Il y a quelques jours «Apache», le webjournal d'investigation créé par des journalistes venant du quotidien flamand «De Morgen», révélait l'existence d'une lettre (datée du 10 décembre dernier) accusant une partie de la direction du Vlaams Belang, le parti flamand d'extrême droite, d'avoir commis en interne des malversations financières dans le cadre de ses activités politiques. L'auteur de cette missive explosive n'est pas n'importe qui puisqu'il s'agit de Frank Vanhecke en personne, l'ancien président national du Vlaams Belang et actuel député de ce dernier au Parlement européen (voir ci-dessous son portrait plus complet).


Mécanisme occulte
Dans sa missive, Frank Vanhecke affirme avoir des preuves matérielles de malversations financières opérées à partir du service des publications du parti. Un service dirigé directement par Filip Dewinter (voir notre encadré Who's who ci-dessous). Selon l'ex-président du Belang, le mécanisme de la manœuvre occulte passerait par une société bruxelloise privée.

A l'occasion de commandes d'enseignes lumineuses pour le parti, le service dirigé par Filip Dewinter aurait produit de fausses offres, émanant d'entreprises inexistantes, pour favoriser la Brusselse Signs and Lightning Corporation. Une société dont le patron se nomme Pieter Kerstens, un proche de Dewinter (voir notre who's who).

La Brusselse Signs and Lightning Corporation de Kerstens ne serait pas la seule entreprise se retrouvant dans le système douteux du Vlaams Belang. Une société de publicité, ARB, a également été engagée pour la réalisation d'importants contrats, concernant ici la réalisation d'affiches électorales. Selon Vanhecke, les montants exposés dans ces contrats seraient beaucoup plus élevés que le prix moyen du marché. La société de pub ARB servirait d'intermédiaire entre le parti et l'imprimerie en charge de l'impression des affiches. Dans ce deal, ARB percevrait, toujours d'après la lettre de Frank Vanhecke, une commission de 12 %, ainsi qu'une somme de 35.000 euros pour services rendus.

Sans doute dans un esprit d'équité, l'actuel président du VB, Bruno Valkeniers, a tenté de faire revoir les contrats très avantageux pour la société ARB. Sa tentative se solda par un échec. Il faut savoir que le patron d'ARB, Eric Deleu, gravite directement dans l'entourage de Filip Dewinter (voir le Who'who de cette affaire, ci-dessous). Un intouchable, en quelque sorte.


Sur le modèle de son ami politique Jean-Marie Le Pen, Filip Dewinter (à sa droite) a pris le contrôle du Vlaams Belang au milieu des années 1980, avec la complicité de Frank Vanhecke.


Guerre des clans
Les attaques ouvertes sont rares au sein du Vlaams Belang, où règne normalement une véritable politique d'omerta. Les actuelles révélations de l'ancien président VBiste doivent s'expliquer dans le contexte des conflits internes qui foudroient le VB depuis plusieurs mois. Franck Vanhecke, soutenu seulement par une petite poignée de cadres du parti, dont son amie la parlementaire Marie-Rose Morel, s'oppose de plus en plus ouvertement au clan «Dewinter-Annemans». Un clan qui contrôle le leadership de l'appareil dirigeant du Belang. Une guerre inter-VB, dont RésistanceS.be a déjà fait régulièrement écho, que visiblement le président Bruno Valkenier n’arrive pas à contrôler, ni surtout à juguler. Il y a pourtant urgence : ces conflits sont des plus contre-productifs pour le Vlaams Belang, dont l'état de santé politique est très mauvais.

La «guerre des clans» qui s'y déroule est accentuée par les récentes défaites électorales enregistrées aux dernières élections. Défaites s'expliquant par plusieurs facteurs, dont une usure temporelle de l'image de «parti protestataire» dont bénéficiait seul le Vlaams Belang jusqu'à présent et en même temps l'émergence de sérieux concurrents nationalistes et populistes dans le paysage politique flamand. Ce reflux électoral du Belang, hier parti «number one» - en termes de dynamisme et de progression politique - pousse désormais ses leaders à s'entre-déchirer. Alors qu’il est attaqué de l'extérieur, les règlements de comptes se font à l'intérieur.


Balais anti-corruption
Dans un article sur son site Internet, mis en ligne voici déjà plusieurs jours, Frank Vanhecke écrit qu'il poursuivra sa dénonciation publique des travers du Vlaams Belang. Il précisait également que tous les VBistes qui choisiront de subir encore la loi du silence devront alors être considérés comme les complices des dysfonctionnements internes...

Cela promet donc de nouvelles révélations sur le parti qui se donnait, depuis sa création en 1978, l'image du seul «parti propre» du monde politique. Derrière les décors de propagande et les balais anti-corruption, jadis agités par le Vlaams Belang - et avant lui par le parti Rex de Léon Degrelle - une autre réalité se cacherait-elle ?

Johan Gulbenkian
Responsable de la rédaction flamande de RésistanceS.be

 

Le Who's who de cette «affaire»

Les récentes révélations de Frank Vanhecke, l'ancien président du Vlaams Belang, sur les supposées magouilles financières opérées par ce parti d'extrême droite, qui fut jusqu'à récemment l'un des plus importants en Europe, mettent sous les feux de l'actualité plusieurs personnes. Lui-même en premier lieu. Voici leur portrait.


Frank Vanhecke, génération Dillen-Le Pen
Celui qui met aujourd'hui le feu aux poudres du Vlaams Belang, en dénonçant publiquement ses maux internes, dont d’éventuelles malversations financières, est l'un de ses responsables les plus importants. Né en 1959, Frank Vanhecke a été le président du parti d'extrême droite flamand de 1996 à 2008. En juin dernier, il a été réélu au Parlement européen. Avant cela, il avait déjà siégé comme chef du groupe du Vlaams Belang au Sénat et au conseil communal de Bruges.

Très jeune, Frank Vanhecke a été membre du Vlaams nationalistisch partij (VNP), la principale formation politique à la base de la création en 1978 du Vlaams Blok, le nom d'origine du Vlaams Belang. Il passa également par les rangs du Nationalistisch studentenverenigingen (NSV), une association d'étudiants adeptes de la croix celtique (symbole des néofascistes) et des actions musclées de type commando. Il n'y a pas de doute à propos de son CV politique : Vanhecke est un pur et dur de la cause nationaliste radicale flamande, alors à l'extrême droite de la Volksunie, le parti historique du mouvement national flamand. Il a fait partie de la génération militante qui va réussir à imposer le Vlaams Blok dans le paysage politique de notre pays. Notamment en prenant pour modèle l'extrême droite française conduite par Jean-Marie Le Pen. En 1981, Frank Vanhecke termine à la Vrij universiteit Brussel (VUB) ses études en communication par la réalisation d'un mémoire consacrée à la Nouvelle Droite française, le courant idéologico-stratégique qui permit à l'extrême droite de sortir de sa traversée du désert, entamée aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Fort de ses connaissances théoriques, Frank Vanhecke fut vite choisi par Karel Dillen, le dirigeant historique et fondateur du parti nationaliste séparatiste flamand, pour prendre en main le VB et le professionnaliser. Une mission qu'il réalisera avec d'autres jeunes cadres, dont essentiellement Gerolf Annemans et Filip Dewinter. Aujourd'hui ses pires ennemis à l'intérieur du Vlaams Belang.


Karel Dillen avec Frank Vanhecke, l'un de ses «fils politiques» préférés. Au temps où le Vlaams Belang était uni...


Filip Dewinter, le vrai patron du Vlaams Belang
Dans sa lettre de dénonciation, Frank Vanhecke cible en particulier Filip Dewinter. Officiellement numéro deux du Vlaams Belang, dans les faits Dewinter est son véritable patron. Par ailleurs, c'est en tandem avec Vanhecke qu'il participa à la prise de contrôle du pouvoir au sein du parti, au milieu des années 1980. Leur parcours politique et leur ascension dans l'appareil dirigeant du Vlaams Belang est similaire. Ils formaient alors une seule et même pièce. Côté face, Vanhecke, côté pile, Dewinter. Habile en matière de communication, ce dernier scénarise une prise de contrôle du VB en mettant aux avant-postes son camarade Vanhecke, plus passe-partout, et plus acceptable surtout. Dewinter l'utilisera comme cheval de Troie. Une fois à la tête du VB, Frank Vanhecke agira pour le compte de Dewinter. Jusqu'à leur récente rupture.

Filip Dewinter provient lui aussi du Nationalistisch studentenverenigingen (NSV), le vivier de recrutement des futurs responsables du parti d'extrême droite. Influencé par le Front national français, il est chargé de fonder et de structurer l'organisation de jeunesse du VB de l'époque, les Vlaams Blok jongeren. Échelon après échelon, Dewinter monte dans la hiérarchie de la formation politique extrémiste. Aux élections, il est systématiquement élu : conseiller communal à Anvers, député régional, député fédéral... Son parrain politique, Karel Dillen (aujourd'hui décédé), lui a balisé le terrain pour y arriver.

Contrairement à Vanhecke, qui préconise une modération du programme du VB, afin de le sortir de son isolement politique, Filip Dewinter reste pour sa part un partisan de la ligne historique. Ses liens maintenus avec des organisations d'extrême droite radicales, voire néonazies, le prouve à suffisance.


Filip Dewinter (à l'extrême droite sur cette photo) lors d'un récent meeting de la Nouvelle droite populaire (NDP), un mouvement de l'extrême droite radicale française.

PLUS D'INFOS sur Dewinter ?
Lire notre article «Qui est réellement Filip Dewinter ?»


Pieter Kerstens, alias «Néon Degrelle»
Il est le patron de la Brusselse Signs and Lightning Corporation, la société commerciale, spécialiste en lumineux, mise aujourd'hui en cause par Frank Vanhecke dans le mécanisme de fraudes supposées organisé au cœur de la direction du Vlaams Belang. D'origine hollandaise, Pieter Kerstens provient de l'extrême droite francophone des années 1980. Il fut l'un des derniers dirigeants du Parti des forces nouvelles (PFN), une formation politique acquise aux thèses négationnistes néonazies et prenant Léon Degrelle comme modèle.

Ce sont sa nostalgie de l'ex-chef de Rex et ses activités professionnelles dans le secteur des néons lumineux qui donneront à Kerstens son surnom : «Néon Degrelle» En 1991, sous sa houlette et celle des derniers autres responsables du PFN, ce parti néonazi fusionne avec le Front national (FN) de Daniel Féret. Cependant, très vite, Pieter Kerstens quittera le FN pour tenter de relancer le PFN, sous le nom de Renouveau nationaliste. L'échec sera au rendez-vous. Avec quelques anciens du PFN, il rejoindra alors le Vlaams Blok. Depuis, Pieter Kerstens dirige l'Alliance bruxelloise contre le déclin (ABCD), une structure chargée de la propagande en direction de l'électorat francophone de la capitale du parti d'extrême droite flamand. Il se charge encore des relations du Vlaams Belang avec l'extrême droite française. Avec Filip Dewinter, Pieter Kerstens entretient ainsi des amitiés privilégiées avec la Nouvelle droite populaire (NDP), un mouvement dissident du Front national de Jean-Marie Le Pen.

Des articles politiques du patron de la Brusselse Signs and Lightning Corporation sont par ailleurs publiés dans le journal du Front national présidé par Patrick Cocriamont et sur le site Internet du mouvement Nation.


Photo exclusive de RésistanceS.be : Pieter Kerstens (à gauche sur cette photo) à l'époque du Parti des forces nouvelles (PFN), lors d'un rassemblement néofasciste en France. Au mur, une affiche nostalgique de Léon Degrelle.

PLUS D'INFOS sur l'Alliance bruxelloise contre le déclin de Pieter Kerstens ? Lire notre article «Une alliance francophone au service du Vlaams Belang»



Eric Deleu, une mauvaise pub pour le Belang
Il dirige l'agence de publicité ARB qui aurait été favorisée financièrement par le Vlaams Belang, d'après la lettre de dénonciation écrite par Frank Vanhecke. Deleu est un proche de Filip Dewinter. Il siège pour le compte de son parti au conseil d'administration de la VRT, la chaîne publique flamande. Eric Deleu vient d'être reconfirmé dans cette fonction par la direction du Vlaams Belang. Autres information intéressante concernant ce «camarade-ami» de Dewinter : il a été recherché récemment par la justice allemande pour le vol d’une petite statue d’Arno Breker, un des sculpteurs nazis préférés d’Adolf Hitler. Il s'agirait bien entendu d'«un malentendu», dixit Eric Deleu, qui affirme, depuis lors, que l’affaire s'est réglée à l’amiable...

Alexandre Vick



© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 9 mars 2010.

 


Le balai anti-corruption a toujours été agité par l'extrême droite. Comme ici sur cette photographie de militants du parti Rex de Léon Degrelle au milieu des années 1930.


Sur RésitanceS.be, il est toujours possible de lire notre
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