RésistanceS 30-10-2007

Nostalgique de l'Ordre nouveau

Le VMO, toujours un exemple pour le Vlaams Belang


Le Vlaamse militanten orde (VMO) fut l'une des plus importantes organisations néonazies en Belgique. Pilier musclé du “mouvement flamand“, le VMO participa activement à la création du parti Vlaams Blok (en 1979). Un site internet entièrement consacré au VMO s’est créé récemment. Une preuve de plus que la flamme du souvenir des années d'Ordre nouveau reste vivace dans la mouvance du Vlaams Belang (le nouveau nom depuis 2004 du Vlaams Blok). En septembre de cette année, Filip Dewinter participa à une réunion d’anciens combattants du VMO…

Par Alexandre VICK (RésistanceS)


Le VMO défilant, en 1967, dans les rues d’Anvers. Une des habitudes de cette organisation néonazie flamande – Document photographique : Archives Hugo Gijsels-RésistanceS.



Le site internet consacré au Vlaamse militanten orde (VMO) est apparu cet été sur la toile. Il est réservé aux nostalgiques et aux disciples de cette organisation néonazie qui marqua l'histoire du “mouvement nationaliste flamand“ dans son ensemble (voir plus bas notre encadré). C'est pour cette raison que la promotion annonçant son ouverture a été faite uniquement en direction des initiés.

Aujourd'hui, seuls quelques uns d'entre eux réfèrent, sur leur blog, ce site dédié au VMO. Parmi les “promoteurs“ de l'espace virtuel qui lui est consacré, il y a notamment plusieurs membres et cadres du Vlaams Belang (VB), comme Bart Debie (ex-commissaire anversois qui défraya la chronique des faits divers) ou Bert Deckers (le vice-président des VB Jongeren d'Anvers, pour qui la croix celtique, symbole également utilisé par les néonazis, semble rester une référence).


VMO-Vlaams Belang : une histoire commune
Rien d'étonnant à cela : le VMO a toujours été honoré par le Vlaams Belang et ses principaux dirigeants, malgré le remplacement des tenues paramilitaires chères au VMO par les costumes BCBG de l'élu-type VBiste. Au sein du groupe d'action nationaliste Voorpost, dirigé par des membres de la direction du VB, le souvenir du VMO est également toujours intact. D'ailleurs, d'après plusieurs spécialistes de l'extrême droite flamande, Voorpost aurait récupéré l'espace libéré par le VMO lors de sa disparition, au milieu des années 1980.

On retrouve également la trace de ce site pro-VMO sur celui du Vlaamse volksbeweging (VVB), le mouvement populaire flamand fédérant les différentes tendances nationalistes du Nord du pays, de l'opposition d'extrême droite (Vlaams Belang) à la droite nationaliste gouvernementale (NV-A, l'allié des démocrates-chrétiens du CD&V, le parti de Yves Leterme). A l'étranger, la trace d'une référence à ce site n'a été trouvée que sur le forum de Stormfront, le portail néonazi américain bien connu des adeptes actuels de la croix gammée.


Dans les années 1980, le VMO a exploité le racisme à des fins idéologiques, comme le montrent ses autocollants. En 1985, une section bruxelloise francophone fut fondée sous le nom de VMO-Bruxelles (comme l’illustrent les deux autocollants de gauche). Le dirigeant de cette section participa à la création, en 1999, à Nation, un mouvement d’extrême droite francophone agissant dans l’ombre électoral du Front national – Documents : Archives RésistanceS.


Le VMO, selon le VMO
Au sommaire du site sur le VMO : l'histoire du VMO... selon la version politiquement correcte du VMO ! Les aspects les plus nauséabonds de ses activités ne figurent donc pas au programme de ce site, comme il fallait s’en douter. Lorsque l'histoire de l'extrême droite est racontée par ses propres conteurs, le négationnisme et le révisionnisme sont toujours au rendez-vous.

Les surfeurs consultant le site sur le VMO pourront découvrir les faits d'armes de cette organisation nationaliste flamande : opération clandestine pour récupérer le corps d'un ex-dirigeant de la collaboration flamande avec l'occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale, manifestations contre les francophones dans les “communes flamandes occupées“, cérémonies nationalistes dans les rues d'Anvers (le fief historique du VMO)...

Le site est illustré de nombreuses photographies et documents des différentes époques que l'“Ordre des militants flamands“ marqua de son empreinte. Plusieurs pages sont encore consacrées à ses chefs historiques : Wim Maes (1925-1968), Bert Eriksson (1931-2005)... Au sujet de ce dernier, les biographes du site du VMO oublient de rappeler qu'il fut également l'un des plus illustres leaders du mouvement néonazi en Belgique et ceci jusqu'à son décès, il y a deux ans (voir notre encadré qui suit).

Comme il pourra aisément être compris, le site sur le VMO confirme que le passé nazi d'une partie du mouvement nationaliste flamand bénéficie encore d'une poignée d'irréductibles nostalgiques. Y compris (et surtout ?) au sein du Vlaams Belang : le propriétaire du nom du domaine “Vlaamsemilitantenorde.com” est un dénommé Jan Mevis. Un inconnu ? Ancien membre de l'association des étudiants d'extrême droite NSV, lors des dernières élections communales (en octobre 2006), il figurait en treizième place sur la liste déposée dans la ville de Turnhout par... le Vlaams Belang !

Quant à Filip Dewinter (le numéro deux du VB) et Luc Vermeulen (le responsable de la sécurité du parti et par ailleurs membre de la direction du groupe d’action Voorpost, directement lié au VB), le site pro-VMO informe qu’ils participèrent en septembre dernier à une réunion d’anciens militants de l’organisation néonazie. Cette réunion eut lieu à l’occasion de la présentation d’un livre biographique sur Bert Eriksson, écrit par l’un de ses petits-fils. L’héritage idéologique du VMO est donc bien assuré…

Alexandre VICK


Le VMO, au service de l'Ordre nouveau nazi


Aujourd’hui encore, le VMO reste une référence pour l’extrême droite flamande, comme le montre ce banner de l’organisation Nieuwe-solidaristische alternatief (NSA), également active sous le nom de Vlaamse jongeren Westland (VJW) – Documents : RésistanceS.

Il pourrait figurer au patrimoine informel des organisations du ‘’mouvement nationaliste flamand’’. Le Vlaamse militanten ordre (VMO) est apparu durant les années 1950. Il s'occupa du service d'ordre de la Volksunie, le parti nationaliste flamand de l'époque. Ensuite, cela fut la rupture en 1963. Le VMO devint une organisation autonome qui se radicalisa de plus en plus, notamment contre les Flamands considérés comme des traîtres à la Patrie. Mais surtout contre les "fransquillons”, à qui le VMO réservait des opérations ultraviolentes.

Son dirigeant principal était alors Bert Eriksson. Avec lui, l'organisation flamande allait se retrouver au coeur d'un réseau international de nostalgiques d'Adolf Hitler. Le VMO participa ainsi à des actions communes avec des groupes étrangers préconisant le terrorisme pour sauver la “race blanche” de son anéantissement orchestré, selon eux, par les “ennemis de l'Europe”. L'organisation conduite par Eriksson participa également à la diffusion des thèses négationnistes niant les crimes commis par la dictature nazie. La justice condamna le VMO, organisé sous le modèle d'une milice paramilitaire, au début des années 1980. La dissolution fut réalisée en 1983. Cependant, Bert Eriksson (ainsi que d'autres du VMO) tenta à plusieurs reprises de relancer l'organisation, avec le soutien de jeunes militants acquis au néonazisme.

Se succédèrent ainsi, de manière toujours éphémère, le groupe Odal (dans les années 1980), la Jonge wacht (au début des années 1990) et l'Odal aktiecomité (au milieu des années 1990). En 1985, un groupe bruxellois de francophones provenant de deux groupuscules néonazis (le PFN et l'Epe) avait par ailleurs constitué un VMO-Bruxelles. Aujourd'hui, un nouveau candidat à la succession du VMO s'est manifesté. Il s'agit des Vlaamse jongeren Westland (VJW), utilisant aussi le nom de Nieuwe-solidaristische alternatief (NSA). Une petite organisation incapable de mobiliser plus qu'une poignée de militants, en nombre bien moindre que les mobilisations de jadis du VMO (1).

Quelque temps avant son décès, Bert Eriksson participa pour sa part aux activités de la branche flamande de Blood and Honour, un réseau international néonazi lié au “terrorisme noir”. L'ex-chef du VMO ferma ainsi l'histoire d'une organisation qui s’était mise entièrement au service de l'Ordre nouveau nazi. De nos jours, elle garde de nombreux disciples au sein du Vlaams Belang et de ses organisations satellites (VB Jongeren, Jongeren aktief, NSV, Voorpost...). Ainsi, lors de l'enterrement d'Eriksson, de nombreux dirigeants du VB étaient présents.

[A.V]

(1) Le 21 octobre dernier, dans les rues de Bruges, les VJW organisèrent une manifestation. Malgré le renfort d’activistes francophones du mouvement Nation, ils ne furent capables de mobiliser que cent militants. En comparaison : la contre-manifestation antifasciste, initiée par un mouvement d’extrême gauche trotskiste, rassembla plus de trois cents personnes.



Bert Eriksson à la tribune du meeting commémorant la naissance d’Adolf Hitler organisé par les néonazis de Blood & Honour-Vlaanderen (B&H-Vl), en 2002. Trois ans après, lors du décès de ce dernier dirigeant du VMO, l’extrême droite dans sa grande majorité lui rendit hommage : le groupe Voorpost, Groen rechts, B&H-Vl, les Jongeren aktief, le Vlaams Belang… et du côté francophone, le mouvement Nation. Il faut savoir que l’un des fondateurs-dirigeants de ce dernier fut l’un des anciens collaborateurs de Bert Eriksson, notamment lorsqu’il dirigeait le VMO-Bruxelles – Documents : RésistanceS.

 

 


© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 30 octobre 2007.



Membres du VMO en action dans les années 1970

 


Plus d'infos sur le VMO ?
Lire l'article de RésistanceS :

Les liens VB-VMO, par Wim Haelsterman

Lire aussi notre dossier Were Di (janvier 2003)
sur les liens du VB avec les organisations d'Ordre nouveau nazi
. Ce groupe néonazi était directement lié au VMO. Karel Dillen, dirigeant de Were Di et président-fondateur du Vlaams Blok, collaborait à 'Alarm', le journal du VMO.


! Prochainement sur RésistanceS !

Un dossier complet sur le groupe d'action nationaliste Voorpost, le VMO d'aujourd'hui... (mi-novembre 2007)



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