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Une nouvelle enquête de RésistanceS

La Belgique reste une plaque tournante des « négateurs-nazis »

Pour la mi-mars, la branche flamande de l’organisation internationale néonazie Blood and Honour convoque un meeting pour soutenir le criminel Ernest Zündel. Il aura lieu près d’Anvers et regroupera les principaux leaders de la secte négationniste, animée par VHO. Qui continue à être liée aux formations électorales d’extrême droite. Ce rassemblement illégal prouve aussi que la Belgique reste une plaque tournante pour ceux qui nient le génocide commis par la dictature hitlérienne.



Depuis plusieurs années, VHO entretient des liens avec Blood and Honour Vlaanderen. Ci-dessus, photographie de la tribune du « Revisionistisch congres », organisé le 2 mars 2002, en Flandre, dans la totale clandestinité. De gauche à droite : Bert Eriksson (ex-leader du VMO et « compagnon de route » de VHO), Vincent Reynouard (responsable de la branche francophone de VHO), Siegfried Verbeke (dirigeant-fondateur de VHO et ancien du VMO) et Paul Kruger (pseudonyme du porte-parole de Blood and Honour Vlaanderen).


Le 19 mars 2005, un meeting néonazi et négationniste aura lieu près d’Anvers, dans la commune de Waasmunster. Une information sur ce rassemblement, diffusée par l’Anti-fascistisch front (AFF, nos homologues néerlandophones) sur son site Internet (www.aff.be), précise qu’il sera organisé par la « division flamande » de Blood and Honour (BH), une organisation internationale de « skinheads NS » prônant l’action terroriste contre ses adversaires (voir ci-contre).

Soutien au criminel Zündel
L’invitation, qu’un réseau antifasciste flamand s’est procuré, émane bel et bien de BH Vlaanderen et de la revue néonazie « Bloed, Bodem, Eer en Trouw » (BBet). Ce rassemblement est présenté comme étant une soirée militante ayant pour thème la « répression ». L’objectif de celle-ci est de soutenir le hors-la-loi germano-canadien antisémite Ernest Zündel, actuellement emprisonné en Allemagne pour ses activités négationnistes (voir ci-contre). La planification de cette soirée tournera autour d’exposés donnés par d’autres négateurs du génocide des Juifs perpétré par la dictature allemande, durant la Deuxième guerre mondiale.

Affiche d’un concert « oï » proposé, en 2003, par la « division flamande » de l’organisation néonazie internationale Blood and Honour.

Sont prévus à ce meeting de Blood and Honour : Siegfried Verbeke, Christian Worch et S. Balland. Le premier est le patron du groupuscule Vrij historisch onderzoek (VHO), le second le leader des « Freie nationalisten », un mouvement néonazi allemand, et le troisième est présenté comme étant le « contact wallon » du Comité d’entraide aux prisonniers européens (voir ci-contre).

Belgique, la plaque tournante des menteurs !
Siegfried Verbeke et Christian Worch sont des individus connus de la nébuleuse des « assassins de la mémoire ». Ils y sont actifs depuis de très nombreuses années. Pour sa part, S. Balland est un nouveau venu dans cette nébuleuse constituée d’une toute petite poignée d’excités. Dans laquelle l’utilisation de pseudonymes est une habitude constante. Selon certaines déductions et informations reçues, le dénommé S. Balland pourrait cacher l’identité d’un professionnel sans frontières de la falsification de l’histoire du nazisme. « Balland » serait un clin d’œil provocateur fait en direction des anciennes éditions Balland qui ont édité par mégarde, en 2003, un ouvrage antisémite : « L'autre Visage d'Israël ». Après que la nature nauséabonde de ce bouquin ait été confirmée, les éditions en question l’ont directement retiré des rayons des librairies.

Aujourd’hui, par vengeance, « Balland » servirait de couverture au responsable de la « délégation Wallonie » du Comité d’entraide aux prisonniers européens. Celui-ci serait surtout le dirigeant de la vitrine francophone du VHO de Siegfried Verbeke, connue sous le nom de « Vision historique objective » dont RésistanceS dévoilait l’existence dès le mois de juin 2002. Le meneur du groupe francophone VHO utiliserait ce pseudonyme pour poursuivre ses activités hors-la-loi. Il faut savoir que ce sinistre individu de nationalité française, poursuivit par les justices françaises et belges, vit chez nous en quasi-clandestinité. Hébergé par une secte intégriste chrétienne, il a un lourd passé criminel dans le domaine de la négation. En France, il dirigeait déjà, dans les années 90, l’Association normande pour l’éveil du citoyen (ANEC), un groupuscule négationniste alors en relation en Belgique avec le groupe néonazi l’Assaut d’Hervé Van Laethem (dirigeant et éditeur responsable aujourd’hui du groupe Nation). Dans son bulletin de liaison, « Nouvelle Vision », l’ANEC avait alors apporté son appui politique à des « prisonniers politiques », comme le terroriste néonazi Michel Lajoye.

Les activités sur notre territoire national de ces propagandistes antisémites français, belges et allemands démontrent une nouvelle fois que la Belgique reste la plaque tournante pour ce réseau négationniste encore en activité. Et bénéficiant également de véritables soutiens dépassant les limités officielles de ses activités sectaires.

Des liens avec les « partis nationalistes » ?
Effectivement, si les « négateurs-nazis » ont été, par pure stratégie et opportunisme politique, marginalisés au cœur même de l’extrême droite, un soutien indéfectible en leur direction a toujours survécu aux succès électoraux des « partis nationalistes ». Partis comptant dans leurs rangs, encore aujourd’hui, des adeptes des croyances négationnistes.

Nombreux fidèles de la cause du mensonges ne cessent d’ailleurs de rappeler, ici et là, que tel dirigeant ou tel député d’extrême droite était abonné à des publications niant le génocide commis par les nazis et manifeste toujours, mais en catimini, sa sympathie pour ce combat là. Dans le milieu de la falsification historique des listes et des preuves circulent d’ailleurs à ce sujet. Plusieurs actuels leaders de formations électorales y figureraient en bonne place.

Par ailleurs, Patrick Cocriamont, député fédéral et membre de la direction du Front national de Daniel Féret, revendique fièrement son appartenance passée au Parti des forces nouvelles (PFN), une formation néonazie, antisémite et négationniste dont l’existence reste un modèle du genre pour la génération actuelle de l’extrême droite. Filip Dewinter, véritable big-boss du Vlaams Blok / Belang (VB), apportait son appui inconditionnel à l’activisme politique du même PFN. Ceux de la direction du VB membres du groupe d’action nationaliste Voorpost partagèrent le même « chemin militant » à la base de la constitution de VHO de Verbeke. Voorpost, comme la majorité des organisations d’extrême droite, soutiendra l’entreprise des antisémites négationnistes. Maintenant, ces derniers reçoivent encore l’apport médiatique du portail belge du site Internet international d’extrême droite « Altermedia ». En Belgique, ce site sert notamment de tribune de promotion au groupe Nation.

Autocollant pro-négationniste du NJSV diffusé après le vote de la loi condamnant la négation du génocide des Juifs commis par les nazis. Les NJSV est une organisation étudiante liée au Vlaams Blok / Belang.

Pour en revenir au meeting de Blood and Honour du 19 mars prochain, il se pourrait donc que des membres de ces formations électorales marquent l’événement de leur présence. Ce rendez-vous des nostalgiques de l’hitlérisme prouve, en tout les cas, qu’une fois de plus, que la vraie nature de l’extrême droite revient toujours au galop et que la Belgique, malgré la loi antiraciste et antinégationniste, reste une plaque tournante des réseaux de la haine et de l’intolérance.

Alexandre VICK

© RésistanceS – www.resistances.be - Bruxelles – Belgique – 8 mars 2005.

 

 

Who’s who

Le meeting du 19 mars 2005 est organisé, près d’Anvers, pour soutenir le négateur Ernest Zündel. Les néonazis belge et allemand Siegfried Verbeke et Christian Worch prendront la parole à cette occasion. Ainsi que le responsable de la « délégation Wallonie » du Comité d’entraide aux prisonniers européens (CEPE). Ce meeting est proposé par la « division flamande » de Blood and Honour. Mais qui sont-ils tous réellement ?


Ernest Zündel

Le meeting du 19 mars 2005, organisé par les skinheads néonazis flamands de Blood and Honour, est consacré à sa défense. Né en 1939, l’Allemand Ernest Zündel est l’auteur de nombreux écrits antisémites et négationnistes. Depuis 1958, il vivait au Canada jusqu’à sa récente explusion vers l’Allemagne où il est actuellement emprisonné. Ernest Zündel a participé à la création de l’organisation néonazie « White Power » (Pouvoir blanc) et fut déjà condamné par la justice canadienne, en 1985, pour ses activités criminelles. Responsable d’un site Internet négationniste, il a toujours reçu l’appui des négateurs et autres fascistes adeptes de l’apartheid. En Belgique, l’interface belge d’« Altermedia », un réseau international d’intoxication d’extrême droite actif sur Internet, a pris récemment encore la défense de Zündel.


Siegfried Verbeke

Militant de longue date, tant de la cause « national-flamande » que négationniste, il est devenu au fil des années le principal maillon de l’« Internationale européenne négationniste ». Pour blanchir le IIIe Reich de ses crimes contre l’Humanité, Verbeke agit depuis le milieu des années 70. A l’époque, il était l’un des dirigeants du Vlaamse militante orde (VMO), un groupe paramilitaire néonazi cofondateur du Vlaams Blok en 1978. L’un de ses principaux compagnons dans ce domaine était Roeland Raes, vice-président du VB de sa fondation jusqu’à récemment et resté un partisan acharné du négationnisme. Raes et Verbeke fondèrent ensemble « Haro ». Ensuite, cette revue flamande spécialisée dans le négationnisme donnera lieu à la création du Vrij historisch onderzoek (VHO), la principale structure des négateurs toujours en activité de nos jours et servant de paravent à de multiples activités criminelles. Poursuivis par une série de procédures judiciaires ouvertes à leur encontre, Siegfried Verbeke et son frère, Herbert, furent condamnés en septembre 2003, sur base de la loi antinégationniste du 23 mars 1995 et de la loi antiraciste du 30 juillet 1981, par le tribunal correctionnel d’Anvers à un an de prison, suite à une action du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme.


Christian Worch

Né en 1956, il est considéré par les antifascistes allemands comme étant un « vétéran de la scène néonazie hambourgeoise ». Il dirige maintenant les « Freie nationalisten », un mouvement extrémiste actif en marge des formations politiques classiques d’extrême droite. Christian Worch est lui aussi lié à Blood and Honour, via sa branche allemande. Actif dans les années 80 dans l’Aktionsfront nationaler sozialisten (ANS, Front d’action national-socialiste), il a pris la succession de son leader Mickaël Kuhnen, après son décès du sida en 1991. Dirigeant des « enfants d’Adolf Hitler » dans les années 80, Kuhnen avait également pour particularité de défendre l’« homosexualité nazie ». En Belgique, l’ANS de Mickaël Kuhnen et de Christian Worch était en contact avec le VMO, le Parti européen et le groupe l’Assaut. Christian Worch est resté en connexion étroite avec la mouvance idéologique de ces derniers. Poursuivi par la justice de son pays, il sera en 1996 condamné à deux ans de prison ferme. Aujourd’hui, ce chef néonazi reste en contact avec ces « camarades » belges, notamment par l’entremise de Blood and Honour et de VHO de Siegfried Verbeke.


Comité d’entraide aux prisonniers européens (CEPE)

Le CEPE est localisé en France, à Nîmes. Il fait partie de l’organigramme structurel des « Identitaires », le mouvement politique incarnant outre-Quiévrain l’extrême droite la plus radicale. Celle qui se revendique des « théories racialistes », jadis en vogues dans le IIIe Reich. Les Identitaires sont directement issus d’Unité radicale, mouvement dissout par les autorités françaises suite à la tentative d’assassinat sur le président de la République commise par un de ses sympathisants. En Belgique, ces Identitaires sont représentés par le mouvement Nation qui désormais reprogramme le profil de nos nationalistes locaux sur celui des « thèses identitaires ». Dans ce cadre, le CEPE reste l’un des outils politiques de la propagande des Identitaires.

Le but du Comité d’entraide aux prisonniers européens est de venir en aide aux « militants identitaires » en proie « aux persécutions judiciaires », depuis l’application des « lois liberticides ». Les « moyens d’action » du CEPE s’apparente à un soutien politique, moral, matériel, financier et juridique. Une série de nervis « Identitaires » français déférés devant la justice, souvent pour des actions violentes, ont pu ainsi bénéficier des services dudit comité. Depuis peu, ce comité tente de constituer un « réseau d’avocats qui s’engageraient à défendre gratuitement des camarades » en prison. Ses activités sont semi-clandestines (l’adhésion est anonyme, son adresse est une boîte postale…). Pour mener à bien ses missions, le CEPE invite ses correspondants à organiser des « collectes de fonds » en organisant, notamment, des conférences et des concerts. Concerts où se produisent le plus régulièrement des groupes de musique skinhead, de France comme d’ailleurs. Le 18 octobre 2003, à Paris, c’est « Stormwolf », un groupe naziskin flamand, qui participa par exemple à un concert du CEPE.

La même année, le CEPE ouvrit plusieurs nouvelles « antennes » : à Paris, en Provence, en Languedoc-Roussillon et en Aquitaine-Midi-Pyrénées. Au même moment, une « délégation Wallonie » était mise en place. Elle sera cependant basée à Bruxelles, au sein du réseau bruxellois francophone de VHO. C’est un des représentants de cette « délégation Wallonie » qui interviendra pour le CEPE, le 19 mars prochain, au meeting de Blood and Honour-Vlaanderen.

Dans les années 80-90, d’autres organisations similaires au CEPE existaient déjà, comme le « Comité objectif entraide et solidarité avec les victimes de la répression antinationaliste » (Cobra). Mené par le dirigeant néonazi Olivier Devalez, le Cobra était soutenu en Belgique par le groupe l’Assaut ; qui par la suite mis sur pied « Solidarité nationaliste », sa propre structure destinée à ses « prisonniers politiques ». Aujourd’hui, via les Identitaires français, le mouvement Nation (cofondé et codirigé par le dirigeant de l’époque l’Assaut) garde des liens, d’une façon ou d’une autre, avec ce réseau d’aide aux militants d’extrême droite, y compris néonazis, antisémites et négationnistes, emprisonnés pour des actes criminels.


Blood and Honour (BH)

Né en Grande-Bretagne, BH est la première organisation structurée et internationale rassemblant les skinheads de tendance néonazie. Organisant des concerts de « oï », le rock des skins, et la distribution des disques des groupes agissant sous son label RAC (Rock against communism), Blood and Honour va également fonder un groupe d’action qui se lancera ensuite dans des opérations terroristes, sous le nom de « Combat 18 » (un et huit, pour la premier et la huitième lettre de l’alphabet, soit AH, c’est-à-dire les initiales d’Adolf Hitler !). Forte de plusieurs « divisions » à l’étranger (en France, en Allemagne, en Italie, aux Etats-Unis et maintenant en grande partie dans la plupart des pays de l’ex-Bloc soviétique), BH a néanmoins connu des conflits internes qui donneront lieux à des dissidences, comme celle des Hammers skins.

Dans les années 90, une « Belgian division » de BH est apparue. Des publications néonazies néerlandophones, comme francophones (par exemple « Bec et ongles », alors éditée par un dirigeant du groupe l’Assaut) s’occupèrent de la promotion de ses activités. Dix ans plus tard, gardant des contacts en Wallonie auprès de naziskins proches du Front national puis du mouvement Nation, s’est surtout en Flandre que Blood and Honour va se développer. Notamment avec la caution idéologique de Bert Eriksson , l’ancien « führer » du Vlaams militanten orde (VMO).

Dans notre pays, les productions « oï » faisant partie de la « galaxie Blood and Honour » sont distribuées par « Pure-Impact », un label de disque fondé en 1984, dans la périphérie bruxelloise, par un skin proche du Parti des forces nouvelles de Patrick Cocriamont et du groupe l’Assaut de Hervé Van Laethem. Aujourd’hui, une « division flamande » de BH existe toujours. Avec la publication néonazie flamande « Bloed, Bodem, Eer en Trouw » (BBet), c’est elle qui organise le meeting du 19 mars 2005 à Waasmunster. Cette section est par ailleurs en relation étroite avec Groen-rechts (un groupuscule « écolo-nazi » d’Anvers) et la Vlaamse jongeren Mechelen (VJM), les principaux contacts flamands du mouvement Nation. Blood and Honour-Vlaanderen, Groen-rechts et la VJM se retrouvent, encore avec Nation, au sein du « Comité des nationalistes contre l’OTAN ». Ces groupes néerlandophones développent également des synergies militantes avec des militants des Vlaams Belang jongeren (VBJ). Une preuve de plus des liens maintenus du VB avec la mouvance néonazie.

La division flamande de BH est totalement impliquée dans la mouvance négationniste active en Belgique. Le 2 mars 2002, quelque part en Flandre et dans la totale clandestinité, elle participait au « Revisionistisch congres » où prirent la parole Siegfried Verbeke (VHO), Bert Eriksson (ex-VMO), Vincent Reynouard (négateur français exilé en Belgique et depuis lors responsable de « Vision historique objective », la section francophone de VHO) et Paul Kruger (pseudonyme du porte-parole de Blood and Honour Vlaanderen).

(AV).

Pour plus d’informations sur les « négateurs-nazis », consultez notre dossier


© RésistanceS – www.resistances.be - Bruxelles – Belgique – 8 mars 2005.