RésistanceS.be 13-01-2012

Zizanie à l'extrême droite, ça continue


Des dissidents du FN «réunifié» fondent un nouveau parti, Solidarité Unitaire


Apparu en 2010, le Front national «réunifié» affirme être le seul FN légal en Belgique. Fort d’un seul élu (contrairement à ses concurrents), ses rangs ont été vidés suites à des exclusions et des démissions. D’importants responsables de ce clan frontiste ont fait dissidence lors de la dernière assemblée générale. Ils viennent de fonder Solidarité Unitaire, un nouveau parti d’ultra droite…



Apparu d’abord au Moniteur Belge (le journal officiel de l’Etat belge) et ensuite sur Internet, le parti Solidarité Unitaire ambitionne de se présenter aux élections communales d’octobre prochain comme alternative et concurrence au FN «réunifié» – Doc. site Internet de SU.


En octobre dernier, dans la région de Charleroi, le Front national belge dit «réunifié», alors toujours dirigé par Charles Pire (décédé ce mardi 10 janvier), organisait une «assemblée générale» élective. Ce front est, depuis 2010, animé par un des clans issus du FN (unitaire) présidé de 1985 à 2008 par son fondateur, le docteur Daniel Féret (aujourd’hui en «retraite» politique dans sa villa du sud de la France). Dans une guéguerre fratricide, quatre clans se disputent la propriété du nom et du sigle de ce parti d’extrême droite.

Soutenu par le Front national français de Marine Le Pen (qui devrait toutefois prochainement prendre ses distances), le FN «réunifié» n’est fort que d’un seul conseiller communal (à Charleroi), contrairement à ses concurrents nationalistes, régionalistes et identitaires : le FN «canal historique» conduit par Salvatore Nicotra, le FN présidé par Patrick Cocriamont, la Fédération des nationalistes wallons (FNW-FN Wallonie) de l’ex-député régional Charles Petitjean et Wallonie d’Abord que préside l’ancien sénateur frontiste Francis Detraux.


Flop et insuccès
Totalement minoritaire sur le plan représentatif donc, le FN «réunifié» espérait, par son assemblée générale d’octobre 2011, lancer une dynamique militante qui devait lui servir à s’imposer comme l’unique FN lors des élections communales d’octobre 2012. Ce fut tout le contraire qui se produisit : ce rendez-vous politique s’est soldé par un véritable flop et un insuccès de foule dus aux conflits internes qui le ravagent depuis sa création. Le nombre de participants prévu (environ 150 membres) ne fut pas atteint. Seule une soixante de frontistes s'était déplacée pour y assister. Selon le témoignage d'un militant présent, des responsables auraient même dû y venir en famille pour grossir les rangs !

Quasi plus nombreux que les adhérents de ce FN, c’est surtout les activistes du mouvement national-solidariste Nation qui ont constitué les rangs de cette assemblée. Partenaire politique officiel du clan frontiste «réunifié» depuis les élections législatives de 2010, Nation se singularise pourtant par ses liens avec la droite radicale française anti-lépeniste ().

A l’occasion de cette assemblée très peu fréquentée, il fut néanmoins constater le transfuge au FN « réunifié » d’un nouveau venu et de son «mouvement». Il s’agit en réalité d’un individu des plus loufoques, président-fondateur et autoproclamé d’un groupusculaire «Mouvement social laïque républicain», le MSLR. N’existant réellement que sur Facebook, ce MSLR s’est présenté sous le nom de Parti socialiste humaniste (PSH) aux élections régionales bruxelloises de 2009. Il y a récolté un résultat à la hauteur de sa grandeur : 0,03 % (1). Depuis, ce PSH-MSLR s’est totalement lepénisé.

L'assemblée de ce clan frontiste a surtout confirmé l’existence de graves dissensions internes entre ses différents petits chefaillons qui se livrent à une course poursuite obsessionnelle afin de s’assurer une tête de liste pour les prochaines communales. La désignation du poste de vice-président de la régionale bruxelloise a également donné lieu à une montée des tensions. Il faut savoir que les incompatibilités d’humeur sont légions au front. La haine entre certains de ses membres constitue une habitude. Les coups bas et tordus vont dans tous les sens, suivant les humeurs des uns et des autres. Dans ce front, les guerres de tranchées se déroulent au sein du même camp. Les frontistes «réunifiés» passent plus de temps à se disputer entre eux qu’à livrer le combat contre leurs nombreux ennemis extérieurs, qu’ils désignent pourtant de façon répétée et obsessionnelle dans leur propagande.

Depuis quelques temps déjà, un des fondateurs du FN «réunifié», Charles Petitjean, faisait l’objet de pressions internes. Cet ancien député régional wallon, de 2004 à 2009, préside la Fédération des nationalistes wallons (FNW), qu’il proclame comme étant le « FN Wallonie ». Les enjeux : la répartition du pouvoir en région wallonne et les places des candidats pour sa liste électorale qui devrait être déposée à Charleroi, le bastion électoral de l’extrême droite. Voulant tous s’y trouver en places éligibles, les rivalités ont débouché par la mise à l’écart de Petitjean et de sa fédération. Etait particulièrement visé par cette véritable purge, un militant de terrain d’origine italienne, très populaire dans sa communauté, qui revendiquait lui aussi de conduire la liste carolo en octobre 2012. Au grand dam de celui qui s’autoproclame comme le boss du FN dans la province du Hainaut.

La Fédération des nationalistes wallons, ainsi que son pendant bruxellois, la Fédération des nationalistes populaires bruxellois (FNPB), ne font plus depuis partie du FN «réunifié».


«Génération Facebook»
Si la FNPB est une coquille vide, ce n’est pas le cas de la FNW-FN Wallonie. Lors de ses réunions mensuelles, cette fédération frontiste regrouperait systématiquement entre 50 et 80 frontistes, dont plusieurs élus communaux et provinciaux.

De nouveaux départs ont été enregistrés après l’assemblée générale du FN «réunifié». Guy Farcy, Manuel Cailleeuw et Sandrine Latinis, trois de ses responsables importants, ont présenté, quelques jours après l’assemblée, une démission collective. Au vu de ce qu’ils représentaient, leur défection est un coup extrêmement dur pour ce clan lepéniste. Une véritable gifle qui laissera des traces et donnera lieu à de «petites» représailles.

Le premier des démissionnaires était juste avant son départ encore le «conseiller politique et juridique» de ce FN. Délégué général pour la Wallonie, Manuel Cailleeuw était surtout en charge de la réalisation et de la distribution du matériel de propagande (qui serait fabriqué non pas en Belgique, mais en Chine !), un «département» permettant de remplir les caisses du parti. Pour sa part, Sandrine Latinis avait très vite été promue au poste de déléguée générale de la province de Liège et trésorière nationale. Cette «cadre» nationaliste provenait - comme bien d’autres affiliés du FN «réunifié» - de ladite «génération Facebook» (désignant les adhérents FN recrutés par ce réseau social). Latinis a par ailleurs fondé et dirigé son service de sécurité interne, mis sur pied sous le nom de Front national identitaire (FNI). C’est une petite bande de nazi-skins de Liège qui constituait essentiellement les troupes de ce FNI. Amateur de Léon Degrelle et de «Sieg Heil» (salut hitlérien), ceux-ci se revendiquent ouvertement de Blood & Honour/Combat 18, la dissidence radicale de l’organisation néonazie skinhead.

La décision de Guy Farcy, Manuel Cailleeuw et Sandrine Latinis de quitter ce FN a été prise après de longs mois de crises internes, notamment suscitées par la présence trop influente du mouvement Nation. Le trio Farcy-Cailleeuw-Latinis a été suivi par la majorité des affiliés de la section liégeoise et de Courcelles. Leur défection est d’une importance capitale. Orphelin de plusieurs de ses militants (souvent reconnus comme efficaces et très actifs), la préparation des élections communales de ce front sera désormais des plus difficile pour récolter des signatures d’électeurs (nécessaires afin de pouvoir déposer des listes), recruter des candidats et organiser la campagne électorale en tant que telle.

 



La délégation belge au défilé du Front national français de Marine Le Pen, le 1er Mai 2011 à Paris. Parmi celle-ci se trouvait Guy Farcy (sur cette photo, au centre avec la cravate) et Sandra Latinis (à droite), les désormais anciens «idéologue» et trésorière nationale du FN «réunifié» – Image extraite d’une vidéo diffusée librement sur un site Internet de partage.


Un nouveau parti : Solidarité Unitaire
Pour continuer leur combat, un nouveau parti a été créé (sous la forme d’une ASBL) fin décembre par les dissidents frontistes, comme l’avait annoncé, il y a plusieurs semaines déjà, RésistanceS.be. Cette formation se nomme «Solidarité Unitaire» (SU) et un de ses fondateurs la décrit comme un mouvement de défense de la «civilisation judéo-chrétienne», afin de clairement rompre avec la tendance radicale (identitaire national-solidariste) de l’extrême droite. SU se proclame comme étant «un parti citoyen, ni de droite ni de gauche». Il ambitionne de se présenter aux prochaines élections communales sur le même terrain que celui des FN belges.

Solidarité Unitaire souhaite éviter de retomber dans le piège de la zizanie permanente, «maladie» dont est atteinte depuis longtemps l’extrême droite (y compris flamande et française désormais). Manque de pot pour ce parti, Manuel Cailleeuw, l’un de ses principaux dirigeants-fondateurs, vient de claquer la porte suite à une divergence avec Sandra Latinis, sa présidente. Le constat est à nouveau fait : sous ses divers formes et intitulés, l’extrême droite reste égale à elle-même en reproduisant sans discontinuité ses tares endogènes.

Manuel Abramowicz

Note :

  • Sur ce Parti socialiste humaniste (PSH), lire l'article du journaliste Mehmet Koksal : « Philippe Goisse (PSH): “Les islamistes sont des fous manipulés mais c’est moins grave que ces sales curés” », publié sur son site d'informations d’actualité politique Parlemento.com, le 28 mai 2009

 

NOUVEAU (20/01/2012) Droit de réponse de la présidence du parti Solidarité Unitaire



Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite. Pour la reprise de nos informations sur des sites Internet, veuillez faire un hyperlien vers notre site : www.resistances.be

 

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 13 janvier 2012.

 

 




Anciens de la direction nationale du FN «réunifié», Guy Farcy (à gauche, sur cette photo, avec la cravate) et Sandra Latinis (à droite) viennent de fonder, avec d’autres dissidents frontistes, le parti Solidarité Unitaire – Image extraite d’une vidéo diffusée librement sur un site Internet de partage.

 

NOUVEAU (20/01/2012) Droit de réponse de la présidence du parti Solidarité Unitaire


Sur les FN en Belgique, lire sur RésistanceS.be

 

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