RésistanceS.be 27-11-2011

Réactualisation de cet article : 29 novembre 2011

Nouvelles preuves


Les liens des frontistes belges pro-lépenistes avec un mouvement lié aux anti-lepénistes ! 


En octobre dernier, RésistanceS.be avait diffusé sur son site des révélations sur la présence en France de dirigeants et de partenaires du «FN réunifié» auprès de la mouvance d’extrême droite anti-lepéniste. Le clan des frontistes belges soutenu officiellement par le FN français de Marine Le Pen affirme sa fidélité à cette dernière. Pour espérer avoir des élus aux élections communales de 2012, ce clan doit coûte que coûte garder le soutien de la «maison-mère». L’enjeu est de taille : la présidente du FN français pourrait prochainement cesser son soutien et s’allier au Parti populaire.



Collage d’affiches du Front national, alors unitaire, pour les élections législatives de juin 2010 © Photo : Tractothèque .


En Belgique, après une nouvelle balkanisation de l’extrême droite francophone en 2010,  quatre clans concurrents et ennemis se revendiquent comme étant «le» Front national légal. Suite à notre article «Solidaristes contre identitaires», paru à la date du 18 octobre dernier sur notre site (1), la rédaction de RésistanceS.be a reçu par e-mail, et sous la forme d’un droit de réponse (qui aurait du légalement être envoyé par recommandé), une demande de rectificatif () . Elle provient du FN présidé par Charles Pire, un transfuge de l’ex-Parti social-chrétien (PSC) qui fut, de 2005 à 2009, député régional wallon, élu sur la liste du FN d’origine, celui de Daniel Féret, son président-fondateur (en 1985).


Un seul élu et une nouvelle scission
Ce Front national bis est (toujours à ce jour) soutenu officiellement par le parti français d’extrême droite du même nom et présidé depuis janvier par Marine Le Pen . Il est le plus faiblement représenté (un seul élu communal à Charleroi) des quatre clans frontistes présents dans notre pays. Les trois autres, le FN mené par Salvatore Nicotra (), le FN de Patrick Cocriamont et le FN-Wallonie de Charles Petitjean, agissant sous le nom de Fédération des nationalistes wallons, rassemblent tous les autres conseillers communaux et provinciaux, élus en 2006 sur les listes du FN de Daniel Féret.

Par ailleurs, le Front de Charles Pire vient de se dégarnir de trois dirigeants importants. Son conseiller politique, le responsable de son matériel de propagande et sa trésorière nationale ont claqué la porte en octobre dernier, après l’assemblée générale du «FN réunifié». Avec leurs partisans, dont la quasi majorité de la section liégeoise et toute l’équipe du service de sécurité (connu sous le nom de Front national identitaire, le FNI), ils s’apprêtent à lancer, sans doute le mois prochain, «Solidarité unitaire».


L'enjeu : le leadership frontiste
Ce nouveau parti s'affirmera comme patriote et de centre-droit. Il tentera de récupérer une partie de l'électorat frontiste. Solidarité unitaire n'est qu'une énième formation politique issue du frontisme national à la belge.

Au sein de la droite extrême belge francophone l’enjeu est «simple» : bénéficier du soutien de Marine Le Pen pour espérer une renaissance électorale aux prochains scrutins. C’est pour cette raison que les digues sont en train de bouger chez les frontistes et les autres populistes de notre pays. Des manœuvres en coulisses se font quotidiennement afin de saboter les initiatives des uns et des autres et s’accaparer ainsi le leadership frontiste, «tendance mariniste». Le «FN réunifié» joue actuellement son avenir. C’est pourquoi, il a réagit vigoureusement aux derniers révélations de RésistanceS.be quant à ses accointances avec la mouvance anti-lépéniste.


Droit de réponse du FN de Charles Pire

« Le Front National (Belgique) n’est d’aucune manière partie prenante ou soutenante  de la manifestation solidariste du 8 octobre, à Lille. » ().

« Le Front National (Belgique) n’est d’aucune manière partie prenante ou soutenante de la manifestation organisée par des dissidents et des déçus du lepénisme, le 8 mai, à Paris. Par contre, une quinzaine de militants du Front National (Belgique) ont participé, avec l’accord de la direction du Front National (France) et en compagnie de leurs amis du Nord de la France, à la manifestation organisée par le Front National (France), le 1er mai 2011, à Paris.

Charles Pire, président du Front national».

Dans un communiqué de presse largement diffusé, le 15 novembre, ce FN écrit encore : «Le Front National constate, une nouvelle fois, que RésistanceS.be use lamentablement de la technique de l’amalgame, en contradiction avec tous les principes d’un minimum d’honnêteté intellectuelle». C’est Charles Pire, Philippe Duquenne et Eddy De Smedt, respectivement président, vice-présidents pour la Wallonie et pour Bruxelles qui signent ce communiqué officiel ().


Réponse de RésistanceS.be
Dans notre article «Solidaristes contre identitaires» (1), qu’il fallait lire correctement (ce que les frontistes conduits par Chalres Pire ne semblent pas avoir fait), nous n’avons jamais affirmé que ce FN belge avait participé sous son nom, ou soutenait la manifestation dite «solidariste» qui s’est déroulée dans les rues de Lille (Nord de la France) le 8 octobre dernier, à l’appel du Front populaire solidariste (nouveau mouvement rassemblant divers groupes d’extrême droite agissant en marge du FN lepéniste et parfois exprimant leur opposition à ce dernier). RésistanceS.be n’a également jamais affirmé que le «FN réunifié» avait participé ou avait soutenu la manifestation organisée par des dissidents et des deçus du Front national français de Marine Le Pen, le 8 mai dernier à Paris.

Il était juste mentionné que des membres du Front national de Charles Pire se trouvaient le 8 octobre à Lille et le 8 mai à Paris. Les «délégations belges» de ces deux défilés français d’extrême droite étaient à chaque fois conduites par le mouvement Nation, le partenaire officiel et unique du «FN réunifié».


Le partenaire du «FN réunifié»
Coorganisateur de la manifestation lilloise du 8 octobre, le mouvement Nation a été fondé par des dissidents et des exclus du Front nouveau de Belgique (FNB), le partenaire belge officiel à l’époque du Front national français. Après ses échecs électoraux successifs, le mouvement Nation a scellé une alliance électorale, se confirmant sur le terrain par une alliance politique et militante, avec le FN belge de Charles Pire. Plusieurs dirigeants de ce dernier participent depuis activement à des initiatives proposées par le mouvement Nation.

Ainsi, une photo publiée sur le site Internet de Nation il y a quelques jours permettait d’observer le vice-président pour la Région bruxelloise de ce FN et l’un des quatre fondateurs de sa nouvelle ASBL de financement (fondée cet été). Les deux responsables frontistes en question assistaient à la nouvelle session de formation, ouverte le 30 octobre dernier, du mouvement Nation, sous l’égide de son Centre de formation nationaliste «Jacques Borsu», du nom du dirigeant dans les années 1970-1980 de l’Europese partij-Parti européen (EPE), un groupuscule néonazi. En 1985, l’EPE fit partie des groupes-fondateurs du FN en Belgique.

Ces deux responsables du «FN réunifié» paraissent encore sur une vidéo diffusée sur Internet et sur des photos diffusées sur les murs Facebook de responsables et de militants du «FN réunifié», montrant une contre-manifestation qui se déroulait en octobre dernier à Bruxelles. Initiée par le FN de Charles Pire, cette action publique avait reçu le soutien actif de Nation. Les responsables frontistes s’y trouvent en compagnie d’Hervé Van Laethem, ancien militant de l’EPE, dirigeant-fondateur du groupe néonazi L’Assaut et ensuite du mouvement Nation. Il conduisait clairement cette manifestation frontiste. C’est le même Hervé Van Laethem, «compagnon de route» politique de plusieurs responsables frontistes, qui dirigeait la délégation belge à la manifestation du 8 mai en France organisée par l’extrême droite anti-FN…


Soirée cochon et élections communales
Ce 26 novembre, le compte-rendu d’une « soirée cochon» (sic), tenue à Charleroi, était mis en ligne sur le site du mouvement Nation, l’organisateur. Sur l’une des deux photos jointe à l’article, on reconnait clairement le vice-président pour la Wallonie du FN présidé par Charles Pire. Le même frontiste, apparaît ce dimanche 27 novembre sur une photo illustrant un article, du site Internet du journal La Dernière Heure, à propos d’un rassemblement «anti-racaille» qui s’est déroulé la veille à Liège. Sur cette photo, le vice-président du «FN réunifié» est accompagné d’Hervé Van Laethem, encore lui. Le salut des jeunes nationalistes qu’ils mènent ensemble est pour sa part des plus explicites.

 



Captation d’écran ce dimanche 27 novembre 2011 du site du journal belge La Dernière Heurer © Image : La DH.

 

Dans la perspective des élections communales d’octobre 2012, le «FN réunifié» et le mouvement Nation poursuivront leur alliance électorale. Le second recrute déjà dans ses rangs des candidats pour les listes communales frontistes. Dans la commune bruxelloise de Forest, par exemple, la tête de liste du FN de Charles Pire sera l’un des secrétaires nationaux du mouvement Nation, selon un commentaire qu’il a laissé sur son mur Facebook. Dans les années 1980, le même individu codirigeait le Mouvement social nationaliste (MSN), un groupuscule néorexiste (nostalgique de Léon Degrelle, le fondateur du parti fasciste catholique Rex). En 1985, le MSN participait à la fondation du FN belge de Daniel Féret.

Ce dirigeant du mouvement Nation et futur tête de liste du Front national «réunifié» était présent à la manifestation du 8 mai dernier à Paris, en compagnie de dissidents et d’ennemis politiques du FN de Marine Le Pen.

 


Délégation du mouvement Nation à la manifestation du 8 mai 2011 qui regroupa dans les rues de Paris des organisations d’extrême droite anti-lepénistes. Au premier rang, se trouve l’un des secrétaires nationaux de Nation qui vient d’annoncer sur son mur Facebook qu’il sera la tête de liste du… «Front national réunifié», toujours partenaire officiel en Belgique du FN lepéniste, aux élections communales de 2012, dans la commune bruxelloise de Forest © Photo : Reflexes No Pasaran, site antifasciste français.

 

Opposition radicale à Marine
Nous le répétons, l’alliance du FN de Charles Pire avec le mouvement Nation constitue donc un paradoxe. Si le premier est toujours reconnu comme le partenaire belge officiel du Front national français, le second est lui directement allié à la plupart des partis et groupes dissidents, deçus et hostilles à Marine Le Pen, en France. Jusqu’à récemment, Nation était l’organisation-sœur dans notre pays du Bloc identitaire, une formation d’extrême droite régionaliste s’opposant ouvertement au nationalisme jacobin du FN lepéniste.

Actuellement, le mouvement Nation reste plus que jamais en contact avec la Nouvelle droite populaire en France, le mouvement Troisième voie, le journal Rivarol, la revue Synthèse nationale… dont le dénominateur commun est leur opposition radicale à Marine Le Pen.

Le 11 novembre dernier, lors d’un meeting à Paris en faveur de la candidature à la prochaine élections présentielle de Carl Lang (ancien numéro 3 du FN lepéniste et aujourd’hui meneur de ses dissidents, au sein de l’Union de la droite nationale), l’un des secrétaires nationaux du mouvement Nation s’est retrouvé à la tribune. Un mois avant ce rassemblement anti-FN français, le même dirigeant de Nation tenait un discours à la tribune de l’Assemblée générale du… Front national de Charles Pire, toujours soutenu par Marine Le Pen.

 



En médaillon à gauche et à droite, l’un des secrétaires nationaux du mouvement Nation. D’abord (à gauche), le 15 octobre dernier lors de l’Assemblée générale du FN présidé par Charles Pire et officiel partenaire belge du FN français de Marine Le Pen, ensuite le même, le 11 novembre à Paris, à la tribune d’un meeting rassemblant les composantes de l’Union de la droite nationale (UDN), un cartel électoral anti-Marine Le Pen ! 


La seule solution : la rupture
Comme il peut être constaté, l’appartenance officielle des uns au «FN réunifié» et des autres au mouvement Nation se confond souvent. L’alliance entre les deux entités politiques est également solide. Faute de militants le Front de Charles Pire a besoin de Nation, et ce dernier pour avoir des élus poursuit son compagnonnage avec ce parti. Or, cela constitue une incompatibilité au vu des liens qu’entretient Nation avec l’extrême droite anti-lepéniste. Le «FN réunifié» est donc face à un terrible dilemme : pour garder le soutien de Marine Le Pen, il devrait théoriquement rompre son partenariat avec Nation, mais perderait alors un apport militant qui lui permettrait de se maintenir en vie jusqu’aux prochaines élections.

Bien d’autres exemples pourraient encore être donnés sur les infidélités indirectes (à travers son partenaire politique Nation) du « FN réunifié » à Marine Le Pen. Nous en resterons là. Pour l’instant…


La rédaction de RésistanceS.be

 



Le vice-président pour la Région bruxelloise du Front national belge « réunifié » lors de la manifestation «solidariste» du 8 octobre 2011 à Lille. Présent à titre personnel (dixit la direction de ce FN), il défilait au sein de la délégation belge conduite par le mouvement Nation, coorganisateur du même défilé et partenaire politique du… FN de Charles Pire © Image : France 3

 

(1) «Solidaristes contre identitaires», Simon Harys, RésistanceS.be, 18 octobre 2011. Pour lire cet article

 

Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 27 novembre 2011.

 

 

 



L’enjeu pour les frontistes belges francophones : garder le soutien de Marine Le Pen © Photo Tractothèque

 


Sur les  FN belges, lire notamment sur RésistanceS.be

 


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