RésistanceS.be 13-01-2012

Résumé historique des FN belges de 1983 à nos jours


Pour comprendre la «jungle frontiste» en Belgique

 

 



Le Front national belge et ses multiples dissidences ne sont pas les premiers à se revendiquer de Jean-Marie Le Pen (et aujourd’hui de sa fille). Dans les années 1980, le Parti des forces nouvelles (PFN) tentait déjà de récupérer en Belgique l’image du chef-fondateur du FN français, comme le montrent ci-dessus deux couvertures de son journal, datant de 1984 et 1988, et l’un de ses tracts datant de 1988. Le PFN regroupait alors des purs et durs du néonazisme, des anciens de la division SS «Wallonie», des négationnistes et des antisémites. Ce parti avait des liens directs avec Léon Degrelle, le dirigeant de l’extrême droite belge des années 1930 – Doc. Archives RésistanceS.be


1983-1984
Groupusculaire depuis sa création en 1972, le Front national français débute son ascension électorale. Son leader et fondateur, Jean-Marie Le Pen redynamise l’extrême droite de son pays et sert de modèle à l’étranger. En Belgique, les jeunes cadres dirigeants du Vlaams Blok s’inspirent de la stratégie lepéniste. Du côté francophone, c’est le Parti des forces nouvelles (PFN) qui se réclame du FN français. Cette formation radicale récupère notamment son emblème, la flamme tricolore, et se revendique de la «droite nationale» impulsée par Le Pen.   


1985
Création officielle, en septembre, du Front national belge (FN), sous la forme d’une ASBL, par le docteur Daniel Féret. L’extrême droite est alors constituée de plusieurs groupuscules poujadistes, racistes, néorexistes, néonazis… Le premier objectif de l’ASBL frontiste est de «favoriser la diffusion des thèses, opinions et publications du parti politique français Front national et ce particulièrement auprès des citoyens français résidant en Belgique». 

1988
Premier élu du FN belge à Molenbeek (une commune populaire bruxelloise) aux élections communales.

1989
Le FN fait élire ses deux premiers députés lors des élections pour le Parlement de la Région de Bruxelles-capitale. Création à Liège, par des dissidents du PFN, de l’Avant-garde d’initiative régionaliste (AGIR). Elle sera l’unique concurrent électoral sérieux du FN.

1991
Le Parti des forces nouvelles fusionne avec le FN. Tentative avortée d’un accord électoral avec le groupe néonazi L’Assaut. Election du premier député fédéral frontiste (un ex-dirigeant du PFN).

1993
Après des tentatives de prises de contrôle de sa direction, plusieurs cadres du PFN quittent le Front national pour rallier le Vlaams Blok.

1994
Comme dix ans auparavant en Flandre, l’extrême droite francophone s’incruste dans le paysage institutionnel. Election de Daniel Féret, en juin, au Parlement européen et élection, au mois d’octobre, de 26 conseillers communaux FN en Wallonie et 46 dans plusieurs communes bruxelloises. AGIR obtient huit élus.

1995
Le numéro 2 du FN, Patrick Sessler, démissionne du parti et fonde avec d’autres frontistes l’Alliance radicale (AR). Le FN belge poursuit néanmoins son ascension électorale avec l’élection de deux députés fédéraux. Les résultats de l’AR de Sessler, malgré le soutien du Vlaams Blok (VB), sont quant à eux catastrophiques. Les activistes de l’Alliance radicale rejoignent pour finir très vite le VB. Ils y animeront sa section bruxelloise francophone. AGIR disparaît et plusieurs de ses responsables passent dans les rangs frontistes qui seront eux aussi déstabilisés par une tentative de prise de contrôle de la direction du FN, par sa nouvelle députée fédérale, Marguerite Bastien, une magistrate  venant du Parti réformateur libéral (PRL). Exclue pour cette raison du FN, elle le quitte au mois de septembre avec la moitié de ses «cadres», élus et affiliés, mais continue son action politique en utilisant le même nom de parti. Deux Front national coexistent alors.
 
1996
Ayant perdu la possibilité d’user du nom du Front national, Marguerite Bastien créée en février le Front nouveau de Belgique (FNB), la plus importante dissidence de l’histoire du FN. Ce «FN-bis» est conduit par la députée fédérale et d’autres transfuges importants de partis traditionnels (du PRL et du Parti social-chrétien). Le FNB est aussi constitué de groupuscules de diverses tendances : national-catholique, belgicaine, ultra-libérale… Ce front reçoit l’appui du FN français. Sa section jeunesse est prise en mains par les militants du groupe néonazi L’Assaut, sa branche néerlandophone par un exclu du Vlaams Blok. Le mouvement néorexiste REF (formé par l’ancienne aile radicale d’AGIR) fait également partie de cette nouvelle «entreprise» frontiste.

1997
La tendance national-catholique du FNB fait défection et rejoint le Front national de Daniel Féret. Les activistes de L’Assaut et les néorexistes de REF le quittent également.

1999 et 2000
Défaites électorales successives du FN aux élections législatives, européennes, régionales et communales. Echec également du FNB et du Bloc wallon (BW). Le BW a été fondé, en 2000, par des anciens dirigeants d’AGIR, le mouvement REF, des dissidents du FN, du FNB et le soutien du Vlaams Blok.

2003
Profitant du tsunami politique provoqué en France par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, les lepénistes belges reprennent une bonne santé électorale : ils font élire un député fédéral et un premier sénateur aux élections législatives.

2004
Après des conflits internes, la plupart des responsables (Patrick Sessler, Paul Arku…) et militants de la section bruxelloise francophone du Vlaams Blok (re)passent au FN. Succès de ce dernier aux élections régionales avec l’élection de huit députés bruxellois (dont Paul Arku) et wallons (parmi eux, les récents transfuges du PSC Charles Pire et du PRL Charles Petitjean). Le Front national est désormais le deuxième parti de la ville de Charleroi (avec 17 %) et le cinquième de la Région wallonne (8 %). Il va cependant subir de nouvelles tensions et plusieurs élus, le député régional bruxellois Paul Arku et le sénateur Francis Detraux, le quittent pour fonder un nouveau parti : Force nationale (FNationale).

2006
La remontée électorale du parti d’extrême droite s’enregistre aux élections communales et provinciales. Les dissidents du FNationale font élire un conseiller communal et deux conseillers provinciaux. Le FNB n’obtient qu’un seul élu communal malgré son alliance électorale avec le mouvement national-solidariste Nation (fondé en 1999 par les derniers militants du groupe néonazi L’Assaut) et l’association identitaire Terre & Peuple. Le Front des Bruxellois (FDB, qui changera ensuite de nom en Front démocratique belge), présidé par le député régional dissident du FN Paul Arku (qui avait dans un premier temps participé à la création de Force nationale) obtient 1,6 % à Evere, la seule commune où il se présentait.

2007
Début du « reflux » électoral (déjà observé, ici et là, au scrutin de 2006) du Vlaams Belang et du Front national aux élections législatives. Cependant, le FN reste présent à la Chambre des députés fédéraux et au Sénat. En septembre, une tentative de «coup d’Etat» est orchestrée par desdits «réformateurs» au sein du bureau politique du FN pour en exclure son président-fondateur, Daniel Féret. Résultat immédiat : le parti se divise en deux, comme ce fut le cas en 1995. Un FN «réformé» - dirigé par Patrick Sessler, le sénateur Michel Delacroix, les députés régionaux Charles Petitjean et Charles Pire - est mis sur pied pour s’opposer au FN «canal historique».

2008
Devenu groupusculaire, le Front nouveau de Belgique (FNB) fusionne avec le FN «réformé» qui connaîtra bien vite, lui aussi, ses premières frictions internes. Empêtré dans des ennuis judiciaires, Daniel Féret quitte la présidence du Front national et cède, en juin, son poste à Patrick Cocriamont, le député fédéral frontiste.

2009
Nouveau  «Waterloo électoral» aux élections régionales. Présents avec plusieurs listes électorales concurrentes, les différents clans du FN sont exclus des parlements bruxellois, wallons et de celui de la Communauté française. Les dissidents frontistes de «Wallonie d’abord» (le nouveau intitulé de Force nationale) récoltent quant à eux des résultats encourageants.

2010
Réunification des frontistes belges (voulue pour des raisons opportunistes par Bruno Gollnisch, alors numéro 2 du FN français). Le FN «réformé», le FN «canal historique», la FNW-FN Wallonie, le Front démocratique belge (FDB) et le mouvement Nation s’allient. Malgré cette unité retrouvée, un nouveau flop électoral historique s’enregistre : les frontistes quittent le Parlement fédéral (après 19 ans de présence) et le Sénat et reprennent le chemin de la zizanie. Seuls les dissidents de Wallonie d’abord voient leurs résultats augmenter.

2011
La «guerre des clans» se poursuit entre les FN «canal historique» (désormais dirigé par le conseiller communal Salvatore Nicotra), «réunifié» (présidé par Charles Pire), «Cocriamont» (de Patrick Cocriamont, l’ex-député fédéral et président du FN d’origine), la Fédération des nationalistes wallons (FNW-FN Wallonie, conduite par Charles Petitjean), le Front démocratique belge (FDB, dont le dirigeant-fondateur, Paul Arku est décédé le 26 décembre dernier)… En octobre, le FN «réunifié» se «désunifie» après une assemblée générale totalement ratée. Trois de ses dirigeants importants démissionnent et lancent, avec leurs partisans, un nouveau parti : Solidarité Unitaire (SU).

2012
Décès, le 10 janvier, de Charles Pire, le président du FN «réunifié» et jusqu’alors principal contact belge du Front national français. Ce dernier devrait prochainement annoncer la fin de son soutien au FN «réunifié». Le FN «canal historique» et Wallonie d’abord poursuivent de leur côté, en toute discrétion, la préparation de leurs campagnes respectives pour les élections communales et provinciales qui se dérouleront en octobre de cette année.

Manuel ABRAMOWICZ

 

Des FN, des styles bien différents

 

• Front national «réunifié»




Sur cette photo, des dirigeants du Front national «réunifié» (dont les deux vice-présidents) et du mouvement national-solidariste Nation (son partenaire politique officiel), lors d’une manifestation anti-délinquance à Liège, le 26 novembre dernier.

Ce FN regroupe les purs et durs de l’extrême droite belge francophone. Il était présidé par Charles Pire, un transfuge du Parti social-chrétien (PSC), jusqu’à son décès, survenu ce 10 janvier. Une messe sera dite à sa mémoire, ce dimanche, en l’église Saint-Antoine-de-Padoue, à Montignies-sur-Sambre (près de Charleroi). Ce lieu de culte appartient au Père Samuel, un prédicateur religieux à la tête d’un groupe catholique dissident considéré, par ses adversaires, comme étant une secte. Charles Pire était l’un de ses fidèles partisans.

 

• Front national «canal historique»


Salvatore Nicotra (à droite) et le baron Emmanuel Licari di Castel Mola, les dirigeants wallon et bruxellois du Front national «canal historique», en juin dernier, lors d’une «garden party» à Fleurus, son fief.

Ce FN est le propriétaire légale de l’ASBL fondatrice du Front national en Belgique. Il est le seul des partis d’extrême droite francophones à publier encore, tous les mois, un journal, Le National. Fort de plusieurs élus communaux en Wallonie et dans la capitale, le «canal historique» adopte une présentation respectable et rassemble la «vielle garde» du parti d’origine. Souhaitant se dédiaboliser, son style est très proche de celui du FN français de Marine Le Pen. Cependant, ce sont ses adversaires frontistes du FN «réunifié» qui restent soutenus par le parti lepéniste. Mais pour combien de temps encore ?

L’objectif de Nicotra et Licari est de présenter des listes, pour les élections communales d’octobre, dans les bastions historiques de l’extrême droite. Des élus frontistes des années 1990 devront se présenter sous ses couleurs, ainsi que l’une ou l’autre personnalité connue des milieux monarchistes, dont un parent éloigné de la reine…

 

Manuel ABRAMOWICZ
 
© Photo Bruno Devoghel / Doc. photographique : RésistanceS.be.


 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 13 janvier 2012.

 

 

 



La main tendue est rare chez les frontistes nationaux belges. Dans notre pays, le FN se conjugue au pluriel depuis 1995 © Doc. photographique : RésistanceS.be.

NOUVEAU 19/01/2012
Le Front national est interdit en Belgique !

Sur les FN en Belgique, lire notamment sur RésistanceS.be


 

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