RésistanceS.be 23-05-2013

Dominique Venner (1935-2013) : stratège de l'extrême droite contemporaine


Vie et suicide d'un « soldat politique »


L'historien français Dominique Venner (78 ans) s'est suicidé ce mardi au coeur de Notre-Dame de Paris. L'objectif de cette fin tragique : donner un signal contre « le grand remplacement de la population de la France et de l'Europe » par  « l'immigration afro-maghrébine ». Stratège dès les années 1960 pour la prise du pouvoir par l'extrême droite, Venner était resté un pur et dur. Et un exemple aussi en Belgique.


 


Sur son site Internet, le stratège d'extrême droite avait posté quelques heures avant son suicide un dernier message. Des plus explicatifs.


Ce mardi 21 mai, devant l'autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris, un homme s'est tiré une balle dans la bouche. Il s'appelait Dominique Venner et avait 78 ans.

« Peu connu du grand public, ancien soldat perdu de l'Algérie française ayant renoncé à l'activisme au milieu des années 1970, il demeurait une figure influente et emblématique de l'extrême droite française ainsi qu'une référence pour plusieurs générations de ses militants », rappelait ce mardi, à l'occasion de la disparition soudaine de Dominique Venner, Abel Mestre et Caroline Monnot, journalistes au quotidien Le Monde, sur leur blog d'informations « Droite(s) extrême(s) », l'un des partenaires français de RésistanceS.be.


Le « grand remplacement »
Considéré depuis trois décennies comme l'un des stratèges de l'extrême droite contemporaine, son suicide a été présenté dans les médias comme un geste d'opposition à la loi permettant le mariage de personnes de même sexe, votée récemment à l'Assemblée nationale. Dans un texte en guise d'explication, posté sur son site Interne quelques heures avant son suicide, Dominique Venner s'adressait en effet directement aux organisateurs de la prochaine manifestation d'opposition à cette loi, qui aura lieu ce dimanche 26 mai à Paris. Tout en précisant à leur adresse :

« Leur combat ne peut se limiter au refus du mariage gay. Le ''grand remplacement'' de population de la France et de l’Europe (...) est un péril autrement catastrophique pour l’avenir. »

Dominique Venner précisait, à l'instar des théories complotistes véhiculées à l'extrême droite:  « Il faut bien voir qu’une France tombée au pouvoir des islamistes fait partie des probabilités. Depuis 40 ans, les politiciens et gouvernements de tous les partis (sauf le FN), ainsi que le patronat et l’Église, y ont travaillé activement, en accélérant par tous les moyens l’immigration afro-maghrébine. »


Nation blanche
Acquis à l'idée d'un complot international en vue d'anéantir les « peuples blancs », il y a tout juste 50 ans, dans un de ses livres idéologiques de référence, « Qu'est-ce que le nationalisme » (publié en mai 1963), Dominique Venner avait déjà écrit :

« Les militants d'une Nation blanche doivent trouver à l'extérieur de leurs frontières un support de propagande qui explique leur combat, exalte leur courage, dénonce la répression et les sévices dont ils sont victimes, éveille le sentiment d'un combat général des peuples blancs pour leur survie contre ceux qui veulent les détruire. » (p. 51).

Le dernier message de Dominique Venner est donc des plus révélateurs : il fait écho à la totalité de son engagement militant. Pour lui, le spectre qui hante l'avenir du continent européen reste le même : la disparition de ses peuples d'origine, hier menacés par le communisme, aujourd'hui par l'« islamisation », toujours orchestrée par des forces obscures. Une phobie qui avait déjà conduit, en juillet 2011, au passage à l'acte, non pas par un suicide mais par un massacre à grande échelle, le dénommé Anders Behring Breivik 
.

Dans son texte d'adieu, Dominique Venner lancera un appel clair et précis :
« Il faudra certainement des gestes nouveaux, spectaculaires et symboliques pour ébranler les somnolences, secouer les consciences anesthésiées et réveiller la mémoire de nos origines. »



Dominique Venner est l'auteur en 1963 du manifeste d'extrême droite « Qu'est-ce que le nationalisme ? », publié par Europe-Action, l'organisation et la revue qu'il dirigeait © Photo : Manuel Abramowicz / RésistanceS.be


Eminence grise de la droite radicale
Depuis le début des années 1960, Dominique Venner était connu comme étant un des principaux théoriciens et stratèges de l'extrême droite française. Il fut membre, dirigeant, cofondateur ou éminence grise, du début des années 1950 jusqu'au milieu des années 1970, de divers groupes activistes et publications nationalistes : mouvement Jeune Nation, réseaux métropolitains de soutien à l'OAS (Organisation armée secrète, durant la guerre d'Algérie), Défense de l'Occident, Fédération des étudiants nationalistes (FEN), Europe-Action, Groupement de recherches et d'études pour la civilisation européenne (GRECE)...

Se revendiquant d'un nationalisme européen plutôt que français, il fait aussi partie du courant néopaïen et racial de l'extrême droite. Venner va recycler, pour les mettre au goût du jour, les thèses du « réalisme biologique », pensées en 1950 par René Binet, un ancien de la Waffen SS française. Le « réalisme biologique » revendique l'« inégalité des races » et défend l'impérieuse « survie de la race blanche ».

Pour Venner, « l'engagement politique » est considéré comme étant un « sacerdoce », notent Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard dans un ouvrage consacré à l'historien François Duprat, l'un de ses compagnons de route du début


Nouvelle stratégie
Pour son soutien apporté à l'OAS, en avril 1961, Dominique Venner est arrêté après une année de cavale. Il « profitera » de son emprisonnement pour coucher sur papier une critique détaillée des erreurs des stratégies de l'extrême droite pour la prise du pouvoir et en proposer une de remplacement.

Sous l'influence des thèses léninistes, mais adaptées aux réalités de la droite radicale, Dominique Venner propose un autre scénario, plus politique et plus généraliste. Il prône la mise en place d'une « Organisation nationaliste » adaptée au monde moderne. Son plan d'action est publié en 1962, sous le titre  « Pour une critique positive », qui sera suivi en 1963 de « Qu'est-ce que le nationalisme ».

« Les textes dont il est l'auteur ou l'inspirateur principal réactualisent de fond en comble la théorie et la stratégie d'un nationalisme révolutionnaire qui tourne la page de l'époque coloniale et s'élargit à l'Europe », peut-on lire dans « Les rats maudits », un livre-album  écrit en 1995 par des anciens « étudiants nationalistes ».


A la base du Front national ?
Les « recettes » proposées par Venner seront utilisées pour la création en 1969 du mouvement Ordre nouveau , puis par ce dernier pour mettre en place, en 1972, les bases de fondation du Front national français. Dominique Venner fut pressenti pour en prendre la direction. Mais pour finir, c'est Jean-Marie Le Pen qui en devint le président, pour ensuite s'accaparer entièrement le nouveau parti nationaliste.

Dominique Venner eut aussi, est-il mentionné dans le « Dictionnaire de l'extrême droite » publié par les éditions Larousse, « une grande influence sur (les) conceptions idéologiques et stratégiques, telles que l'ouverture à l'idée d'une nation européenne ou l'utilisation des références de ''l'adversaire gauchiste'' », d'Alain de Benoist, le meneur le plus connu du GRECE. Venner et de Benoist s'étaient rencontrés au sein d'Europe-Action, une revue et une organisation « nationaliste d'action européenne », comme elle se présentait elle-même.

Après sa participation directe (et indirecte) à la réorganisation de l'extrême droite en France, il abandonne l'activisme, au milieu des années 1970, et se consacre à l'écriture. Dominique Venner est l'auteur de nombreux livres sur les armes et d'autres révisant l'histoire politique française et européenne. Dans ce but, en 2002, il fonde la Nouvelle Revue d'Histoire (NRH), qu'il dirigeait toujours à la veille de sa disparition.

La NRH est un magazine vendu en librairie, en Belgique y compris, auquel collaborent notamment des auteurs d'extrême droite. Plusieurs de ses dossiers publiés caractérisent bien la ligne éditoriale politico-historique de ce média : « 5000 ans de civilisation européenne », « Islam et islamisme », « La naissance du fascisme », « La guerre d’Algérie est-elle terminée ? », « L’Europe des Européens », « De la colonisation à l’immigration », « L’Espagne de la Reconquista », « Vichy. Le temps des énigmes », « Les droites radicales en Europe. 1900-1960 »...


La mort : une libération !
S'il  avait quitté depuis bien longtemps le militantisme de terrain des groupes activistes, Dominique Venner n'avait pas pour autant coupé les racines de son appartenance idéologique. Il restait convaincu de la justesse de sa participation au combat pour la défense de la « race blanche » et de la « Nation européenne », un des leitmotivs de la revue Europe-Action qu'il avait dirigé dans les années 1960.

Directement après l'annonce de son suicide, plusieurs dirigeants de l'extrême droite française lui ont rendu un dernier salut (voir ci-dessous notre encadré). Comme en France, en Belgique, Dominique Venner avait également des « camarades politiques » le prenant pour exemple. A l'instar de François Duprat, il sera érigé au rang des martyrs de la « cause nationaliste ».

Dominique Venner souffrait d'un cancer. Il a scénarisé l'issue de sa vie de façon idéologique. Pour la mettre au service de ses combats. Dans l'éditorial du numéro de janvier-février dernier de la NRH, il avait écrit :

« La mort n’est pas seulement le drame que l’on dit, sinon pour ceux qui pleurent sincèrement le disparu. Elle met fin aux maladies cruelles et interrompt le délabrement de la vieillesse, donnant leur place aux nouvelles générations. La mort peut se révéler aussi une libération à l’égard d’un sort devenu insupportable ou déshonorant. »

Alexandre VICK

Multiples hommages d'extrême droite



Twitt de Marine Le Pen à propos du suicide de Dominique Venner. Pour l’historien Nicolas Lebourg : « en rendant hommage à Venner, Marine Le Pen renoue avec l’extrême droite radicale » (in le site de l'hebdomadaire Les Inrockuptibles, 22 mai 2013).

 

Après l'annonce du suicide de Dominique Venner, plusieurs responsables de formations et d'organisations françaises d'extrême droite se sont exprimés à son sujet.

Marine Le Pen
Présidente du Front national.
« Tout notre respect à Dominique Venner dont le dernier geste, éminemment politique, aura été de tenter de réveiller le peuple. » 

Jean-Marie Le Pen
Président-fondateur et d'honneur du FN.
« Sa motivation c'est l'invasion migratoire massive de la France. C'est un geste à la Drieu La Rochelle, à la Mishima, à la Montherlant. Moi je suis de ceux qui considèrent qu'il faut se battre. Il faut rester vivant, il faut se battre. Et peut-être en acceptant que les autres vous tuent et pas se tuer soi-même. Ce n'est pas ma philosophie ça. »

Bruno Gollnisch
Numéro deux du FN sous la présidence de Jean-Marie Le Pen, député européen et président de l'Alliance européenne des mouvements nationaux (AEMN), regroupant plusieurs formations d'extrême droite d'Europe, dont le parti belge Démocratie nationale.
« Il a laissé un message de protestation contre la décadence de notre pays et de notre civilisation. »

Carl Lang
Ancien numéro trois du Front national, puis fondateur en 2009 du Parti de la France (PdF).
« Dominique Venner est venu sonner le tocsin de Notre-Dame pour alerter les consciences françaises et européennes des menaces mortelles qui pèsent sur l'avenir de notre identité, de nos libertés et de notre civilisation. »

Pierre Vial
Secrétaire général de 1978 à 1984 du GRECE, membre de la direction du FN, puis en 1998 de sa dissidence le MNR, dirigeant-fondateur de Terre et Peuple
« Le chemin sans lui, pourrait paraître bien terne car il était porteur d’une flamme qui irradiait. Mais la meilleure façon de lui être fidèle est de continuer le chemin qu’il a, inlassablement, tracé. »

Cercle non conforme (CNC)
Groupe confidentiel d'extrême droite.
« Dominique Venner était (et restera) pour nous une source d’inspiration infinie, tant de par ses réflexions historico-culturelles que par sa vision du militantisme politique. (...) Il a mis fin à sa vie par l’acte militant par excellence : le sacrifice. Le côté tragique de son choix ne fait qu’en renforcer la portée et la fierté qui brûle en nous d’avoir comm
e guide un tel homme. »

 

 


Illustration : Archives RésistanceS.be

L'INFLUENCE DE DOMINIQUE VENNER EN BELGIQUE

Europe-Action, l'organisation et la revue dirigées dans les années 1960 par Dominique Venner, est à la base de la création en 1965 en Belgique des groupes « Révolution européenne ». Ensemble, ils prônaient la défense de la « race blanche » menacée, selon eux, d'un anéantissement orchestré par un complot international contre l'Europe. Conduits par Emile Lecerf et Claude Nancy, les groupes « Révolution européenne » s'occupaient de la promotion en Belgique de la revue de Dominique Venner.

Les principaux responsables de « Révolution européenne » poursuivront ensuite le combat enseigné par Venner dans diverses autres structures et publications de l'extrême droite belge, jusque dans les années 1990 : au Nouvel Europe magazine, au Front de la jeunesse, au Front national, au Front nouveau de Belgique, à Polémique-Info ...

A.V.

 


Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 23 mai 2013.

 

Annonce du suicide de Dominique Venner sur un des médias du Front national français.

 
SOURCE DE CET ARTICLE

  • « Qu'est-ce que le nationalisme »
    Dominique Venner, éditions Saint-Just, édité par Europe Action, Paris, mai 1963.
  • « Les rats maudits - Histoire des étudiants nationalistes 1965-1995 »
    Livre-album collectif, éditions des Monts d'Arrée, Paris, 1995.

  • « François Duprat – l'homme qui inventa le Front national »
    Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard, éditions Denoël, 2012.

  • « Les droites nationales et radicales en France »
    Jean-Yves Camus et René Monzat, Presses universitaires de Lyon (PUL), Lyon, 1992.

  • « Dictionnaire de l'extrême droite »
    Erwan Lecoeur (sous la direction), éditions Larousse, Paris, 2007.

 

A LIRE EGALEMENT

  • Dominique Venner, le père de l’extrême droite moderne, s’est suicidé
    Un article des journalistes du quotidien français Le Monde Abel Mestre et Caroline Monnot sur leur blog d'informations « Droite(s) Extrême(s) », l'un des partenaires français de RésistanceS.be

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REALISME BIOLOGIQUE & RACE BLANCHE
Dominique Venner se revendiquait de l'héritage racial de l'« Europe blanche ». A ce sujet, lire sur RésistanceS.be :

 


 



© Photo : RésistanceS.be


LA PHOBIE DE L'ISLAMISATION
Dominique Venner pensait que l'Europe était victime d'une islamisation fomentée par un complot international. Sur cette phobie en vogue à l'extrême droite (et ailleurs!), lire sur RésistanceS.be notre dossier :

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